‹ St. François de BorgiaChapitre 19 sur 38 · iUa foi t'a lauvë · texte numérisé non relu

iUa foi t'a lauvë

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FEsprit-Saml se communiquera aux justes, de façon que ceux-ci puissent préparer les pécheurs a mériter la vie éternelle, où entièrement et éternellement s^accomplira la divine volonté. »

Deux mois plus tard. Dieu répondait à la demande du saint duc en prenant à lui la duchesse de Gandie. La mort de sa femme mit soudain Borgia en face du terme vers lequel, depuis la mort de Timpératrice, Dieu Tavait acheminé. La marche à Tholocauste s'était faite par étapes; la dernière était franchie; et comme François de Borgia ignorait les lenteurs et les indécisions, son parti fut vite pris d'embrasser la vie religieuse.

Le 2 mai i546, le P. Pierre Lefebvre venait passer deux jours à Gandie, et le 5, il bénissait la première pierre du collège. Borgia, veuf depuis deux mois, trouva, dans le bienheureux, le maître qu'il désirait entendre, et il arrêta avec lui le projet qu'il allait bientôt accomplir. Il fit les exercices spirituels, et, le 2 juin, veille de l'Ascension, il émit, entre les mains du P. André de Oviedo, le vœu d'entrer dans la Compagnie, Le 9 octobre i546, saint Ignace le recevait dans son ordre. « Pour le moment, disait le saint, le monde n'a pas les oreilles assez fortes pour entendre une telle explosion. » Aussi, conseillait-il à Borgia de tenir sa détermination secrète, et, en attendant qu'il pût la manifester, d'établir son fils aîné et deux de ses filles, de parfaire les œuvres qu'il avait commencées à Gandie, enfin de prendre le grade de docteur en théologie.

Dès lors, par son exemple, ses conseils, son influence, le duc de Gandie devint, on peut le dire; rame de la Compagnie de Jésus en Espagne.

Le i®"" septembre i547 seulement, saint Ignace fondait la province d'Espagne et la soumettait au gouvernement du P. Araoz. A cette date, Tordre ne comptait, dans le royaume, que quarante et un membres, répartis en sept domiciles.

Homme d'ardente initiative, et de prompte exécution, Borgia, au lieu d*un simple collège, avait résolu de fonder, à Gandie, une université. Les cours furent ouverts au mois d'octobre i545, en présence de saint Thomas de Villeneuve, archevêque de Valence; le 4 novembre i547» ^^^^ I^^ délivra la bulle d'érection de l'université, dont l'inauguration solennelle fut célébrée le 7 mars i549.

Cette université en miniature eut ses jours de prospérité, mais, trop voisine de celle de Valence et trop mal située, elle n'avait aucun avenir, et ne répondit pas aux espérances de son fondateur. Le duc, qui rêvait grand, avait élaboré de beaux plans, d'excellents règlements. L'université devait compter vingt-deux chaires. En fait, on ouvrit d'abord trois cours, et, au lieu d'en augmenter le nombre, on le réduisit. En i553, Borgia supprimait, lui-même, les écoles de grammaire, et conservait les cours supérieurs. Trois ans après, faute d'élèves, il faisait rouvrir deux classes de grammaire et une de cas de con-

science; il fermait les cours de théologie. Bientôt, Funiversité ne compta plus que trois maîtres. Elle jouissait d'un titre auquel ne répondait aucune » réalité*.

Du moins, la communauté du collège et Oviedo son recteur, édifiaient-ils Gandie par leur zèle et leur ferveur, une ferveur parfois indiscrète. Avec Tagrément du pape, Borgia avait amené à Gandie le frère Jean de Texeda, et, séparé de ses supérieurs réguliers, ce frère, plus zélé que prudent, avait endoctriné Oviedo, au point de lui inspirer, pour la vie érémitique et pénitente, un goût qui frisait Tilluminisme.

