ET TORDESILLAS. LA COUR
Huit hobereaux, issus de la ville de Borja, en Aragon, vinrent, en 1240, à la suite du roi Jaime V% conquérir le royaume de Valence. Remarqués à la prise de Jativa, ils furent salués, de leurs compagnons d'armes, du cri : P^we Borja! et gardèrent ce nom. Ils reçurent des terres autour de Jativa, firent souche, mais jusqu'à la fin du xv' siècle furent des gentilshommes sans éclat.
Alonso de Borja élu pape, en i455, sous le nom de Calixte III, les tira de leur obscurité, et, pour leur malheur, les italianisa. Calixte accabla de faveurs les enfants de ses sœurs, surtout Rodrigo, qui devint, en 149^9 le pape Alexandre VI. Rodrigo de Borja y Borja eut huit enfants. L'aîné, Pierre-Louis,
servit,:en}Espagiîei,!$eus*le Roi Catholique, et obtint, jep j4B5j le , duché béréditaire de Gandie. Il môiirUt-' en :f4S8t ;Soa frère Jeaa hérita le duché, épousa Marie Enriquez de Luna, dont il eut deux enfants, Jean et Isabelle, et, à peine revenu d'Espagne à Rome, fut assassiné, le i4 juin i497» ^® coup, sélection providentielle, détachait de Tarbre impur la branche où devaient pousser les fleurs de sainteté. La femme de Jean apprit, en Espagne, la mort de son mari. Veuve à dix-huit ans, elle résolut de ne plus quitter un pays d'où 1«8 Borja n'auraient jamais dû sortir, et, dégoûtée d'un monde dont elle avait sondé l'horreur, elle entreprit l'œuvre de réparation que Dieu et l'Église attendaient.
Par Marie Enriquez, la sainteté pénétra dans la famille de Borgia * et dans la maison de Gandie. Afin d'enlever à son fils toute tentation de revoir jamais Rome, elle vendit au Roi Catholique ses apanages italiens. Elle éleva pieusement et noblement ses enfants, permit à sa fille Isabelle, âgée de moins de quinze ans, d'entrer aux Clarisses de Gandie. En i5o9, elle maria son fils à Jeanne d'Aragon, et, en i5ii, quand elle vit cet enfant deux fois père, elle s'enferma, elle aussi, aux Clarisses.
Jean de Borgia avait épousé une fille illégitime de l'archevêque de Saragosse, Alphonse d'Aragon, — archevêque à neuf ans — lui-même fils naturel du
I. Nous adopterons cette orthographie, devenue courante, bien qu^elle soit seulement la traduction italienne du nom historique, qui est Borja,