MALADIES DE LA PEAU
Différentes écoles se partagent l'étude des affections de la peau et tel malade qui pour un médecin est atteint de dartres, peut parfaitement pour un autre ne porter sur lui qu'une affection dépendant d'une diathèse scrofuïeuse , arthritique, syphilitique.
Nous reviendrons sur ces discussions , mais disons d'abord qu'il existe pour nous au point de vue de la médication par les eaux de St-Honoré, deux formes bien différentes :
Les affections suintantes ;
Les affections sèches de la peau.
Les affections humides sont guéries plus rapidement que les dartres sèches, et ce qui fait surtout la désolation des malades est pour le médecin un gage presque assuré de guérison.
Les eaux de St-Honoré jouissent dans la contréeet dans les départements voisins d'une réputation bien grande contre les maladies de la peau, et les gens du pays citent encore certains faits dont ils ont été témoins alors qu'il n'existait que de simples ouvertures sur remplacement des
puits Romains dans lesquels les malades des environs venaient se baigner.
Bacon et Pillien les vantent contre les maladies cutanées et citent des observations à l'appui. Il est fâcheux qu'ils n'aient pas précisé quelle espèce de dartres ils avaient vu guérir. Si l'on en juge cependant par ce que dit le premier de ces médecins, ce serait une affection arthritique qu'il aurait choisie pour faire connaître les vertus de nos eaux ; voici ce qu'il dit en effet : « M. Martin , vétéran, demeurant à Chateau- Chinon , était rongé de dartres et rempli de douleurs. Après avoir employé beaucoup de remèdes et pris les eaux minérales d'Aix-la- Chapelle, il a été obligé d'avoir recours à celles de St-Honoré dont il a obtenu une entière guérison. »
Pillien cite un cas de dartres squanimeuses humides ce qui prouverait assez qu'à cette époque comme aujourd'hui c'était encore dans ces cas que l'on obtenait les plus beaux succès : >< M. de T., dit-il âgé de 67 ans, avait contracté l'habitude du plaisir et de l'exercice, lorsque des circonstances le forcèrent à vivre dans la retraite et l'isolement. Les fonctions de la digestion et de la transpiration ne tardèrent pas à éprouver
l'influence de ce nouveau régime. Des démangeaisons très-vives se firent bientôt sentir aux deux mollets où parurent en peu de temps deux larges dartres squammeuses humides.
Différents remèdes avaient été employés , M. de T. ressentait des douleurs atroces et des démangeaisons insupportables lorsqu'il se rendit à St-Honoré, il y prit les eaux sous toutes les formes, pendant deux saisons consécutives et sa guérison fut complète. »
Pour mon prédécesseur , le docteur Allard, les affections suintantes de la peau étaient aussi celles qui le plus souvent étaient guéries à St-Honoré. « Toutes les affections suintantes de la peau, écrivait-il dans la revue d'Hydrologie médicale de Strasbourg . eczéma, impétigo, etc.. trouvent dans les bains et les petites douches mobiles de puissantes ressources. J'ai eu d'ailleurs l'occasion d'observer la guérison d'un large impétigo des mains, sous l'influence des boissons et des inhalations, sans bains. »
Quant à notre propre pratique, nous établissons une différence bien tranchée entre la dartre elle-même et les affections de nature rhumatismale, scrofuleuse, qui ne sont que l'expression à la peau, d'une maladie constitutionnelle. Il est
bien entendu aussi que nous rangeons à part les prétendues dartres qui ne sont que des affections entretenues par des parasites végétaux ou animaux.
L'eau en boisson, les grands bains, les bains de vapeur, les douches générales, sont employés à St-Honoré, et nous avons surtout recours à nos douches locales mobiles , dont nous pouvons varier la forme suivant les exigences que réclame chaque cas en particulier.
N'oublions pas de mentionner ici les immenses services que nous rendent encore nos salles d'inhalation contre les affections de la peau.
