‹ St. François d'Assise, le génie de la liberté [microform]Chapitre 23 sur 25 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

Tout ce que les hommes laissent au monde ptrira... v

(Sx FRANCOIS D'ASSISE :

Lettre & tous les fideles.)

Le petit pauvre de Dieu vient de se libe>er du seul bien qu'il detenait encore. Sur la couche de la Portioncule ou le grand acte s'est accompli, Frangois abandonne frere corps . II remet aujourd'hui sa dSpouille et son ceuvre aux mains des hommes. lls se disputeront aprement 1'une et 1'autre. Autour de ces deux choses que Frangois laisse au monde, des rivalites vont se creer, des intents vont s'opposer. Le legs du conciliateur deviendra 1'enjeu d'une lutte. Ainsi vont les destinees humaines.

Lorsque Frangois eut rendu son ame a Dieu, Elie fit introduire de nouveau Jacqueline de Settesoli dans la cabane : Voici celui que vous avez aime pendant sa vie ; recevez-le encore apres sa mort I Jacqueline se jeta en sanglotant sur le corps de son ami et le cpuvrit de baisers. Autour d'elle, les petits freres pleuraient et priaient. Et deja, d'Assise et des villages voisins, la foule descendait vers la Portioncule pour voir le corps du stigmatised L'annonce de sa mort s'etait repandue, a la grande

satisfaction du peuple , disent les biographes. Assise possedait enfin ce cadavre tant desire. Toute la nuit, .des clameurs retentirent autour de la Portioncule. La lueur des cierges luisait sous les feuillages. L'allegresse et la peine eclataient avec les chants d'action de graces et les prieres. Pourtant, dit 1'abbe Le Monnier, la crainte d'un enlevement a main armee continuait a banter les esprits. On se sentait a decouvert dans cette valise, loin de la ville. On ne crut pas pouvoir attendre le temps ordinaire. Les funerailles furent fixees au lendemain dimanche, a la premiere heure .

Thomas de Celano a raconte ce que furent ces funerailles, au milieu des hymnes, des cantiques et des sonneries de trompette . Le corps de Frangois rentra dans sa ville natale qui attendait, jalouse, sa relique. Le cortege fit un detour par le couvent de Saint-Damien, afin que Claire et les Pauvres Dames pussent contempler une derniere fois leur pere spirituel.

Et des lors, autour de ce tombeau, commence de naitre la legende franciscaine. Elie devait en etre le premier ordonnateur* A peine le corps de Frangois 6tait-il inhume, que le ministre general pensait deja a lui pr^parer un tombeau digne de lui. Le Poverello avail ecrit dans.sa regie : ...Ou'en aucune f agon .les freres ne regoivent ou ne f assent recevoir, qu'ils ne quetent ou ne f assent queter des aumones pecuniaires ou des deniers, pour une maison ou pour un lieu... Et pourtant, Elie va bientdt recueillir des offrandes, avec 1'approbation du Saint-Siege, pour construire sur le tombeau de Frangois une triple basilique a laquelle les plus grands artistes apporteront le tribut de leur talent. La premiere pierre en fut posee le 17 juillet 1228, le lendemain du jour ou le Poverello avait ete solennellement canonise par Gregoire IX, c'est-a-dire moins de deux ans apres la mort du saint. Par un bref du 22 avril 1230, le Souverain Pohtife la proclame la t6te et la mere de toutes les eglises de 1'ordre. Mais autour d'elle, apparait ce qui deviendra bientdt la grande scission.

L'e"difice grandit. S'ii fallait en eroire la tegende accrSdiiee par les zelanii, il nargue de loin les vieux conapagnons restes fideles a leurs cellules sylvestres. Us gemissent. Us n'y tiennent plus. Un ; jour, nous dit-on, frere Leon s'est rendu sur les chantiers et, d'un coup de maillet, i'l a brise 1'urne de porphyre que le batisseur a mise la pour solliciter les offrandes. Un autre jour, c'est frere Gilles qui derobe au nouveau sanctuaire ses clochettes d'autel, inutile colifichet a son gre, pour fairfe Taumbne a une pauvresse. Et Ton raconte mme que le saint frere, a qui Ton fait les honneurs du luxueux couvent, s'est eerie : C'est tres bien ! Maintenant il ne* vous manque plus que des femmes !... (1) .

