‹ St. Augustin de Canterbury et ses compagnonsChapitre 15 sur 15 · enclos · texte numérisé non relu

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« ' les trésors accumulés depuis de longs siècles disparurent, les sépultures furent ^-iolées, les reli- \. ques jetées au vent, le cuivre des pierres tombales f et le plomb des toitures enlevés. Bientôt, les murailles furent exploitées comme des carrières : on en tira des charretées de matériaux pour réparer les portes de la ville.

La pauvre abbaye passa de main en main. Henri Vin d'abord se l'adjugea après les premières dévastations, la restaura et s'en fit une résidence. La reine Marie la donna au cardinal Pôle ; puis Elisabeth, a lord Cécil, plus tard comte de Salisbury. En 1625, dans les appartements qui subsistent encore, Charles P' y épousa Henriette de France. XJn siècle et demi se passe ; l'abbaye est tombée au dernier degré de l'ignominie; on y trouve une brasserie, un cabaret, des salles de danse. Cependant il reste encore de solides murailles et une tour, nommée tour Ethelbert : un propriétaire en extrait de quoi bâtir l'auberge du Lion rouge : un autre fait battre la tour à coups de bélier, sous prétexte qu'elle menace ruine. Hélas! la maison où j'écris ces lignes (i) est construite en partie des débris du vieux monastère; les dalles de l'église, les pierres tombales, les cercueils des anciens moines ont été, au commencement du siècle, enfouis dans les fondations.

Or, au milieu des ruines, des gens d'église sont revenus. De l'abbaye, quelques portions ont été relevées : sur d'anciens plans, on a biîtl une blbllo-

(i) Unies Pince ou St Marv's coUese.

:?<« SAINT AUGUSTIN DE CANTEKBUllY.

ihèque et des salles de cours pour de futurs missionnaires. Ils sont protestants : une partie des nouvelles constructions a la prétention de reproduire le couvent de Luther à Erfurt. Du moins leur protestantisme est assez mitigée. Ils semblent croire à Tulilité des bonnes œuvres, voire des austérités corporelles. Ce n'est point sans doute par dévotion pour Luther, que les étudiants sont si affreusement logés dans de petits réduits humides, sans air et sans feu, plus étroits qu'une cellule de capucin.

Je ne ferai point le parallèle entre ce séminaire des missions et le nôtre, entre leur musée de curiosités exotiques et le musée des instruments de supplice à la rue du Bac. On connaît le martyrologe de nos apôtres. A Canterbury, sous le cloître, est peinte la liste des trois cents prédicants partis pour les pays lointains. Une arcade la précède, encore toute blanche, la page des martyrs.

Mais comment ne pas leur savoir gré de l'amour qu'ils portent à nos vieilles gloires romaines de Canterbury? Dans ce qu'ils appellent « Mémorial Chapel » au-dessus des noms de leurs morts gravés sur le marbre, deux bas-reliefs représentent, l'un, saint Grégoire et les petits esclaves anglais, l'autre saint Augustin devant Ethelbert. Le rétable de l'autel porte les images de sainte Mildred, de saint «: Ethelbert, de saint x-Vugustin et de la reine Berthe; ; et, sur la muraille, on lit une inscription latine où des -a

vers modernes assez faibles encadrent les hexamè

1res un peu barbares, gravés par les moines au J douzième siècle, dans l'église abbatiale.

Dans la sainte maison (rAugustin. connne il convenait à nos ])atriarches.

Tous les sept, ils ont reposé, reliques bien-ainiées, Année des porte-étendard du Christ, nos premiers

prophètes.

Avec eux furent Ethelbert et la vierge Mildred, Et aussi le .sage abbé; ils formaient le brillant diadème du sanctuaire.

Dans la shnplicité pieuse de leur souvenir, les lévites

avaient mis cette inscription :

« Ils sont les sept primats anglais, nos premiers

pères « Les sept chefs, les sept astres de notre ciel, € Les sept citernes de vie, les sept torches, « Les sept palmes royales, les se])t couronnes, € Les sept étoiles; et l'enceinte de notre église les

renferme.

— Mais, depuis ([ue le tyran atroce a dispersé leurs

os, 11 ne reste que le parfum de leur nom (|ui se répand à travers les siècles (I). »

Aedibus in saiictis Augiistini, ut Palriarchae, Ordine septeiio re(|iiieriint corpora rara, Agmen sigiiifcruin Chrisli^ primi(iue proplielae, Xecnoii Uex F.thelbcrrlus, Mildredaque virgo Cuni sapiente Abbale, inicans diadema sacelli •, Siiiiplicitatc pia nuMiiores scripsere Levilae : Septein sii/tt Angll primates et protopatrcs, Septem redores, septem caeloqui friones, Septem cisternae ritae, septemquc lucernae, Et septem palmae regni, septemque coronae^ Septem sitnt stellae quos haec tenet area cellae, Atrox sed postquani disperserai ossa tyraiinus, Siiaveoleiis taiitiiin nomen per siecula pollet.

Le tyran atroce, c'est Henri VIII. On voîl qu'à leurs yeux la réforme a tout déformé ; « Ré formation Dé formation y) disaîtl'un d'eux. Us sont de ceux qui s'affirment catholiques, et n'auraient qu'un désir, s'entendre reconnaître par nous ce titre, renouer avec Rome la chaîne du passé, sans briser pour cela avec le présent, qui est l'église anglicane. Puisse Dieu nous entendre, quand toute la catholicité prie pour eux chaque année, et pour tous ceux qui leur ressemblent, disant :

« O Dieu, qui par la prédication et les miracles du B. Augustin, votre confesseur et pontife, avez daigné éclairer la nation anglaise de la lumière de la vraie foi, accordez-nous, par son intervention, de voir revenir à l'unité de votre doctrine le cœur des égarés, et, à nous, donnez, de vivre en concorde dans la pratique de votre volonté. »

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