J'aborderai ce sujet dans la deuxième partie de ce travail. Par son action physiologique, l'eau minérale devient tout à la fois purgative et diurétique à volonté, elle augmente la sécrétion cutanée qui. chez certains sujets, est plus ou moins complètement abolie, abolition qui seule dans certains cas, est cause d'affections que l'on voit disparaître aussitôt que cette fond ion a été l'établie.
Nous sommes loin de penser cependant qu'il soit toujours d'une nécessité absolue de boire de l'eau minérale de St-Honoré pour arriver à la guérison des affections psoriques ; les bains sont
la partie essentielle du traitement, et après eux viennent les douches générales et locales, mais disons que l'eau prise en boisson est toujours un adjuvant sérieux qu'il ne faut jamais négliger.
Dans toutes les affections cutanées, le traitement externe doit donc marcher de pair avec le traitement interne, et qui plus est, dans certaines maladies de cause externe, le médecin, comme le veut M. Devergie, doit diriger les trois quarts du traitement sur cette cause.
L'emploi de l'eau en bains et en douches ne peut pas être soumis à une règle uniforme. Le mode de balnéation, la température, la durée, devront varier suivant la maladie à combattre, le tempérament, la constitution du sujet.
On peut voir quelquefois survenir des améliorations chez des malades atteints d'affections à l'état aigu, alors qu'on les met cependant en contact avec une eau dont les propriétés sont irritantes; la légère excitation qui en résulte cède bientôt, la douleur et le prurit disparaissent et laissent après eux les plaies marcher vers la cicatrisation. Cette action thérapeutique des eaux de St-Honoré a du reste été remarquée pour les eaux d'Uriage par M. Gerdy. « Cette manière d'agir s'explique, dit-il, par la compo-
bidon chimique de l'eau qui réunit les propriétés sulfureuses et celles de l'eau de mer. Les lotions avec l'eau de mer ou de l'eau salée ont une influence répressive ou résolutive assez prononcée sur beaucoup d'irritateurs de la peau. Les lotions d'eau sulfureuse aussi , calment souvent les éruptions cutanées. Il n'est donc pas étonnant qu'une eau à la fois sulfureuse et salée agisse sous ce rapport d'une manière énergique. »
Lorsque l'excitation produite au début du traitement par les eaux de St-Honoré, devient trop forte, nous nous trouvons bien des bains de la source des Romains.
Cette eau , moins sulfureuse ou du moins contenant une quantité moindre d'hydrogène sulfuré, ne tarde pas à ramener le calme et nous pouvons alors revenir sans danger aux bains de la Crevasse.
Il n'est pas rare de voir les malades après quelques bains se croire radicalement guéris et s'abandonner à la joie que leur cause un succès si prompt, mais il faut alors avoir bien soin de les prévenir que cette guérison n'est qu'apparente, et le résultat vient confirmer nos prévisions car une recrudescence est presque toujours la règle, et ce n'est que petit à petit que la
maladie revient à une guérison définitive. Il est bien entendu qu'il faut tenir compte du genre de l'affection et de son ancienneté.
La durée du traitement de ces sortes d'affections est trop courte, dans l'immense majorité des cas. Comme je l'ai dit, faire une saison, ce qui représente pour les malades de vingt à vingt-cinq jours . paraît toujours suffisant et nous avons grand peine à faire comprendre qu'il ne peut rien y avoir de fatalement arrêté.
D'un autre côté, il faut bien tenir compte de la saturation minérale qui n'a rien de limité dans son évolution, mais qui, alors qu'elle s'est montrée, nécessite forcément un repos qui varie encore suivant les individus.
La douche en agissant localement sur certaines maladies de peau et d'une manière générale sur la constitution tout entière est souvent employée à St-Honoré ; comme pour le bain , c'est la maladie elle-même, c'est l'idyosincrasie du sujet qui en font modifier la température, la durée, la force.
Les douches locales mobiles, promenées sur les surfaces malades, ont sur les grandes douches l'avantage d'envoyer sur les parties elles-mêmes une eau qui sort directement de la source, et qui
par conséquent n'a point été désulfurée par l'élévation artificielle de sa température.
Au tube de caoutchouc peuvent se visser différents appareils suivant les besoins du malade et les indications du médecin.