Les petits freres restes fideles au pur id^al franciscain ne pouvaient admettre tant de magnificence autour de celui qui avait 6t6 toute sa vie I'image de rhumilite. La basilique d'Assise leur semblait une injure faite a Frangois. Us savaient que leur bienheureux Pere 1'eM diesavouee. En cela sans doute ils avaient raison. Mais que serait-il reste de I'admirable legon de Frangois si rien n'avait ete fait pour en perpetuer le souvenir? En d6pit de^tout ce que Ton pourra dire contre Elie de Cortone et 1'esprit nouveau qu'il fit passer dans Tordre, il restera quand meme. en sa faveur qu'il fut 1'organisateur de 1'oeuvre franciscaine.- II sauva ce qui pouvait elre sauve d'une aventure ou :la part humaine etait bien faible. L'ordre des freres mineurs ne pouvait vivre dans sa purete originelle. C'est le destin du genie de ne pas laisser d'heritage.

Sans la basilique d'Assise et les fresques de Giotto, sans la legende de Celano et les couvents de clercs, 1'esprit fran-^ ciscain ne nous serait pas parvenu. II cut .disparu peu a peu avec chacune de ces ames en qui Frangois avait laisse un peu de sa lumiere. II se fut deforme, puis eteint. L'homme a reduit a sa mesure cette pensee trop large pour qu'il put 1'accomplir. Elie eut la tache ingrate d'assumer

(1) Maurice Villain : Saint Frangois et les peintres d'Assise:

cette adaptation. Qu'il n'ait pas 6t6 toil jours assez respectueux de 1'esprit de Frangois : qu'en traduisant il ait souvent trahi, le fait est hors de doute. II fut depos6 en 1239, excommuni6 par le pape et d6pouil!6 de 1'habit de Tordre. Mais, comme le dit justement Ernest Renan, il fit rentrer dans les conditions du possible et accommoda la faiblesse humaine 1'idSal trop absolu du fondateur . Par lui, la i<6gende du petit pauvre de Dieu s'est peu a peu ordonnee. A travers les erreurs qui le determent, nous retrouvons j>ourtant le visage de Tap6tre, et sa purete n'apparait que plus grande d'avoir etc ainsi troublee par ceux-l mdme qui devaient la d6fendre. L'o3uvre de Frangois a subi les vicissitudes humaines. C'est par elles que Ton peut mesurer la grandeur de son integrite.

Notre tache est achevee. Ce que lurent ces luttes, le schisme des Spirituels, les conflits qui surgirent aux universit6s de Paris et d'ailleurs, tout cela appartient a 1'histoire de 1'ordre franciscain et non plus ^ la vie de Frangois (1). Tout ce que les hommes laissent au monde p6rira, avait 6crit le Poverello. Peut-etre n'entendait-il pas seulement par 1 les biens temporels. Cette parole amere pouvait s'appliquer aussi aux oeuvres des hommes. La sienne n'a pu lui survivre telle qu'il la desirait avec 1'intransigeante rigueur si souvent exprimee. Mais ce qui en subsiste est assez beau pour lui faire honneur. Sa vie ne .pouvait Stre un exemple pour tous. Lui-m&ne le savait bien et il s'en est souvent expliqu6. Nous ne pouvons le suivre sur cette voie ou la grace 1'avait conduit. Mais si son exemple nous depasse, au moins efforgo'ns-nous de tendre vers son esprit, vers cet esprit franciscain fait de tolerance, de conciliation, de courtoisie, d'humilite, de bonne humeur. La grande affaire de saint Frangois d'Assise ne

(1) Sur I'Histoire de Vordre. Voir bibliographic h la fin du volume, 3 partie. .

fut peut-Stre pas de creer un ordre nouveau, mais d'apporter aux hommes une nouvelle vision des choses. L'ordre franciscain fut un esprit avant* d'etre une confrere. La encore I'inspirS, le Poverello, triompha des organisateurs, Hugolin, Elie de Cortone, et tous ceux qui vinrent apres eux.