Séduite par l'exemple de Texeda, la communauté de Gandie s'était fait un régime déjeunes, d'oraisons et d'austérités, incompatible avec les exigences d'une vie d'études et d'enseignement. Oviedo rêvait même d'aller passer sept ans au désert. Une telle indiscrétion aurait pu être fatale au duc de Gandie, qui s'adonna lui-même, alors, à des jeûnes effrayants et à des macérations excessives. Mais saint Ignace veillait; il conseilla au duc d'abréger de moitié le temps qu'il donnait à l'oraison, de réduire ses abstinences, de se nourrir assez pour entretenir et accroître ses forces, d'éviter les flagellations san-

I. Elle vécut, tellement quellement, jusqu'à la fin du XYiii" siècle. Après la destruction de la Compagnie, les bâtiments furent loués à des familles pauvres. En 1867, ^^^ Pères des Ecoles Pies, appelés par la municipalité, y ont établi un collège.

glantes. Avec une admirable sagesse, il le portait, plutôt, au parfait accomplissement de ses devoirs d'état, et à l'acquisition des dons éminents qui constituent l'état d'union surnaturelle avec Dieu.

Borgia se soumit plus promptement qu'Oviedo, dont les illusions duraient encore en i549. Alors, saint Ignace parla fermement, et chargea le duc de Gandie de guérir, à toutprix,rilluminismedurecleur. Par sa douceur et sa sagesse, Borgia en triompha.

La générosité du duc de Gandie ne se renfermait pas aux limites de ses états. A Valence et à Alcala, il soutenait, de ses aumônes, les étudiants de la Compagnie ; il provoquait des fondations à Saragosse et à Se ville. Saint Ignace, qui répugnait à cette dernière fondation, envoya à Borgia un blanc-seing, le laissant libre d'y écrire ce qu'il voudrait. Par une confiance si aveugle, il montrait, lui, si prudent, quel cas il convenait de faire du jugement du duc de Gandie.

Convaincu, par sa propre expérience, du bien que faisaient les Exercices spirituels, Borgia, en i546, demanda, pour ce livre, l'approbation du pape. A sa prière, et après mùr examen, Paul III, le 3i juillet i548, approuvait, par une bulle, l'ouvrage de saint Ignace. D'autres importantes faveurs furent, à- la demande du prince, accordées à la Compagnie.

Aujourd'hui encore, les habitants de Gandie appellent leur ancien souverain le saint duc. Nul

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litre ne fui mieux mérilé. Gandie fui l'école de sainlelé de Uorgia, et, en ces quelques années d'une retraile qu'il n'avail pas choisie, que la Providence lui avail ménagée, son âme fit d'immenses progrès.

Dans la cour d'honneur du palais de Gandie, un escalier, en hors d'œuvre, conduit à une vaste salle de réception qui s'ouvre sur une autre moins grande, aujourd'hui transformée en chapelle. Celle-ci était le cabinet, le despacho du prince. Tout auprès, Borgia s'était ménagé un petit oratoire, où, chaque jour, il aimait à s'ensevelir pour prier ou se macérer. L'oratoire, par sa forme basse et allongée, son plafond à trois pans, rappelle la coupe d'un cercueil. Aux murs blancs, des dessins au trait représentent les mystères du rosaire. Cet oratoire entendit les prières, vit les austérités du saint duc; c'est là que, priant pour la duchesse mourante, au pied d'un crucifix, Borgia s'entendit convier au sacrifice parfait. Mais à l'époque même où le prince s'abandonnait le plus immodérément à ses désirs de pénitence, il gardait sa sereine et compatissante bonté. Personne ne le connut austère ou chagrin ; il parlait, il écrivait avec enjouement. L'humilité sincère, qui le portait à se dire pécheur, ajoutait à sa vertu un charme touchant, mais ne voilait sa vie d'aucune tristesse. Avec raison on l'appelait le très bon, el buenisimo,

A partir de i546, dans la chapelle de son palais dédiée à saint Michel, Borgia communiait chaque jour. Il s'était réservé, au collège, un appartement très simple où il se retirait pour étudier. Il se levait,

dUent les uns, ti deux lieures du matin et int-diliiit juscju'à huit; de (juatre à liuit, disent les autres.

« Je l'ai connu, raconte un témoin. Il portait des vêtements très pauvres, d'étamine tout usée. Il ne manquait pas de gens, ecclésiastiques autant que séculiers, pour en murmurer. Ils étaient plus mondains que lui, mais jamais il ne modifia, pour cela, ni ne soigna davantage sa mise, s

Près de son palais, il restaura, ou, pour mieux, dire, il fonda l'hôpital de San-Marcos, destiné aux malades du duché. Il le visitait souvent, et, une fois par semaine, il y conduisait ses £ls, pour les habituera assister tes pauvres. Il était très aumdnier; quand il sortait, il portait toujours une bourse pleine de demi-réaux, et il ne donnait jamais moins d'un demi-réal. u Leduc est si généreux, écrivait Oviedo, en i549, qu'en ces cinq ou six dernières années, *' n'ii pas donné moins de cinquante mille ducat sans compter ce qu'il a donné auparavant, et • qu'on ignore. » Chaque jour, un médecin lui pr sentait la liste des malades pauvres, qu'il fais: assister. Tous ses aumôniers avaient l'ordre < donner largement.

