‹ St Francois de SalesChapitre 64 sur 68 · Lettre du a5 juin · texte numérisé non relu

Lettre du a5 juin

sur ce sujet que sur d'autres, c'est qu'il voyait sa sainte fille marcher toute seule sur les traces du divin Maître doux et humble de cœur.

Cette admirable humilité de sainte Chantai éclate en efiPet à chaque pas de sa vie. Elle se montre dans son obéissance simple, prompte, sans réflexion ni objections, aux moindres indications de son <^uide. Elle se montre surtout dans l'absolu détachement d'elle-même avec lequel elle lui expose ses états intérieurs afin qu'il porte sur eux un jugement sans appel.

Nous parlons ici de ce que les auteurs spirituels appellent les états (T oraison^ c'est-à-dire de ce qui se passe dans l'âme lorsqu'elle prie sous une forme quelconque. Ils enseignent que « l'oraison » a plusieurs degrés depuis les plus élémentaires où l'esprit, assisté de la grâce divine, se sert de toutes ses puissances, de l'entendement avec ses actes discursifs, etde l'imagination avec ses représentations sensibles, pour méditer sur une vérité et finalement exciter en soi les affections et les résolutions où tout doit aboutir, jusqu'aux plus élevés où l'âme, sans raisonnement, sans discours, sans réflexion d'aucune sorte, sans actes distincts de sentiment ni de pensée, se tient recueillie devant Dieu, unie à lui et comme abîmée en lui, ne désirant nulle chose sinon que sa volonté se fasse en elle et en toute créature, états très différents bien que tendant finalement au même but et inspirés parle même esprit, états que symbolisent fidèlement les deux parts inégales de Marthe et de Marie dans le récit évangélique, états dont le plus élevé n'a point un caractère de permanence absolue et ne doit point être recherché avec effort comme si l'âme pouvait

s'y placer et s'y mainienir par elle-même, mais doit être reçu comme une impression divine qu'il faut fidèlement conserver tant qu'il plaît à Dieu de la faire durer.

Sainte Chantai était destinée à ce degré supérieur qui, nous disentses historiens, devait faire de savie,siactive cependant jusqu'à la dernière heure, une oraison presque continuelle. Dés 1607 elle y fut prématurément poussée par les conseils imprudents d'une pieuse carmélite. Saint François de Sales, avec une sagesse parfaite, la ramena fermement aux voies communes et aux degrés élémentaires ; et il y a encore une leçon d'humilité dans la consultation qu'il lui donne, a Peutêtre n'est-il pas besoin de se servir de l'imagination ni de l'entendement en l'oraison à ceux qui sont déjà fort avancés en la montagne de perfection ; mais pour nous autres qui sommes encore es vallées quoique désireux de monter, je pense qu'il est expédient de se servir de toutes nos pièces, et de l'imagination encore*. »

Ainsi tenait-il, pour employer son langage, l'oiseau enchaîné à la perche. Mais pas plus qu'il ne voulait d'une perfection qui mît l'humilité en péril, pas plus il n'entendait que l'humilité arrêtât pour toujours l'essor des âmes et retînt indéfiniment es vallées celles que Dieu appelait aux sommets. Il avait voulu que Mme de Chantai commençât par le rôle de Marthe. Un temps viendra où il lui dira : « Pourquoi voulez-vous pratiquer la partie de Marthe en l'oraison puisque Dieu vous

Page 1