II ne nous reste aujourd'hui, pour retrouver 1'image du saint, que ce qu'il a laisse" tfecrits : admonitions, prieres, laudes, et surtout sa Premiere Regie et son Testament. Ce sont vraiment la les sources profoHdes et tou jours claires ou apparait dans sa fraicheur initiale 1'esprit du Poverello. Us ont fait 1'objet de maintes publications et de nombreuses traductions en franc, ais. L'une des premieres et des plus apprSciables a 6te publi6e en 1935 par le P. Gratien, frere mineur capucin, sous ce titre : Les Opuscules de saint Francois d'Assise.

Un tel ouvrage est indispensable a qui veut pen6trer la personnalite du saint, ou simplement mieux connaitre son charme. Ainsi que 1'^crit le P. Gratien a propos du Testament : C'est a ces pages empreintes de la plus 6mouvante sincerite qu'il faut demander le secret de son oauvre et de sa saintete. L'une et 1'autre nous parviennent ici sans aucun intermediaire. Rien ne peut en troubler la puret6. C'est une source qui ne cessera de couler, et a laquelle il faut tou jours se refe>er pour retrouver, au dela des interpretations les plus diverses, 1'esprit veritable de Frangois.

D6sormais, on va voir se multiplier les portraits du saint d'Assise. Parallelement, des remits vont batir autour de son souvenir une 16gende dor6e . Ce fut sans doute vers le moment ou il benissait la fondation de la basilique d'Assise que le pape Gr6goire IX chargea le frere Thomas de Celano d'6crire la vie de saint Frangois. Cette Vita Prima fut r^digee d'apres les souvenirs personnels de

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1'auteur, et probablemerit remise au pape au debut de 1229. Une Vita' Secunda devait succeder a celle-ci, trop breve et incomplete, sur la demande de Crescent de Jesi,. ministre general, vers 1247. Les dernieres traductions de ces deux ouvrages ont ete publiees avec une Introduction et des Notes par 1'abbe M. J. Fagot (1). On y trouvera une breve . notice sur le premier biographe de Frangois, ce Thomas de Celano qui est aussi le poete du Dies irse, 1'admirable Sequence des Morts . Ces deux vies redigees officiellement sur 1'ordre de la papaute se composent de remits, d'aiiecdotes ayant trait a la vie de Frangois et, dans la troisieme partie de la Vita Secunda, de commentaires par lesquels Fauteur se ha*usse assez souvent a 1'essai philosophique; C'est la, comme le dit I'abb6 Le Monnier, le livre des verlus du saint , plein d'apergus generaux, de considerations qui en font, un peu 1'equivalent, dans le domaine de la saintete, de ce que represeritent pour nous les Essais de Montaigne, dans celui de rhumanite. On sent neanmoins, dans tout 1'ouvrage de Celano, 1'evident desir de raconter, nbn point tant la vie du Poverello que les faits qui sont de nature a temoigner de sa saintete. Ces pages, ecrites par un ffiaitre, ne cessent un instant d'etre riches d'enseignements et de verite.

