‹ St. François de BorgiaChapitre 22 sur 38 · U Apôtre du Guipuzcoa · texte numérisé non relu

U Apôtre du Guipuzcoa

Saint Ignace avait trop de tact, pour n'entourer point le P. François de Borgia de ménagements exceptionnels. Il fallait, pensait le saint, laisser Dieu seul diriger François, ce qui arriverait sûrement si celui-ci suivait sa dévotion. Il l'exempta donc de l'autorité du provincial d'Espagne, et de tout supérieur immédiat, et le laissa libre d'aller où il voudrait. François fut très touché de ces prévenances, et, le jour même de sa première messe, il ouvrit la série de ces prédications puissantes, qui devaient renouveler tant de villes. Il prêcha à Âzpeitia, à Saint-Sébastien, à Villafranca, à Renteria, à Hernani, à Tolosa, et centra, le ii août, de cette première expédition.

Le 8 septembre, en compagnie d'un père et de trois frères, François s'établit en son ermitage

d'Onate. Le i4 septembre, on transféra à l'ermitage

des reliques mpportées de Rome. Des indulgences

ayant été accordées à cette occasion, les gens vinrent

— milliers. « Dans certains villages, racontait ud

oin, il n'est pas resté un enfant. Le Père a en-

In beaucoup de confessions. Il célèbre ordinaire-

it chaque jour. »

lans son ermitage, François s'adonnait longueit à l'oraison, à la pénitence, à la composition >uscules pieux. Le vendredi, il allait servir les vres à l'hôpital. Mais, dans toute l'Espace, il ait bruit que de son changement de vie, et Oiiate enait l'objet d'iacessants pèlerinages. « Â tel at, disait François, que mon ermitage se change =our. »

>u reste, il ne s'y confinait pas. Jamais sainteté fut plus apostolique que la sienne, ni plus proue de soi. A la fin d'octobre, François, à la prière vice-roi de Navarre, se rendit à Pampelune avec IX compagnons, et donna, dans cette ville, une itable mission. Son éloquence, moins faite de [lieuses préparations que de sainteté rayonnante, ut profondément. Borgia parlait fort bien, mais, dicateur novice, il manquait encore de feu et de uvemeat. Deux ans plus tard, seulement, préchant lurgos et à Calahorra, il se révélera orateur. « Il ibte, écrivait-on alors, avoir reçu le don de la dication. Il a acquis l'action et le pathétique, qui manquaient, et sa doctrine obtient ainsi plus de it. Dieu a ajouté cette force à celle de ses

exemples, afia que rien ne lui manquât.... Il a faît beaucoup de progrès depuis Tan passé. Quelquefois, par humilité, il n'ose prêcher. L'autre jour, descen» dant de chaire, il demanda s'il ne serait pas meilleur qu'il ne prêchât point, car il prenait la place de ceux qui le feraient mieux. Il parle, aujourd'hui, avec beaucoup de facilité, et, sans grande préparation, il remue, par un seul discours, plus que les plus fameux prédicateurs par de nombreux sermons. Le peuple voit avec admiration un duc pauvre et prédicateur. »

Au retour de Pampelune, lé P. François fit annoncer, pour le 1 5 novembre, sa première messe publique. La veille, il vint coucher à l'hôpital de Yergara. Plus de dix mille hommes s^étaient réunis dans cette, ville. Le i5, François distribua quatre cents communions dans l'église de Saint-Pierre, puis, l'édifice étant trop étroit, on se dirigea en procession vers l'ermitage de Sainte-Anne de Rotalde. François prêcha et dit la messe en plein air. Les arbres et les toitsd'alentour étaient chargés d'hommes et d'enfants. La messe finie, on revint en procession à Yergara, où François communia plus de douze cents personnes. Il ne rentra à son hôpital qu'à deux heures du soir. Le vendredi suivant, il commença à demander l'aumône dans les rues d'Ofiate. Certains furent stupéfaits h ce spectacle, d'autres consolés, tous émus. Borgia renouvela souvent cet acte d'humilité, et les bonnes gens l'accablaient de tant de provisions, qu'il ne les pouvait plus porter.

108 l'homme de dieu.

Vers la fin de novembre, Don Carlos, le nouveau duc de Gandie, et Alvaro son frère vinrent à Onate, avec leurs deux oncles, Philippe de Borgia et le comte de Ribargoza. Le 26 novembre, François les communia, leur fit une exhortation fervente, et, en les congédiant, les pria de ne plus le troubler.