Il trouva des contradicteurs, et Dieu, paraît-i permit au démon lui-même d'intervenir visibleme et de tourmenter le saint duc, qui fit bon visage l'ennemi. Un jour, Borgia chassa le diable en l'a pergeant d'eau bénite. Un autre jour, jeté, à tro reprises, hors de son lit, il resta par terre en disa

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au démon : « Couche- toi dans mon lit, tu le mérites mieux que moi. »

Il avait hérité de son père une grande dévotion au Saint-Sacrement, et Tusage d^accompagner le saint viatique, quand on le portait aux malades. « Quelquefois, rapporte son fils Carlos, nous chassions très loin de Gandie, et étions tout entiers à poursuivre le gibier. Le duc mon père s'arrêtait soudain, et, après avoir prêté l'oreille : « On sonne », criait-il, parlant du signal qu'on donnait en ville, avant de porter le viatique. Nous n'entendions rien; nous étions à une ou plusieurs lieues de la ville, dans la vallée d'Alfandech ou dans les plaines de la Torre de Xaraco. Mais lui, affirmait qu'on sonnait, et s'étonnait que nous, plus jeunes, nous eussions l'ouïe moins fine que lui. Tournant bride aussitôt, il prenait le chemin de Gandie. Nous le suivions, et nous nous apercevions qu'il ne s'était pas trompé. »

Aussi bien, ni ses larges aumônes, ni ses fondations, ni la simplicité qu'il observait en sa personne, n'empêchaient le duc de Gandie de tenir un train somptueux. Un jour, un grand d'Espagne lui exposait sa pénurie; malgré sa fortune, il ne trouvait pas de quoi donner à ses pages des livrées neuves; et il s'étonnait de voir Borgia si prodigue. Le duc avoua que Dieu semblait, en sa faveur, renouveler le miracle de la multiplication des pains. Â ceux donc qui le détournaient de tant donner à Dieu, il répon-

dait que Dieu le favorisait, en proportion même de ses générosités.

« Le seigneur duc élève si bien ses fils, écrivait Oviedo en i55o, qu'il y a de quoi louer Dieu, en voyant les exemples de vertu et d'humilité que tous donnent. C'est une génération sainte, les dignes fils d'un tel père, père des pauvres, soutien des veuves, consolateur des aflligés, et ami des serviteurs de Notre-Seigneur. C'est un grand bienfait, non seulement de converser avec un duc, si grand serviteur de Dieu, mais seulement de voir son visage. Il est fervent dans le service de Dieu, élevé en contemplation, simple et très docte, plein de crainte et d'amour de Dieu. Heureux temps, ceux dans lesquels Dieu nous donne de tels exemples à imiter ! »

Et l'évêque de Carthagène, don Estevan de Atmeyda, écrivait, le 28 avril i548, au retour d'un voyage à Gandie : « Je viens de Gandie, et j'ai vu un duc, don Francisco, qui est un miracle de prince et de chevalier j totalement humble et saint, et vraiment homme de Dieu. Sa vue répond à la renommée que répandent ses vertus et son bon gouvernement, et elle m'a rempli de confusion, à la pensée du peu de fruit que j'obtiens, dans la vie sacerdotale et pontificale, en comparaison de la vie de ce chevalier laïque. Je puis dire, en vérité : Verecundia mea contra me est, et confusio faciei meœ cooperuit me^. La honte et la confusion me font rougir, et, comme

I . Ma honte m'est sans cesse présente, et la confusion couvre mon visage.

