‹ St Francois de SalesChapitre 63 sur 68 · Lettre du aa octobre · texte numérisé non relu

Lettre du aa octobre

il n'y a plus, semble-l-il, qu'un grand péril à craindre, l'orgueil, tentation propre des sommets. C'est pourquoi l'humilité est le rempart et la base de toute vie chrétienne, et plus particulièrement de toute vie qui tend à la perfection. Elle doit êtredansles fondements; elle doit être à chaque assise de l'édifice afin que, d'une certaine façon mystérieuse, l'homme s'abaisse dans la mesure même où il s'élève ; et c'est dans le voisinage des plus hautes cimes de la sainteté qu'elle atteint ses dernières profondeurs. Nous savons ce qu'en pensait saint François de Sales; mais nous pourrions nous demander si, ayant conçu, dès le début, pour Mme de Chantai une haute estime qui devint promptement vénération, il était bien l'homme qu'il fallait pour la maintenir dans les abaissements de l'humilité. Il n'avait nulle peine à avoir, avec la plus parfaite sincérité, les plus bas sentiments de lui-même. Mais comment pouvait-il les avoir d'une personne dont les vertus et les rapides progrès le ravissaient d'admiration? Et s'il ne les avait pas, comment pouvait-il les faire croître en elle?

Notre saint, sans tant philosopher, y travailla avec une vigueur extrême et y réussit à merveille. Mme de Chantai, dès la première année de leurs relations, lui ayant demandé de lui envoyer quelque chose sur cette très désirable vertu, il lui répondit par une lettre dont elle fit, à cet égard, la loi de sa vie, et où il lui recommande l'humilité comme la vertu propre des veuves. « Car qui peut enfler la veuve d'orgueil? Elle n'a plus son intégrité et ce qui donne à son sexe le plus haut prix selon l'estime du monde ; elle n'a plus son mari qui était son honneur et duquel elle a pris le nom. Que

lui rt'Ste-l-il pour se glorifier sinon Dieu ?.. . Au jardin de l'Église les veuves sont comparées aux violettes, petites fleurs et basses, de couleur non guère éclatante, nid'odeur trop piquante, mais suaves à merveille. Oque c'est une belle fleur que la veuve chrétienne!... Les veuves sont honorables quand elles sont veuves de cœur et d'esprit; qu'est-ce à dire veuve, sinon destituée et privée, c'est-à-dire misérables, pauvres et chétives? Tout cela veut dire celles qui sont humbles. Or l'humilité chrétienne n'est pas seulement la connaissance de cette misère et pauvreté — C'en est l'amour en contemplation de celle de Notre Seigneur. Connaissez-vous que vous êtes une pauvre petite chétive veuve? Aimez cette chétive condition, glorifiez-vous de n'être rien, soyez-en bien aise puisque votre misère sert d'objet à

la bonté de Dieu pour exercer sa miséricorde^ —

Allons cependant, cheminons par ces basses vallées des humbles et petites vertus*. » — Etailleurs, luirecommandant, à son ordinaire, de ne point se troubler de ses troubles intérieurs, c'est encore une considération d'humilité qu'il invoque : « Votre esprit ressent du trouble : ce n'est pas grande merveille qu'un esprit d'une pauvre petite veuve soit faible et misérable. Mais que voudriez-vous donc qu'il fût? quelque esprit clairvoyant, fort, constant el subsistant? Agréez que votre esprit soit assortissant à votre condition'. » L'austère semence, jetée en terre féconde, y porta des fruits merveilleux ; et si le saint directeur revient moins souvent

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