La Vita Secunda aurait ete redigee vers 1247, apres que le ministre general eut invite les freres mineurs contemporains de Frangois- a reunir leurs souvenirs et a en confier les' elements a Celano pour lui permettre de completer ses propres documents. II serait possible, en ce cas, que la Legende des frois Conipagnbns ait ete 6crite par les freres Leon, Ange et Rufin, en 1246, pour repondre a 1'ordre de Crescent die Jesi. Elle correspond a la premiere. partie de la Vita Seduhda qui y aurait puise ainsi ses elements. En tout ca^, cette legende est plus conforme a ee que nous entendohs aujourd'hui sous le terme de biographic. Elle a plus de fraicheur, mais moins de prof ondeur que Tceuvre

' (1)' Voir bibliographie k la fiii du volxirne.

de Celano, et passe brusquement de 1'annee 1220 a la mort du saint, ce qui a laisse croire que nous n'avions la qu'un fragment de 1'ceuvre initiate. La premiere traductipn frangaise de La legende des Trois Compagnons a paru en 1891 a Paris (1) avec une introduction de 1'abbe Huvelin qui fut le confident et le directeur de conscience du pere Ch. de Foucauld.

Parmi les autres ouvrages redigSs aux premiers temps de I'Ordre des Mineurs, figure egalement le Speculum Perjectionis ou Miroir de la Perfection attribu6 par Sabatier, a tort sans doute, a frere Leon. Plutdt que d'un puvrage ecrit par le compagnon de Frangois au lendeinain de sa mort; il s'agit la, vraisemblablement, d'une compilation bien posterieure, datant sans doute du debut du :Xiv e siecle. Paul Sabatier a cru decouvrir, sur la foi d'un ; manuscrit de la bibliotheque Mazarine, la preuve de 1'anteriorite du Speculum et, des lors, il s'est applique a rechercher tout ce qui pouvait appuyer sa these, en negligeant tout ce qui pouvait I'mfirmer. On retrouve 1^ 1'esprit partisan avec lequel, il faut bien le dire, . il Scrivit sa Vie de saint Francois d'Assise.

L'abbe Le Mpnnier, Johannes Joergensen et Maurice Beaufreton ont longuement examine et cqntroverse dans les appendices de leurs ouvrages cette importante question du Speculum Perfeclionis. Nous y renverrons nos lecteurs soucieux de penetrer aux sources de 1'histoire Jranciscaine. . -

Deja, dans la seconde vie de Thomas de Celano, comme le fait remarquer son traducteur 1'abbe Fagot, si le fond en est substantiellement le meme... on reconnait dans 1'importance plus grande donnee au merveilleux les enjolivements que la legende a brodes peu a peu autour de 1'histoire. Les initiatives privees de moines comme Julien de Spire ou 1'anonyme de Perouse qui, d'apres leurs souvenirs, le recit .d'un compagnon ou de simples

(1) Voir bibliographic & la fin du volume.

compilations, voulurent a leur tour 6crire sur Frangois ; le disaccord qui surgit pendant de longues annees entre deux fractions des freres mineurs ; les n^cessites d'interpr&ation differente pour venir a 1'appui des theses oppose" es ; le gout du merveilleux, furent autant d'616ments de nature a fausser non seulement la v6rite historique, mais encore le caractere de celui qu'ils avaient a charge de peindre.

Le credit de ces diverses legendes 6tait devenu si faible que le chapitre general de 1260, qui cut lieu a Narbonne, chargea Bonaventure d'6crire une nouvelle Lgende de saint Frangois. II la composa d'apres les textes prece"dents et les recits que purent lui faire quelques survivants de la premiere generation franciscaine, notamment Leon et Illumine. Pr6sent<e au chapitre de Pise en 1263, la Legende de Bonaventure fut si favorablement accueillie que le chapitre ordonna, au nom de I'obelssance , a tous les mineurs, de d&ruire ou d'Scarter de la circulation les ouvrages anterieurement Merits sur saint Frangois. Cette mesure fut heureusement rapportee en 1277, et c'est ainsi qu'ont pu nous parvenir les Vies de Celano, et la L6gen.de des Trois Compagnons.