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saint Jérôme, je pense que, dans l'Eglise de Dieu, il y a des séculiers qui donnent l'exemple à beaucoup de prêtres. Oh ! que de choses j'ai remarquées dans le palais de ce duc, qui ne se voient pas dans les maisons soumises à de plus grands devoirs! Quelle famille réformée! Quelle éducation des enfants! Quel gouvernement des sujets ! Quels religieux en sa compagnie, non seulement ceux qu'on nomme de Jésus, mais un frère lai de Saint-François, qui s'appelle Jean Texeda, dont on ne sait ce qu'il faut le plus admirer, son humble simplicité, sa prudeace surnaturelle ou les lumières que le ciel lui communique! »

L'obscurité volontaire dans laquelle François de Borgia se renfermait n'empêchait pas son mérite d'être toujours célébré à la cour. L'empereur Charles- Quint renonçait d'autant moins à ses services, que les anciens conseillers de son fils étaient morts, et qu'il songeait au duc de Gandie pour les remplacer.

Aussi, les Cortès d'Aragon devant se réunir à Monzon, durant l'automne de i549, I^orgia reçut-il l'ordre de s'y rendre. Les Cortès durèrent, du 1 5 juillet au 8 décembre. Le duc de Gandie fut l'un des quatre tratadoresj chargés de s'entremettre entre le prince et les États. Il s'acquitta de son rôle délicat avec un succès qui lui valut les remerciements cha* leureux de l'empereur et du prince Philippe.

Le rôle que Borgia avait rempli à ces Cortès n'avait pas été saDS lui causer beaucoup d'ennuis. Il écrivait, le i*' décembre : « Je suis sur le point de rentrer chez moi, et j'en ai bien besoin pour me reposer des tracas nombreux dont j'ai souffert ici de toutes manières. » A saint Ignace, il ne disait qu'un mot, mais éloquent : « Notre-Seigneur, lui écrivait-il le 28 décembre, a enfin daigné me tirer de celte Babylone de Monzon. »

En cette Babylone, le duc avait profondément édifié.

« Le duc,^ écrivait-on de Monzon, est le modèle, le miroir de cette cour. Il s'attire l'admiration de tous, ainsi que l'amitié et l'estime du prince. » « Aux États, raconte un témoin, le duc tenait toujours grande table, mais on ne lui servait que son écuelle de potage et un peu de mouton. Il ne portait jamais de soie et s'habillait très simplement. »

L'empereur, plus que personne, appréciait le mérite, toujours croissant, du duc de Gandie, et il ne renonçait aucunement à son idée de le ramener à la cour, comme majordome du prince Philippe. Cette perspective effrayait le duc, qui craignait, d'autre part, s'il se rendait à Rome, du vivant de Paul III, d'être fait cardinal par ce pape très dévoué aux Borgia. Saint Ignace, averti de ces craintes, sollicita du pape, pour un laïque qu'il ne nommait point, la permission de faire la profession solennelle, et de rester, trois ans encore, dans le monde pour conclure les affaires qui le retenaient. Le pape concéda celte

faveur, et, le 2 février i548, Borgia émit, à Gandie, ses vœux solennels de religion.

Cet acte arrachait, pour toujours, au monde le duc de Gandie, qui pourrait TaUéguer, au cas où l'empereur l'appellerait à la cour. Cliarles-Quint avait si peu renoncé à ses projets, que, le 28 août i549, Araoz écrivait, de Saragosse, à saint Ignace : « Hier, un grand personnage m'a dit que le prince épousait l'infante de Portugal, fille de la reine de France, et qu'on faisait grand majordome le duc de Gandie; il me l'a confié comme un secret et comme chose sûre. » Mais ce projet, maintes fois repris, n'aboutit jamais, et Borgia n'eut plus qu'à profiter du délai que lui accordait Paul III, pour conclure ses entreprises.

A la fin de r548, l'université de Gandie était fondée ; les fortifications de la ville s'achevaient. En i548, le duc de Gandie mariait son fils Carlos, âgé de dix-huit ans, avec Marie-Magdeleine de Centelles, fille du comte d'Oliva. A cette occasion, il acheva de restaurer son palais ; il sema les lambris de la salle d'honneur, de ces couronnes radiées, un des motifs prodigués aussi dans les appartements Borgia, au Vatican. Sur la frise, qui courait autour de la salle, il avait fait tracer cette inscription austère : Sic currite ut comprehendatis, quia non coronabitur nisi qui légitime certaçerit. De la couronne humaine qu'il leur transmettait, il élevait ainsi la pensée de ses

enfants vers l'immortelle couronne que leur vie devait mériter.

Le 28 octobre i548, François de Borgia fiançait sa fille aînée, Isabelle, ii don Francisco de Rojas y Sandoval, comte de Lerme, fils du marquis de Dénia.

