MALADIES DE LA MATRICE
Le rôle immense que joue la matrice dans la physiologie et la pathologie de la femme doit faire pressentir les nombreuses maladies qui peuvent assaillir cet organe, et nous croyons pouvoir dire , sans crainte d'être démenti, que ces affections deviennent plus nombreuses chaque jour.
Il nous serait impossible , sans sortir des limites de ce travail , de prouver ce qui pour nous est de la dernière évidence, que tout concourt à les augmenter. Il faudrait pour cela passer en revue les modificateurs physiques et moraux qui agissent sur la femme, depuis la puberté jusqu'à la ménopause, montrer les causes sérieuses de maladies qui résultent de certaines habitudes de la vie, des infractions à l'hv-
giène. etc. Nous ne pouvons que donner ici un aperçu sommaire de quelques affections heureusement traitées par nos eaux.
Aménorrhée-Dysménorrhée. — J'ai dit en parlant de l'action physiologique des eaux de St-Honoré, qu'elles activaient la menstruation, c'était assez faire prévoir leur utilité dans les cas qui nous occupent.
Au moment de la puberté, cette fonction qui domine la pathologie de la femme ne s'établit pas toujours d'une manière régulière , aussi voit-on souvent des affections sérieuses naître à cette époque de la vie.
Les bains, l'eau en boisson, les douches ne tardent pas à être suivis d'un heureux résultat en reconstituant la malade, en augmentant la richesse du sang, en même temps qu'une poussée plus efficace vient se faire vers les organes.
Dans un grand nombre de maladies la suppression des menstrues est toujours l'indice d'une aggravation, de même que le retour de la fonction est certainement le point de départ d'une amélioration notable sinon d'une guérison complète.
Il peut arriver qu'à la suite d'une imprudence pendant l'époque menstruelle, la femme voie
tout à coup le sang se frayer une autre route. C'est habituellement par les muqueuses que se fait cette hémorrhagie supplémentaire , et si l'écoulement du sang n'est pas la suite de cette déviation , toujours est-il qu'une congestion sérieuse en est la conséquence et peut amener après elle des affections graves pour celui des organes qui a été atteint.
Cela est d'autant plus facile à comprendre que c'est toujours vers l'organe qui présentait déjà un surcroit de vitalité que se fait la congestion.
Nous avons observé à St-Honoré bien des cas pareils à ceux que nous signalons ici et nous les avons toujours vus céder avec le retour de la fonction supprimée ou déviée. Ainsi bon nombre de prétendues laryngites , accompagnées chez de jeunes filles d'une extinction plus ou moins complète de la voix et survenant à la suite d'une diminution de l'écoulement menstruel, ne sont pas autre chose que de simples congestions de la muqueuse laryngienne , la laryngoscopie en donne la preuve évidente. Que les règles, à la suite du traitement minéral, soient augmentées l'on voit bientôt la coloration foncée de la muqueuse disparaître et avec le retour de la voix, les cordes vocales elles-mêmes qui parti-
cipaient à cette rougeur congestive, reprendre leur coloration première.
Leucorrhée. — C'est une affection extrêmement commune qui paraît être habituelle chez les femmes lymphatiques, et chez celles surtout qui habitent les grandes villes.
Incommodes d'abord, ces pertes peuvent avoir pour résultat des ulcérations graves et un engorgement de la matrice elle-même.
Outre ces accidents locaux, les fleurs blanches ont par fois un fâcheux retentissement sur l'organisme entier. Les malades tombent alors dans un état de langeur suivi bientôt du trouble des organes digestifs. L'estomac devient souffrant , l'appétit capricieux , et avec l'anémie paraissent des névralgies qui font le désespoir de la malade et du médecin.
Un traitement sulfureux local et général agit directement sur les parties malades, en même temps qu'il s'adresse à la constitution ellemême.
Le changement de climat, des habitudes nouvelles, des journées bien remplies succédant à une vie oisive, sont autant de causes efficaces qui viennent s'ajouter à la médication minérale
— lia —
et soustraire la malade aux conditions au milieu desquelles avait paru la maladie.
Affections nerveuses. — L'eau hyposthénisante de St-Honoré est encore d'un utile emploi contre ces affections qu'il suffit de connaître pour comprendre toute l'importance de leur guérison. Les névralgies, les viscéralgïes , les névroses même peuvent être la conséquence d'une affection de l'utérus.
Si cette affection est sous la dépendance du vice scrofuleux ou herpétique, ce qui arrive fréquemment, l'action directe du soufre viendra s'unir à l'effet sédatif dont nous avons parlé.
Abaissement, déviation. — L'utérus une fois congestionné pèse plus lourdement sur les attaches chargées de le soutenir ; les ligaments perdent de leur élasticité , l'abaissement et la déviation se produisent.
C'est alors que par des douches fortement révulsives et dirigées loin de l'organe malade on arrive a diminuer la congestion et à rendre aux ligaments leur élasticité première.
Tubercules. — Cette affection se remarque presque toujours chez des malades atteintes de
tuberculisation pulmonaire , elle est annoncée par une menstruation irrégulière et douloureuse. Ce que je dirai bientôt de l'action de nos eaux sur la phthisie en général, montrera les résultats que l'on peut en attendre dans les cas qui nous occupent, à la condition de ne pas venir en réclamer les bénéfices alors que la maladie trop avancée ne laisse plus aucun espoir de guérison.
Stérilité. — Existe-t-il des eaux capables de combattre la stérilité, et comme le dit M. Constantin James « existe-il dans beaucoup d'eaux, en plus de l'action thérapeutique , une sorte d'influence secrète, mystérieuse même, qui se traduit chez quelques femmes par une aptitude spéciale à la fécondation ? » Nous n'avons pas la prétention d'invoquer pour nos eaux une influence pareille, mais nous sommes convaincu de leur efficacité alors que la stérilité tient à une diathèse scrofuleuse, herpétique, à un défaut de menstruation ou à toute autre affection utérine qui rentre dans leur spécialité.