VN
Gl/)IRE POSTIIlMi:. • 199
et plus d'une église, voulant se rattacher aux origines, imaginait pour le premier évêque d'Angleterre d'invraisemblables voyages.
Entre tous, le roi Canut se distingua par sa dévotion. En io3o, il faisait le pèlerinage de Rome. A son retour, la flotte rovale venait îi sa rencontre. On était en face du Kent ; une formidable tempête s'élant levée, le roi fit un vœu : il promit de donner au saint de beaux ornements, et une lame d'or assez longue pour cercler le navire; la tempête tomba; et le roi, aussitôt débarqué, courut à bride abattue jusqu'au tombeau de son patron.
Mais déjà (i02j) il avait fait au monastère un présent qui valait tous les autres. Les invasions danoises, celles-là mêmes à qui il devait sa couronne d'Angleterre, avaient terriblement ravagé le Kent. Tout près de l'endroit où avait débarqué saint Augustin, elles avaient détruit un couvent de femmes, et massacré les religieuses jusqu'à la dernière. C'était l'antique abbaye de Minster : on y conservait les restes vénérés de la seconde abbesse , la vierge sainte Mildred, descendante de roi Elhelbert, qui avait pris le voile sous l'épiscopat de saint Théodore (i). Chose étrange, sa vie était fort peu connue, et sa gloire cependant éclipsait presque celle d'Augustin. Du continent on venait à son tombeau, les légendes de toutes sortes se multipliaient autour d'elle, touchantes ou comiques; elle confisquait même à son profit les traditions relatives au saint évêque : le î'ocher sur lequel il avait abordé, et où il avait laissé
[\)Àcta SS. Juillet/t. III.
la irace de son pas, était devenu avec le temps le rocher de sainte Mildred,
Canut donna Téglise et les reliques aux moines de Canterbury. Il fallut compter avec les habitants et les prêtres du lieu pour enlever le saint corps. Ce fut de nuit, en toute hâte, que se fit- la translation; les moines n'eurent que le temps de s'enfuir, et de passer le bac pour éviter la fureur des gens de Thanet.
La place de la sainte abbesse était indiquée dans Téglise de Saint- Augustin. Sa chasse fut mise dans une chapelle à côté des saints évoques, et ainsi se trouva complétée la série des fondateurs, le premier roi et la première reine, un des premiers abbés, et une des premières abbesses, et, au centre, le premier primat. C'est ainsi, entouré de sa cour de saints, qu'Augustin protégeait le Kent et multipliait les miracles.
Il semble, à lire le recueil de ces prodiges conservé par Goscelin, qu'Augustin ait eu la spécialité de protéger les gens de mer. Histoires ou légendes, ces récits ont leur charme. Ils prouvent du moins combien le saint occupait les imaginations d'alors.
Dans la petite île d'Ethelingen (Sommerset) on voyait jadis, paraît-il, une tour surmontée d'une flèche en charpente de forme bizarre : une des pou-
GLOIRE l'OSTIIUME. 301
ait d'une façoa choquante; le chroni-
r ne s'esplîque pas davantage. La lour étaîl
i à saint Augustin. On contait que l'abbé en
!, se voyant retenu dans un port de France
i vcnls contraires, sans ressources, sans ar-
}, avait fait vœu d'élever un monument en faveur
enait à son secours. Il fut exaucé.
tré dans son monastère, il se mit en devoir d'ac-
vœu. On lui donna sept pièces de bois.
s mesurant, on trouva qu'il y en avait une trop
(rte d'un pied. Grand désappointement : on prie
iint, on mesure une seconde fois; — et, pour
ioup, la poutre se trouve d'un pied trop longue.
I supérieur s'opposa à ce qu'on ta coupât. Voilà
irquoi la tour de saint Augustin au monastère
Ellielingen était bâtie contre toutes les règles de
nharpenterie.
Vne autre fois, c'est un naufragé, ami de Guil-
le le Conquérant, bourgeois de Londres, ancien
: du monastère de Canterbury, qui invoque le
Dt dans son péril de mort. Le saint lui fait ren-
iitrer une épave sur laquelle il est ballotte deux
I et deux nuits; mais enfin, il est sauvé, seul
t passagers.
Ou bien ce sont des moines de Saint-Augustin, ue Goscelin a connus, et qui lui ont fait le récit ftsuîvant.
i revenaient de Terre Sainte : on était aux enons de ta Pentecôte; le navire, se dirigeant de UBtantinoptc à Venise, avait cent cinquante passais, laïcs cL clercs. Le temps était affreux; les f eargut-es, le vaisseau allait au \\aBaïi. \i\\fevç,
'*i\-2 SAINT AKiL.STIX DE CVNTERBIRY.
(le saint Augustin approchait; et les moines, faisant valoir leur patron, contaient aux Grecs deTé- (juipagc comment son maître saint Grégoire avait été nonce à Hyzance, puis Tavait envoyé convertir les Anglais. Il n'y avait pas de saint en Grande Bretagne plus puissant; et si, tous, Grecs, Italiens, \iiglais voulaient unir leurs prières, ils seraient certainement tirés de danger.