Parmi les compilations poste"rieures, les Fioretti, ou Petites jleurs de Saint Francois d'Assise, jbuissent* aupres du lecteur moderne d'une toute particuliere faveur. C'est la traduction en langue vulgaire d'un ouvrage latin du xiv* siecle : les Actes du bienheureux Francois et de ses compagnons. Cette traduction, a peine poste>ieure a 1'original, aurait 6t6 faite par un moine anonyme de Toscane 'vers le milieu du xrv" siecle.

Premier ouvrage en langue italienne, ante>ieur a la Divine Comedie, les Fioretti repr^sentent ainsi que F6crit leur traducteur T. de Wyzewa, un 6v^nement d'une importance considerable dans la formation et le dgveloppement de la prose litteraire italienne . Adaptation en meme temps que traduction des Actus, les Fioretti comprennent deux parties, de sources gvidemment dif!6rentes. La premiere veritable ^vangile franciscain

conte des faits se rapportant tous a saint Frangois et a ses premiers compagnons, et provient de re"cits ante"rieurs, soit .ecrits, soit oraux. La seconde, au contraire, se compose d'episodes locaux a joules par les compilateurs et ayant trait a divers freres tie 1'ordre ayant vecu eux-mdmes au quatorzieme siecle.

Les Fioretti ont 6te traduites en frangais a plusieurs reprises (1). Elles constituent, par la fraicheur de leur poesie, un des elements essentiels de la bibliographic franciscaine. On y sent trop peut-Stre, par instants, le gout du miraculeux, le besoin de d^gager le caractere'de saintete" de Frangois. Dans Celano ou sont relates avec simplicity tant d'anecdotes, de traits touchants que nous n'avons pu ni voulu reprendre dans cet ouvrage, apparaissent vraiment le visage de 1'homme, sa grandeur mystique, sa foi, sa douceur de compagnon, ce que 1'auteur nomme lui-m&ne si justemeht sa bont jaillissante . Avec les Opuscules du saint, les deux Vies de Celano sont indispensables a qui veut retrouver dans sa purete 1'esprit de Frangois.

Les Fioretti ont deja le caractfcre de la legende. Ce sont de petites fleurs choisies avec soin pour dresser une guirlande a la memoire du saint. D'ou leur charme et leur po6sie. On a vu qu'elles constituaient d'autre part une date litte>aire en Italie. Avec les Fioretti, Finfluence du Poverello se fait jour dans le domaine de la polsie. Elle a deja marque sa trace dans celui de Tart.

Commence* e en 1228, fanne de la canonisation de Frangois, la basilique d'Assise fut consacrge par le pape Innocent IV en 1253. Elle gtait alors achevge dans le gros oeuvre. Depuis 1236 les peintres y travaillaient. La decoration de I'ddifice devait durer plus d'un siecle. Les premiere fresques ont aujourd'hui disparu en partie par le

(1) Voir bibliographic & la fin du volume.

percement de chapelles posterieures. Cimabu6 et trois . maitres remains : Cava'llini, Torriti et Rusuti, furent parmi les premiers artis'ans de cette magnifique eclosion iconographique qu'allait susciter, a Assise, puis dans' toute 1'Italie et, bientdt apres, au dela, la legende iranciscaine. Elle a contribue, parallelement aux 6crits des premiers biographes, a composer pour nous le visage legendaire de Frangois. Parmi les plus celebres reuvres de cette epoque, il faut citer 1'admirable seYie des vingt-huit fresques de la vie de saint Frangois executees a la basilique superieufe d'Assise par Giotto, et plusieurs scenes de cette mSme vie dans la chapelle Bardi de 1'eglise Santa-Croce a Florence, egalement dues . a Giotto. Le genie du grand peintre tosean a trouve dans 1'histoire franciscaine son inspiration et son elan. Apres Gimabue et son ecole, 1'art neuf de Giotto decouwait un accent realiste inconnu jusqu'alors. Frangois a aide Fart a sortir du byzantinisme , ecrit E. Jordan. C'est ainsi qu'on a vu justement en Frangois 1'un des promoteurs de ce grand mouvement d'idees que fut la Renaissance italienne. Si son caractere demeure

parfaitement conforme a 1'esprit du moyen age, 1'influence de Frangois n'en a pas moins determine, dans les lettres, par les Fioretti et la poesie de Dante qui fut un tertiaire et consacra a Frangois quelques belles pages de sa Divine Comedie, par Giotto .et ses eleves> dans la peinture, une forme nouvelle d' expression. .