Le P. François n'était à Onate que depuis six mois, et, déjà, le Guipuzcoa l'appelait son apôtre. On remerciait saint Ignace d'avoir envoyé dans ces montagnes un tel « porte-lumière », un tel « excitateur d'âmes », qui éteignait toutes les querelles, et réussissait en tout ce qu'il tentait pour le service de Dieu, a II n'est ici personne, disait-on, petit ou grand, qui n'obéisse au P. François. Vergara est si réformé, que les gens de cette ville prêchent à leurs voisins; ceux qui ignoraient la vie chrétienne l'ont apprise ; beaucoup de prêtres se réforment ; toute la ville demande, à genoux, que François se fixe en ses murs. »

Sitôt ses fils et parents partis d'Onate, François organise ses compagnons par bandes, qu'il envoie, chaque dimanche, prêcher et confesser dans les bourgs voisins. Lui-même se met en campagne.

Chaque dimanche d'Avent le voit en une ville différente. Il aimerait, sans doute, passer les fêtes de ^oëi dans son ermitage ; mais Vergara l'appelle, et il sacrifie son désir de recueillement à la charité.

Entre chaque expédition, François revenait à Onate. Des prêtres, des laïcs l'y attendaient, aux-

quels il donnait les exercices spirituels, et dont beaucoup voulaient ensuite partager son genre de vie.

Le 12 février i552, Borgia partait pour Vitoria. Il s'était opposé à toute réception solennelle. Les notables vinrent cependant Tattendre en dehors de la ville. Il voulait loger à Thôpital; on lui persuada de descendre chez les Franciscains. Le lendemain, dimanche de la Septuagésime, on fit, dans toutes les églises, cesser les messes à neuf heures, et par crieur public on annonça le sermon du P. François. Le jour suivant, autre sermon à San-Vicente. Tous les monastères lui réclament un discours. Il ne se refuse à aucun, et ne rentre au couvent que pour être assailli de visites. Il se prête à tous avec sa bonhomie ordinaire, accepte de parler sans préparation, et, par ses discours, comme par ses entretiens, eomme par son seul aspect, il transforme les âmes.

De Vitoria, le P. François se rend à Bilbao, où il prend logis à l'hôpital des pauvres. Comme à Vitoria, on annonce ses sermons par crieur public, et, le dimanche de la Sexagésime, il trouve un auditoire si compact, qu'il a grand' peine à gagner la chaire. Partout où passe cet homme, la ferveur se ranime, les inimitiés s'apaisent. Les villes, dit un témoin, le reçoivent « comme un corps saint ».

Le dimanche de la Quinquagésime, François, de retour a Vergara, s'apprêtait à commenter, chaque

semaine, le Miserere^ quand une lettre de saint Ignace Tinvita à partir pour Lisbonne.

En Portugal, la Compagnie de Jésus passait par des épreuves délicates. Le P. Simon Rodriguez, premier provincial, avait rendu à la foi et à son ordre d'immenses services. Mais trop de faveur nuit aux âmes les mieux trempées, et Rodriguez avait trop joui, peut-être, de la faveur royale. Il devait être écarté de Lisbonne, et saint Ignace comptait sur le tact de Borgia, pour faire agréer à Jean III ce changement nécessaire.

François partit avec un empressement d'autant plus méritoire, que le souvenir d'hostilités encore récentes devait rendre pénible à l'ancien duc de Gandie la rencontre des souverains portugais. Il ne put dissimuler sa présence, ni à Burgos, ni à Valladolid, ni à Tordesillas : chacun de ses voyages se changera, désormais, en mission perpétuelle.

La princesse Jeanne, fille de Charles-Quint, et fiancée au prince royal de Portugal, appela François à Toro, et l'y retint toute la semaine sainte. Dès cette première entrevue le religieux conquit sur l'infante une influence définitive.

Le samedi saint, François partit pour Salaman que, où il demeura jusqu'au 29 avril. Son commerce plus angélique qu'humain, son humilité, sa douceur souriante lui attiraient tous les cœurs. L'évêque, le chapitre, l'université, s'empressaient à ses sermons, devenus l'événement du jour. On s'étonnait, seule-

ment, qu'il pût résisler à de si continuelles fatigues. Il s^apprétait enfin à poursuivre son voyage, quand des lettres de Lisbonne lui apprirent que sa présence y était presque redoutée. Ceux qui en auraient le plus profité semblaient en prendre ombrage. Le P. François était trop humble pour s'estimer nécessaire : il revint sur ses pas. Aussi bien, le voyage interrompu ne fut pas inutile. L'exemple et la parole de Borgia émurent et convertirent des âmes. Il vit à Salamanque, D. Antonio de Cordova, jeune étudiant qu'au prochain consistoire le pape voulait créer cardinal. Antonio ne savait s'il devait accepter cette dignité, ou embrasser la vie religieuse. Il en avait écrit à saint Ignace, mais la vue de François mit fin à ses hésitations. Sans attendre de réponse, Antonio refusa le cardinalat, et partit pour Onate. François l'y rejoignit, et finit, en son cher ermitage. Tannée i552.

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