DU CHOIX DE LA SAISON ET DE LA DURÉE DR LA CURE
Les malades entendent habituellement par le mot saison le temps qu'ils passent dans une station thermale.
On dit faire une saison, ce qui signifie suivre un traitement d'une certaine durée.
Nous aurons à donner notre opinion sur cette manière d'envisager la cure thermale , nous
voulons seulement parler ici de l'époque que l'on doit choisir pour venir à St-Honoré.
Quoiqu'il soit écrit partout que l'établissement est ouvert depuis le 15 mai jusqu'au 15 septembre, les malades, n'arrivent guère que vers le milieu de juin et beaucoup s'y trouvent encore vers la fin de septembre, car le Morvan est renommé par la beauté et la douceur de ses automnes.
On comprend qu'il ne peut pas y avoir de règles fixes pour l'arrivée des malades, elle devra dépendre surtout de la température et des affections pour lesquelles on est envoyé aux Eaux. Il faut donc faire trêve aux caprices, aux convenances personnelles, même les mieux justifiées, et s'en remettre absolument à l'expérience du médecin. On conseille en général le printemps aux malades atteints d'affections de peau, et. comme le dit très-bien M. Jaubert : « cette opinion qui s'appuie sur des notions vulgaires de physiologie , représentées dans le langage ordinaire par les expressions renouvellement du sang, réveil de la sève, n'est pas trop en désaccord avec la science qui reconnaît en effet dans toutes nos fonctions une activité nouvelle. »
Bien des exceptions devront cependant avoir lieu, car nous savons aujourd'hui que de pré-
tendues maladies de peau ne sont souvent que des manifestations extérieures de maladies générales diverses.
Pour les affections cutanées de nature rhumatismale, le rhumatisme lui-même, les névralgies, on conseillera de se rendre de bonne heure aux. eaux, afin qu'après le traitement, la peau conserve pendant plusieurs mois, sous l'influence de la chaleur, l'excitation provoquée par le traitement minéral.
On choisira pour la cure des affections de poitrine, les plus beaux jours de l'année, car rien n'est plus grave que les variations brusques de température qui peuvent en occasionnant des bronchites en apparence légères, réveiller une affection sérieuse enrayée déjà par le traitement.
Pour certaines maladies de l'estomac, des reins, de la vessie, la saison d'automne sera très-convenable.
Disons donc que le mois de juin devrait être moins négligé, il est souvent très-beau, et sans parler des inconvénients que je viens de signaler comme médication pendant les mois qui suivent, il peut se faire que juillet , août , septembre, babituellement préférés par les malades, fassent regretter de n'être pas venu plus tôt.
Durée du traitement. — Pour la plupart des gens du monde aller faire une saison thermale, c'est faire le sacrifice de 20 à 21 jours. Passé ce temps, il est très-difficile au médecin d'obtenir des malades une prolongation quelconque et cela se comprend. On a quitté ses affaires, sa famille pour 21 jours et rien n'est plus ennuyeux que de changer une détermination arrêtée avant le départ.
Ne suffit-il pas de réfléchir un instant à pareil préjugé, pour être convaincu qu'il ne supporte pas la discussion ?
Je sais bien qu'une eau étant donnée et celle de St-Honoré ne fait point exception à la règle, il arrive après un certain temps de son emploi une espèce de saturation qui ne permet plus de la continuer sans dangers ; de là est certainement venue la cause première de ce temps invariablement fixé autrefois.
Si l'on veut bien remarquer que cette saturation varie avec le mode d'administration de l'eau, avec l'âge, le sexe, la constitution, la maladie du sujet , il sera facile de comprendre qu'il est impossible de fixer à l'avance la durée d'un traitement.
Mais, dira-t-on, il est des exemples nombreux
deguérisons en ^1 jours; nous les admettons: s'en suit-il pour cela qu'on puisse prévoir ù l'avance de pareils résultats, et qu'il ne soit pas prudent de se tenir en défiance contre ces succès à terme invariable "?
Est-ce en quelques jours que la médication la plus active pourra combattre une affection chronique , refaire ou modifier une constitution , s'opposer aux. ravages faits dans l'organisme par une diathèse souvent héréditaire?
On ne peut l'espérer, et c'est au médecin seul qu'il appartient de prononcer sur une pareille question.