ENFANCE ET JEUNESSE
roi Ferdinand V. Le premier fruit de cette alliance, qui réunissait tant de tares ancestraies, fut François de Borgia et d'Aragon, notre saint. Rarement, sainteté jaillit d'un sol plus souillé et moins prêt à la porter. Mieux qu'une immunité qui ne serait pas humaine et n'est point historique, ces renouveaux d'innocence succédant à des époques de corruption prouvent le fond divin de l'Eglise.
Élevé par une sainte, Jean de Borgia, troisième duc de Gandie, fut un prince vertueux. De son premier mariage, il eut trois fils et quatre filles. D'un second, contracté en i523, il eut cinq fils et cinq filles. Deux de ses fils furent cardinaux, et moururent jeunes. Cinq de ses filles furent mises, tout enfants, aux Clarisses.
Aux reproches que lui faisaient les habitants de Gandie, quand elle s'enferma à Sainte-Claire, Isabelle de Borgia avait répondu que son départ ne nuirait pas à l'État. Pour consoler sa mère, elle ajouta que le duc Jean aurait un fils, du nom de François, qui assurerait la succession au duché.
Peu de temps après la profession d'Isabelle, la duchesse de Gandie sentit cette prophétie exaucée* Pour assurer la bénédiction divine sur son premier enfant, elle avait répandu beaucoup d'aumônes et de prières. Ses douleurs étant extrêmes, elle implora saint François d'Assise, et promit d'appeler François Tenfant qui naîtrait d'elle. Du couvent des Clarisses,
4 l'homme de cour.
elle se fit apporter un cordon du patriarche. Elle s'en ceignit, et mit à sa prière toute la ferveur que lui inspiraient sa piété et le danger où elle était de mourir. Le 28 octobre i5io, elle donna le jour à son premier-né. A cette date, le roi Ferdinand, bisaïeul de Tenfant, gouvernait encore TËspagne. Son autre bisaïeul, le pape Alexandre, était mort depuis sept ans.
La cour de Gandie subissait Tinfluençc delà mère et de la sœur de Jean II. Les jeunes princes avaient besoin de cette tutelle, mais personne ne Taccepta plus docilement que François.
Le couvent de Sainte-Claire fut sa première école. La duchesse voulait avoir un fils instruit : elle lui donna pour maître un théologien estimé, le chanoine Ferran. A quatre ans, François savait déjà ses . prières ; à cinq ans, il récitait tous les jours, à genoux, sa leçon de catéchisme. A la cour de Gandie, chacun avait accoutumé de tirer au sort, chaque année, un patron spécial. La veille et le jour de sa fête, on servait à dîner à deux pauvres. François pratiqua toujours cette coutume, et, plus tard, l'introduisit dans son Ordre. Il aimait, comme bien des enfants, à parer de petits autels, à imiter les cérémonies liturgiques, à les apprendre à ses pages. Son père disait parfois, avec humeur, qu'on élevait son fils en clerc plutôt qu'en gentilhomme, et la duchesse répétait à l'enfant : « Il vous faut des arm^s et des chevaux, François, et non des images et des sermons. J'ai demandé au ciel un duc et non un moine. Soyez