DE LA POUSSÉE
On abuse étrangement du mot Poussée, et l'on rencontre souvent des malades qui quittent nos eaux avec le regret de ne l'avoir pas vue paraître pendant le cours de leur traitement. C'est là un préjugé, une erreur, basés sur d'anciennes tradiditions dont nous tâcherons de démontrer l'inanité.
On appelle Poussée une éruption accidentelle qui survient à la peau pendant le cours d'un traitement thermal , qui présente différentes formes suivant les sujets et qui disparaît par la continuation du traitement lui-même.
Ainsi, outre les accidents généraux qui, d'après les auteurs, préluderaient à la poussée comme la lassitude, les courbatures, la lièvre, il y aurait presque autant d'éruptions différentes que de sujets en traitement.
Si ces éruptions étaient la conséquence immédiate de certains principes minéral isateurs contenus dans une eau thermale, ne verrait-on pas la plus grande partie des malades en être atteints, ou du moins les mêmes principes ne donneraientils pas naissance à des éruptions identiques ?
Or, il n'en est rien. Dans les stations les plus renommées pour ce phénomène, grand nombre de malades y échappent, et parmi les heureux, si bonheur il y a, se rencontre toute la série des éruptions diverses, depuis la simple rougeur à la peau jusqu'aux furoncles et aux pustules d'acné.
Si la. poussée est due â la grande minéralisation de l'eau thermale, comment se fait-il que Loèche, Baden qui lui doivent en grande partie leur réputation , soient des stations rangées par les chimistes au rang des Eaux faibles ? Comment surtout des malades ont-ils pu voir à St-Honoré leur corps se couvrir de l'éruption accidentelle dont nous parlons, après l'avoir demandée vainement à ces stations thermales ?
Ce qui prouve encore que la poussée n'est pas le résultat direct de la minéralisation de certaines sources, c'est qu'on la voit survenir assez souvent à la suite des bains de mer. Mais, me dira-t-on, pourquoi la composition chimique de l'eau de mer ne pourrait-elle pas la produire aussi ?
A cette objection, je répondrai qu'un simple traitement hydrothérapique , fût-il fait avec de l'eau distillée, peut donner une poussée pareille
à celle ((lie l'on observe dans les eaux minérales les plus en vogue. J'ai vu, à la suite de simples traitements froids, des malades dont le corps se couvrait de plaques rouges pareilles à celles de la scarlatine : chez d'autres des éruptions furonculeuses venaient enrayer le traitement.
Ces complications m'ont toujours paru plus communes en hiver alors que les tissus sont resserrés par la température ambiante , que la peau fonctionne moins, tout en étant soumise à une congestion considérable sous l'influence de la médication froide.
Comment expliquer la poussée, ce phénomène si recherché par les anciens qui voyaient là une sortie par la peau des humeurs peccantes1'!
Quelques mots d'explication sont nécessaires.
La peau est continuellement le siège de plusieurs fonctions excrémentielles. Ainsi il y a :
L'excrétion de la sueur, qui n'est qu'accidentelle;
L'excrétion d'une humeur dite sébacée qui sert à donner à la peau son élasticité bien connue ;
Enfin, l'excrétion d'une transpiration insensible, que le microscope seul peut nous montrer, mais qui n'en a pas moins lieu continuellement. ( m nomme cette excrétion perspiration de la peau.
Toutes les excrétions comme toutes les sécrétions ont pour point de départ une congestion sanguine, c'est-à-dire un afflux de sang vers les organes où elles ont lieu.
Supposez un instant , que cette congestion devienne plus considérable à la peau, soit à la suite de bains chauds souvent renouvelés et surtout de longue durée , soit par certains exercices hydrothérapiques ; les voies par lesquelles se font les déperditions dont nous venons de parler n'étant pas accoutumées au surcroît de travail qui en est la conséquence, il en résultera sinon une véritable inflammation, du moins une irritation plus ou moins grande de l'enveloppe cutanée.
Si dans ces conditions, le malade continue son traitement , les voies chargées des excrétions pourront bientôt y suffire, et lorsque l'équilibre sera rétabli lapoussée cessera par l'usage continu de la cause même qui lui aura donné naissance.
Voilà, selon nous, le secret de ce phénomène qui se montrera surtout chez les individus à diathèse herpétique. Chez ces malades, en effet, la plus légère indisposition se traduit souvent par des éruptions à la peau , qui , pour la moindre cause devient le siège d'un travail latent
qu'un bain prolongé peut faire apparaître au dehors.
Est-ce à dire maintenant que cette prétendue poussée soit chose fâcheuse ? Non en général; si l'on n'a point affaire à des tempéraments trop nerveux, car elle agit comme un dérivatif d'autant plus puissant qu'il occupe une plus large surface. Ce que nous avons voulu prouver, c'est quelle n'est pas nécessaire à la guérison et qu'elle dépend beaucoup moins de la nature des eaux que de la constitution du sujet et du mode de médication auquel il est soumis.