Les portraits les plus anciens et les plus interessants du pauvre d'Assise paraissent etre ceux du Sacro Speco de Subasio, dont nous avons parle dans le premier chapitre de cet ouvrage, -^ de 1'eglise de San-Francesco a Ripa, peint sur bois, le portrait anonyme de Sienne a 1'Academie des Beaux-Arts.de cette ville, et le fameux Saint Francois de la basilique inferieure d'Assise attribue a Cimabue.

Quant aux grandes series de la legende, outre celles de Giottp que nous avons signalees, il faut encore diter les fresques de Benozzo Gozzoli a 1'eglise de Saint-Frangois de Montefalco, les panneaux de Taddeo Gaddi a rAcademie

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de Florence, et Ies fragments d'une autre serie siennoise due a Giovanni Sasseta, dont le musee de Chantilly possede un charmant petit tableau : Le manage de saint Francois d'Assise et de Madame la Pauvrete. .

Mais en ce qui concerne 1'iconographie de saint Frangois, nous renverrons egalemeht nos lecteurs a (ies travaux. plus competents et plus complets. La question a etc traite"e largement par Henri Thode dans un duvrage intitule, Saint Francois d'Assise et Ies origines de Vart en Italie. Plus, recemment, il conyient de signaler la petite brochure d'Andre Perate : Saint Francois d'Assise, dans la collection L'Art et Ies Saints ; une courte etude de T. de Wyzewa en appendice a sa traduction de 1'ouvrage de Joergensen : Saint Francois d'Assise : Les representations artistiques de saint Francois ; et enfin le bel ouvage de Maurice Villain : Saint Francois et Ies peintres d'Assise (1). On trouvera, bien entendu, des notes interessantes a ce sujet dans tous Ies ouvrages consacres a Giotto et dans la plupart des Histoires de 1'Art, notamment celle d'Elie Faure.

Nous avons tente d'indiquer brievement dans cet appendice Ies voies principales par lesquelles ecrits et images ont porte jusqu'a nous la merveilleuse histoire du petit pauvre d'Assise. A qui veut s'en impregner davantage, il reste une troisieme source ou puiser : Ies lieux ou vecut Frangois ; apres le livre et 1'art, le pelerinage. Meme lorsqu'il sont ecrases, comme c'est le cas pour la Portioncule, par la grandeur des constructions posterieures, Ies habitats franciscains ont encore, pour le pelerin, un singulier pouvoir. II faut connaitre Assise et ses vieilles rues, ses portes, ses eglises, il faut avoir goute le silence des cloitres dans la chaleur de midi, Ies douces nuits d'Ombrie, la solitude des ermitages caches dans la montagne, pour

(1) Voir notice bibliographique & la fin de 1'ouvrage, 4 e partie.

comprendre intens&nent le secret de Frangois. II faut avoir vu Saint-Damien, le plus pur vestige qui soit demeure, pour saisir 1'emotion d'une aventure qui fut sans exemple dans 1'histoire du monde depuis le Christ. Le pays d'Assise est & Fimage de Tame franciscaine, fait de douceur et de noblesse, de simplicity et de grandeur. II est inseparable de Tesprit de Frangois. On ne peut les comprendre parfaitement que Tun par 1'autre. Apres neuf siecles, les murs de Saint-Damien, les rochers de Fonte-Colombo et de 1'Alverne gardent encore en eux, comme la patine du temps, un peu de la grande ame qui s'y manifesta.

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