‹ St Francois de SalesChapitre 31 sur 68 · I. Traité de V amour de Dieu, 1. IX, chap. vu · texte numérisé non relu

I. Traité de V amour de Dieu, 1. IX, chap. vu

de l'avenir éternel, épouvantes qui, en vain désavouée» par la raison et par l'espérance chrétienne, épaississent autour de l'âme une nuit pleine d'horreur. Tantôt c'est ia tentation du découragement à la vue de la stérilité apparente de ses efforts vers le bien. Tantôt c'est la privation de toute consolation; plus de goût pour aucun des devoirs qui s'enchaînent les uns aux autres dans ses journées; plus rien de ces douces émotions qui mettent de la joie dans le sacrifice; l'âme crie à Dieu, et Dieu ne lui répond pas et ne semble pas l'entendre. Elle est alors comme une terre sans eau, brûlée par un soleil sans lumière, balayée par le vent du désert. C'est le temps des aridités et des désola- 1 tions intérieures; il dura dix ans pour sainte Thérèse. '

Et c'est alors qu'éclate dans son austère beauté surnaturelle le mérite de l'union où la volonté de l'âme se tient avec la volonté divine. Elle ne voit pas où Dieu la mène; il lui suffit que Dieu la mène. Elle est | triste jusqu'à la mort; toutes ses parties inférieures crient merci et demandent que le calice s'éloigne. A la bonne heure, dit saint François, pourvu que dans sa cime et sa pointe., elle dise comme dernier mot, et dise avec amour : Nom mea vohintas^ sedtua fiât. Jja joie qu'elle avait coutume d'éprouver à sentir qu'elle combattait sous le regard et sous l'approbation de Dieu lui est même ôtée dans ce qu'elle a de sensible; son cœur ne sait plus si Dieu l'aime, et c'est là Tépreuve suprême. « Ainsi arrive-t-il quelques fois que nous n'avons nulle consolation es exercices de l'amour sacré, d'autant que, comme chantres sourds, nous n'oyons pas nostre propre voix, ni ne pouvons jouir

la suavité de nostre chant; ains au contraire outre Tela, nous sommes pressés de mille craintes, troublés de mille tintamarres que l'ennemy fait autour de nostre cœur, nous suggérant que peut-estre ne sommes-nous point aggreables à nostre maistre et que nostre amour est inutile, ou mesme qu'il, est faux et vain — La foy certes résidente en la cime de l'esprit nous asseure bien que ce trouble finira; mais la grandeur du bruit et des cris que l'ennemy fait dans le reste de l'ame empesche que les advis et remonstrances de la foy ne sont presque point entendus ; et ne nous demeure en l'imagination que ce triste présage : Helas, je neseray jamais joyeux^. »

Mais plus la tempête intérieure secoue, obscurcit et désole les parties de l'âme sur lesquelles elle a prise, plus il faut affermir en soi la confiance. Exiger cela serait exiger l'impossible si notre Saint entendait ici par confiance une inclination, un goût sensible que le cœur savoure. Mais il entend autre chose et plus; il entend une vertu, un acte de foi qu'il faut faire quand même et qu'on peut faire ; car, dit-il à ses filles de la Visitation, « si vous faites ces actes sans goût et sans satisfaction, Nostre Seigneur les ayme mieux ainsi; et si vous craignez que ce ne soit que de bouche, rassures-vous ; la bouche n'en diroit pas un .mot si le cœur ne le vouloit ».

C'est à cette haute condition que l'âme bannira l'inquiétude et la tristesse, — entendez la mauvaise tristesse qui suit l'inquiétude et qui la redouble —

Page 1