Le ao avril i55o, à ValladoUd, on signait le contrat de Jeanne de Borgia et de don Juan Enriquez de Almanza y Rojas, troisième marquis d'Alcaùices.

Le ai janvier i55o, le duc de Gandie transférait sa commanderie de la Reyna à son second fils Jean. Il s'était ainsi libéré de toutes ses obligations. Son fils Carlos et sa belle-sœur, dona Juana de Meneses, se chargeraient de protéger et d'élever ses trois fils, Alvaro, Ferdinand et Alphonse, âgés de seize, de treize et de douze ans. Sa dernière fille, Dorothée, était Clarisse.

Le 20 août i55o, après avoir été examiné sur le premier et le quatrième livre des Sentences, le duc de Gandie reçut, du recteur de l'université, le brevet, le bonnet et l'anneau de docteur en théologie. La cérémonie d'investiture se fit à huis clos, dans la bibliothèque du collège.

L'obtention de ce grade ne prouverait pas, à elle seule, le savoir de François de Borgia : le fondateur de l'Université méritait bien un doctorat hon — ■— Ce qui prouve davantage sa science, c'est la c qu'il montra, plus tard, à diriger les études ordre, et le crédit qu'obtîntpartout sa prédica:

Le pape Paul III était mort, le lonoverabn

après avoir promulgué le jubilé pour Tannée suivante : rien ne s'opposait plus au départ da duc de GandiepourRome. Il aurait désiré, avant de s'y rendre, renoncer à ses états. Saint Ignace lui conseilla d'attendre encore.

Au commencement de juillet, le duc chargeait le frère Jean de Texeda d'aller, lui-même, apprendre à ses filles, Isabelle et Jeanne, et à sa sœur, doua Luisa, son prochain départ. Teneda se rendit d'abord à Tordesillas, chez la comtesse de Lerme,puis à Toro, chez la marquise d'Alcaîiices, mais il mourut subitement à Valladolid, avant d'avoir pu rejoindre la comtesse de Ribargoza, en Aragon, et celle-cij ignorant la commission confiée au franciscain, fut douloureusement émue quand elle apprit que son frère était parti d'Espagne pour toujours, et sans la prévenir.

Enfin, le 26 août i55o, dans son appartement du collège, le duc signa son testament.

Aucun témoin ne nous a laissé un récit détaillé du départ du duc de Gandie. Peu de personnes savaient qu'il partait pour toujours. Son dessein dut cependant percer, car le Père François Saboya écrivait à Rome : « Les gens de bien sont très touchés du départ du seigneur duc. Les faibles, los ruynes^ disent qu'il va à Rome pour se faire nommer cardinal ou pour qu'on le fasse général de la Compagnie de Jésus. Que Dieu tire, de l'admiration qu'éprouvent les bons, de quoi confondre les autres, et de quoi nous confondre nous-mêmes, et que Dieu doûne à Votre Pater-

nité et à Sa Seigneurie de la constance pour refouler les honneurs qui semblent menacer le duc, et afin que ce saint duc demeure en sa sainte humilité et sujétion. Il édifie plus de la sorte qu'il ne profiterait de toute autre façon. j>

Cette crainte d'honneurs en perspective venait, peut-être, du fait suivant. Le duc avait coutume de tirer au sort un saint, protecteur du mois. Or, le billet qui lui avait récemment échu, portait cette sentence : Tu pasces populum meum Israël^ et tu eris dux super Israël {llKeg.y\^ aS)*. Ayant lu ce texte, Borgia avait rejeté le billet, et en avait voulu prendre un autre. Deux fois encore il tira le même. Alors il se déclara vaincu, mais resta anxieux.

Le saint duc avait été à Valence prendre congé de son saint ami, Tarchevêque Thomas de Villeneuve. A Gandie, il embrassa tous les religieux et, s'enfermant dans la chambre du recteur, le Père Barma, il se jeta à ses pieds, les lui baisa, et lui recommanda tendrement ses fils. Dona Juana de Meneses dut voir partir avec une profonde douleur ce frère dont elle ne s'était point séparée depuis vingt ans, et Borgia, dont le cœur très fort était aussi très doux, ressentit sans doute, en se séparant de ses fils, un des plus profonds déchirements que puisse connaître une âme humaine.

Son fils Jean l'accompagnait à Rome, ainsi que les Pères Antoine Araoz, André deOviedo, et sept autres jésuites. L'escorte du duc se composait d'un major-

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