‹ St. François de BorgiaChapitre 21 sur 38 · I. Rome et ORate. — L'abdication et la première messe · texte numérisé non relu

I. Rome et ORate. — L'abdication et la première messe

La caravane, partie de Gandie Je 3i août i55o, traversa l'Espagne et la France. Elle était à Bologne le 20 octobre. Le fils de Lucrèce Borgia, Hercule II, duc de Ferrare, avait, par un courrier expédié à la frontière d'Italie, invité son neveu à sa cour. Borgia ne put sedérober à cette réception, qui allait le mettre en présence d'une des adeptes les plus marquantes du libre examen. Renée de France, la femme d'Hercule, la protectrice déclarée de Marot et de Calvin. L'on serait curieux de savoir quelle impression réci*

proque se causèrent deux personnages dV" ''

si opposé, et qui personnifiaient, si pniss l'un la ferveur de la réaction catholique, 1' défaillances des consciences chrétiennes.

Le 23 octobre, à trois milles de Rome, de:

98 l'homme de dieu.

hommes eqpa|viiols et italiens attendaient le duc de Gandie . Le prince Colonna , r^mbassadeur d'Espagne , les envoyés du pape, des cardinaux» du patriciat le reçurent hors des portes. Jules III priait le duc de prendre logis au Vatican. Des cardinaux et des princes lui offraient aussi leurs palais. Au grand étonnement de tous, il se rendit à Santa Maria délia Strada^ la maison professe des Jésuites.

Saint Ignace, entouré de sa communauté, accueillit son hôte à la porte de sa demeure. Le Père André de Freux, humaniste distingué, salua Borgîa en vers latins. Puis le duc congédia sa noble escorte ; resté seul avec les pères, il se jeta aux pieds de saint Ignace, et, malgré les résistances du saint, qui s'était aussi agenouillé, il saisit sa main et la baisa. Ignace, enfin, releva le duc, et tous deux s'embrassèrent.

Le 28 octobre, Borgia fut reçu, en grand apparat, par Jules III, qui voulut encore le retenir au Vatican, et s'offrit, du moins, à lui accorder toutes les grâces qu'il désirerait. Le duc rendit ensuite leurs visites aux cardinaux et aux princes, puis gagna dévotement les indulgences du jubilé.

Chaque jour, il entretenait saint Ignace, et ne taisait pas l'admiration que le saint lui causait. « Jusqu'ici, avouait-il, je considérais Lefebvre comme un géant, et moi comme un enfant ; mais, à côté d'Ignace, Lefebvre lui-même n'est qu'un enfant. » Les deux saints se communiquèrent longuement leurs projets. En ces quelques mois, Ignace acheva de pénétrer de son esprit celui qui devait un jour le rem-

placer, et devenir, pour la Compagnie, un second fondateur.

Prompt à concevoir et à exécuter des plans hardis, Borgia pressa la fondation du collège romain. Il remit à saint Ignace près de cinq mille ducats, destinés à couvrir les premiers frais; de l'empereur et du pape, il promit d'obtenir d'autres secours. Deux semaines après le départ du duc de Gandie, le collège ouvrit ses classes, dans une maison louée, qui, six mots plus tard, se trouva trop étroite. Ce collège vécut longtemps d'une vie précaire, mais d'Espagne, et malgré les plus redoutables oppositions, Borgia, qui en avait compris l'utilité, resta son généreux protecteur. Le collège romain, fondation de Borgia, aurait du porter son nom. Saint Ignace le voulait ; le duc n'y consentit point, mais le nom de Grégoire XIII, appliqué très justement, plus tard, a l'université romaine, ne doit point faire oublier quel lut son véritable fondateur.

Aidé par un de ses amis, l'évêque de Schillace, Borgia entreprit aussi de rebâtir l'église de la Strada. La première pierre du nouvel édifice fut bénie en sa présence. Cette construction ne fut pas, il est vrai, très avancée. Il était réservé, quinze ans plus tard, au cardinal Famèse d'élever l'église du Gesù. Alors, Borgia, devenu général, aidera puissamment les projets de Farnèse.