La fête tombait un dimanche, et le vent souf' fiait toujours en tempête. Le samedi soir, les moines chantèrent les premières vêpres sur le pont balayé par les vagues, puis laudes à la pointe dti jour. « Pour église, nous avions le vaisseau, pour clocher les mats, pour croix les vergues, pour tentures les voiles, pour officiant le quartier-maitre^ pour archiprêtre le pilote, pour clercs des rameurs, [)our orgue le bruit du vent dans les cordages. » Une fois laudes chantées, tous allèrent se reposer , sauf le pilote. J'abrège le récit; la tempête tomba.
Les moines anglais insistaient pour que Ton re« doublât de prières à leur patron, et pour que, confiants en sa protection. Ton achevât vite le voyage. Le capitaine préféra se retirer au port le plus prochain. \ peine étaient-ils entrés, que la tempête recommença, et il fallut, le vent restant contraire, recourir derechef au saint , pour pouvoir reprendre la mer.
l ne autre fois, toujours vers la même époque, sous (juillaume le Conquérant, quinze navires faisaient la traversée de la Manche, quatorze chargés de pierres de (]aen pour le palais de Westminster, et un pour la maison de Saint-Augustin que Ton re-
bâtissait. Les quatorze premiers périrent corps et biens dans un cyclone ; sur Tautre on se confia au saint pour lequel Ton travaillait. Le capitaine se refusait à jeter k la mer les pesants matériaux qui le mettaient en danger. Le saint l'entendit, le navire put aborder a un petit port, toucha le sable, et là, se fendit en deux, déposant sur la grève, colonnes, bases, chapiteaux, pierres de taille.
Le onzième siècle semble avoir été la période la plus florissante du culte de saint Augustin. Des Anglais portent cette dévotion jusque dans la colonie qu'ils avaient alors a Constantinople , et Tun d'eux lui bâtit une église. On voit des navires, équipés pour les pauvres, partir deGreenwich et déposer les pèlerins sur quelque point de la côte rapprochée de Canterbury. Goscelin parle d'un cul-dejatte, qui avait trouvé le moyen de faire le pèlerinage de Rome pour obtenir sa guérison, et qu'on trans- ; porta ainsi au tombeau de saint Augustin : il y ' trouva enfin la santé. Sous l'abbé Wilfric (i 047- 1 o5y) les prodiges se multiplièrent tant que l'historien moine renonce à les enregistrer. Il est vrai qu'alors on prenait pour miracle bien des faits, naturels en soi, mais où se montrait la main de Dieu. Telle la mort de ce sacristain du couvent qui se cassa la jambe en voulant forcer le tombeau du saint, où il croyait trouver des trésors; le pauvre homme succomba à sa blessure.
■aï- me mir^ sl iisfè«? faôtc-
~,-- ■::.;-*• Ml miniôf. it "^I'IlÎ-«ib d*
iir-îin;. iru. 3»(TH- piriotï ;n>(tnL iD/c^ -er. eœ5*T«£
On sait comment tout cela disparut sous le plus indigne des successeurs d'Augustin, Cranmer. Rien ne reste de la châsse du martyr; rien, des tombes saintes qui faisaient de la cathédrale catholique un [i des plus riches reliquaires de la chrétienté. Les chapelles sont désolées, ou encombrées de monuments funéraires ordinairement affreux. Mais tout aa fond, derrière l'abside, dans la jolie chapelle en rotonde où Ton vénérait jadis le chef de saint [. Thomas, on voit un vieux siège de marbre, nu, de style étrange, sur un marchepied de pierres mal taillées. C'est là que les protestants ont relégué la chaire de saint Augustin; elle est en pleine solitude. En avant, s'étend la large portion du chœur surélevée de quinze marches au-dessus du reste, où était la châsse du martyr. Aujourd'hui, il n'y a plus rien ; la liturgie réformée s'est cantonnée tout au bas du chœur et n'a plus rien ii faire ici. De loin en loin seulement, la vieille chaire sert encore, quand on intronise le nouvel archevêque protestant. Une seule tombe, grise et misérable, en briques couvertes de plâtre, occupe avec elle le petit sanctuaire sans autel. Là repose, dans sa sépulture provisoire, le successeur de Cranmer, le dernier des légitimes descendants d'Augustin, le cardinal Reginald Pôle. Ainsi se rejoignent, pour ainsi dire, dans un coin triste de la vieille basilique, le début et la fin de l'antique hiérarchie.
Chose étrange : pas un archevêque anglican, n'a jusqu'en ces derniers temps voulu reposer dans sa
Il métropole. Les monuments qui porteht leurs statues [- de marbre blanc sont vides : tous ont préféré une
^Iijue r^'U«? do rani[«-
Tiw«a!«ni-tis ki l« fol uvp impr^é it
eligieui, I
j d'aban- 1
AogosJ