La vocation du duc de Gandie restait un secret, que, dans la communauté même, peu de pères connaissaient. Saint Ignace ne la révélait qu'à de rares

l'homme de dieu.

~i décembre i55o, il écrivait au cardinal de * V. S. R"* se réjouira, me semble-t-il, e ceci : ces mots derniers, le duc de GaDu à Rome. C'est un grand seigneur espaces grande doctrine et prudence, de plus ité. Désirant mieux servir N.-S. J.-C, il a ;tat à son Bis, et, avec une suite de vingt à personnes seulement, il est venu a Rome, iielqnes mois encore il dissimule son desene dois pourtant point cachera Y. S.R"^ on second 6I5 * viennent pour entrer dans aie. B

are que par sa muniHcence, Borgia édifiait lar sa profonde humilité, a Sa mise' ne 3»s à un duc de Gandie ; elle était pourtant ent modeste, mais humble. A raison de son portait une longue tunique et un bonnet labiés à ceux des prêtres. On ignorait ses times, mais ex abundantia cordis, il faioses qui les trahissaient. Ainsi, un de ces B Père dinait dans sa chambre avec quel- . Son Excellence se présenta avec son fils :s gentilshommes. Ils s'étaient mis des mes, et, tête nue, ils servirent le dtner.... li, le duc voulut aller à la cuisine laver la

ivît le duc, son père, à OiSate, puis alla étudier k éloigaé de eod père, il perdit ses -vell^tés de ea i55i, il épousa Laurenza de Onaz, petite e et héritière de Loyola.

le de Polanco.

LE RELÎGlEVXf : - ^ ^ : ^^ : -.f i ûf-

vaisselle. Notre Père, qui devina son idée, ordonna au ministre de la maison de rester dans le corridor avec d^autres pères, et de barrer le passage au duc. Celui-ci fut contraint de rentrer dans la chambre du père Ignace où on lui porta à diner.

« Aux étrangers, le duc cause la plus grande édification par ses conversations et surtout ses exemples, si bien, qu'outre son fils, il a décidé plusieurs seigneurs à embrasser la vie religieuse. Ce sont les prémices du bien, plus universel et plus grand, que Notre Seigneur opérera, il faut l'espérer, au moyen d'un instrument si rempli de ses dons.

î «c Le duc obtint du père Ignace la permission de

diner avec la communauté, mais à la petite table de

1 pénitence. Son fils et quelques-uns de ses gentils-

I hommes, y prirent place avec lui.

! « Le duc tint à cet acte d'humilité, parce que, pré-

I cédemment, le P. Ignace l'avait invité au réfectoire, et lui avait réservé la première place. Le jour de la Purification, deux jours avant son départ, le duc offrit un repas à toute la communauté. Lui et son fils servirent tête nue. Ces derniers jours, il voulut laver la vaisselle à la cuisine, et son fils Jean, ayant, à cette occasion, cassé une écuelle de terre, alla dire sa coulpe en public. Au départ, le duc demanda sa bénédiction au père Ignace, puis embrassa chaque père, avec une grande charité. Il neigeait, et le froid éprouvait beaucoup le duc, habitué à un climat chaud. Cependant Ignace dut recourir à un ordre pour l'amener à mettre des gants. )»

Borgia aurait désiré faire un pèleriaagc à Jéru- ;aint Ignace t'eo dissuada. Le 21 février i55r, de Rome, escorté de trente cavaliers. La des Pères qui l'avaient accompagné en vinrent avec lui en Espagne. Il passa à deus e Barcelone, sans vouloir pénétrer dans la évita pareillement Pedrola et Saragosse, oii trouvé sa sœur, la comtesse de Ribargoza, scie, Tarclievèque don Fernando. Le 4 avril, ï Azcoitia.

s les localités que traversait le duc rivalilour le bien recevoir. II marqua que cet ement lui déplaisait, et souffrît simplement tques gentilshommes l'accueillissent. Quand parvint à OQate, une brillante cavalcade tit. Il eut beau se récrier, les rues se reml'une foule si joyeuse, qu'elle imitait, dit un celle qui, le jour des Rameaux, chantait :

elui qui vient au nom du Seigneur ! ■ Depuis, fois que, d'Ofiate, le duc allait entendre In Vergara, presque tous les habitants l'escor-

is longtemps, François de Borgia avait résolu : sa retraite religieuse dans le Guipuzcoa.

comptait le retenir. Désirant vivre en un i écarté, il choisit celui de Sainte-Magdeitué k un mille d'Ouate, orne, le duc avait écrit à Charles-Quint, alors

à Augsbourg, pour lui notifier sa résolution d'embrasser la vie religieuse, et pour lui demander la permission de transférer à Carlos de Borgia le duché de Gandie. En attendant la réponse impériale, le duc de Gandie et le P. Araoz se livraient à d'édifiantes mais excessives pénitences, que Jean de Borgia, elTrayé, dénonçait à saint Ignace. L'assentiment de Charles-Quint parvint h Ouate au mois de mai. Aussitôt, le duc de Gandie manda un notaire, et, devant témoins, il renonça officiellement à ses états, titres et biens. Il distribua ses vêtements et ses joyaux entre ses serviteurs, se fit couper les cheveux et la barbe, et, voulant recevoir en aumône ses habits de religieux, il les demanda aux pères qui l'entouraient.

En l'absence de l'évêque de Calahorra, alors à Trente, Borgia pria l'évêque auxiliaire, Gaona, de venir l'ordonner, et, grâce aux dispenses dont il était muni, il reçut tous les ordres sacrés en quatre jours: les ordres mineurs le mercredi après la Pentecôte^ et les ordres majeurs les jours suivants. Le samedi, 23 mai, il fut ordonné prêtre dans la maison même qu'il habitait.

« Ce béni prêtre, écrivait Araoz, le aS juin, depuis qu'il a été ordonné et qu'il a renoncé à son État, est si allègre et si content, qu'il en faut louer le Seigneur.... II commencera, sans doute, à prêcher, le jour de saint Pierre... Sa messe a été différée à cause d'une indulgence qu'on lui veut envoyer de Rome.... Il a expressément enjoint à Don Juan de ne plus

loi l'homme de dieu.

l'appeler ni seigneur, ni duc. Il veut être appelé

François et sans Don. Don Juan obéit, et dit : Votre

Révérence, s Six mois plus tard, Araoz écrivait :

, François ne signe plus François pécheur,

rançois, tout court. Ajouter Borgia le morti-

tant il abhorre le vieil homme. Pourtant

ni donne, chaque jour, une telle liberté, qu'il

it pas grand cas de cela. » François donna sa

re absolution à un malheureux, poignardé en

église. Il prêcha son premier sermon, le

a, dans l'église Saint-Pierre de Vergara.

juillet, il parla, de nouveau, à l'ermitage. Dès

Bures du matin, on était venu, d'Ofiate, retenir

ces.

fin de juillet, parvinrent, à Onate, les lettres int à François la faveur d'un jubilé, pour la re messe qu'il célébrerait en public. Cette nie devant être différée, François voulut, du le i"'^ août i55i, dire sa première messe dans l'oratoire du château de Loyola. Son 1 la lui servit. Alors, sans doute, eurent lieu is faits suivants rapportés, aux procès de ation, par une des filles et par la veuve de Borgia.

ant à Loyola, dans la chambre même oii le ace blessé avait coutume de se trouver, Prançois fut tenté de vaine gloire par le qui lui dit que le trône du ciel, perdu par il dé Satan, lui serait réservé. A quoi le içois répondit humblement qu'il ne méritait

pas tel honneur, étant très grand pécheur, et pécheur pire que le démon. »

a Un jour qu'il priait à Loyola, le P. François appela Don Jean, son fils, et lui dit : « Don Jean, « votre mère a été ici avec moi, et elle m'a chargé n de vous dire que vous aviez sa bénédiction. « Aussitôt après, elle s'en est allée au ciel. » Puis le Père inclina sa tète sur le lit contre lequel il était agenouillé, et qui était si mouillé de larmes, qu'on l'aurait cru copieusement arrosé. »

Page 1