‹ St-Honoré-Les-BainsChapitre 19 sur 59 · DES SALLES D'INHALATION · texte numérisé non relu

DES SALLES D'INHALATION

Historique. — Au nombre des causes qui sont appelées à rendre à St-Honoré son ancienne splendeur , nous n'hésitons pas à placer en première ligne ses salles d'inhalation.

On confond trop souvent le traitement qui consiste à respirer un air chargé de gaz naturellement produit par les sources, et celui qui, au contraire, réside dans l'inhalation des vapeurs forcées s'échappant d'un générateur et n'entraînant rien ou presque rien des principes qui

(1) Extrait en partie d'un travail présenté à l'académie de médecine et qui a valu au docteur Collin, en 1865, une médaille de bronze.

constituent l'eau minérale qui a servi à les former. Nous voyons d'un côté l'inhalation telle que nous la pratiquons à St-Honoré, et de l'autre une étuve dont les effets thérapeutiques diffèrent complètement.

Au début de l'installation des thermes de St-Honoré , on pensa avec raison à utiliser l'énorme quantité d'eau fournie par les puits romains et ce fut au-dessus de ces puits que l'on construisit les salles d'inhalation.

Voici la description qu'en faisait notre confrère Allard à la Société d'hydrologie dans la séance du 5 janvier 1857 :

« Les trois salles d'inhalation de Saint-Honoré, s "élèvent au-dessus de grands réservoirs au fond desquels se voient encore les puits creusés par les Romains et d'où émergent les sources dites de la Marquise et des Romains. L'eau minérale, abandonnée à sa température native de 31 degrés centigrades , laisse dégager des vapeurs par de grandes bouches, dans les salles où se réunissent les malades. Ce sont donc, selon la nomenclature de M. François, des vapeurs spontanées. Leur température, à la bouche même, est de 27 à 2$ degrés centigrades, et dans la salle la température oscille entre 20 et 22 degrés. Les vapeurs,

très-visibles en hiver et dès qu'un refroidissement de l'atmosphère provoque leur condensation . ne s'aperçoivent pas en été. Elles rendent légèrement humides les vêtements et le linge des personnes qui y séjournent quelque temps sans que pour cela on soit obligé de changer de vêtements en sortant, ou même d'en prendre de spéciaux, pour venir à la salle. Les vapeurs altèrent pourtant les livres et les linges qu'on y laisse. Ces objets se mouillent, se couvrent de taches noires , et finissent à la longue par être tout à fait hors d'usage. Sur les vitres et sur les murs, se voient ordinairement de petites gouttes d'eau qui se détachent de temps en temps du plafond couvert, ainsi que les murs, de nombreuses taches jaunes, de champignons et de conferves sous forme d'arborescences brunes. Quant on entre dans la salle d'inhalation , l'odeur sulfureuse est très-peu sensible, et ne devient très-manifeste qu'à mesure qu'on s'approche des bouches et surtout qu'on se penche sur celles-ci. »

La quantité d'hydrogène sulfuré contenu dans les salles d'inhalation était donc à peine appréciable à cette époque, alimentées qu'elles étaient par les vapeurs qui s'échappent spontanément

do la surface de l'eau contenue dans le réservoir des Romains et mise en communication avec la salle par de larges ouvertures.

Il existait un autre inconvénient, remarqué par M. Allard. C'était un courant d'air qui s'établissait des salles au réservoir et réciproquement, et qui diminuait la quantité et la vitesse de dégagement des gaz. M. Jules François y remédia en construisant des cloisons dans le réservoir, de manière à simuler de véritables puits qui viennent s'ouvrir encore aujourd'hui au niveau du sol des salles d'inhalation.

En 1859, on eut l'heureuse idée de faire arriver le trop plein de la source de la Crevasse dans un des puits de la salle, qui fut alors alimentée par les deux, sources, et l'on vit immédiatement augmenter la quantité d'hydrogène sulfuré.

« La salle d'inhalation est la partie la plus intéressante de l'établissement de Saint-Honoré, disait en 1859 M. le docteur Allard.

« C'est une grande salle de 9 mètres de largeur sur 8 de longeur : deux ouvertures en forme de puits de 1 mètre 50 centimètres de largeur sur 2 mètres de profondeur reçoivent les jets en cascade des sources. Une roue hydraulique horizontale à palettes héliçoïdes, tournant sans

cesse au fond de chacun de ces puits, sous 1 impulsion d'un jet continu d'eau sulfureuse venant directement de la source, désulfure l'eau à sa température naturelle en la battant avec l'air, et imprime à la vapeur sulfureuse naissante un courant ascendant jusque clans la salle, où la température oscille entre 24 et 27 degrés centigrades, suivant la température et l'état barométrique de l'atmosphère. »

A mon arrivée à St-Honoré, en 1860, je trouvai les changements suivants : La salle principale avait été conservée avec ses deux puits alimentés par l'eau des Romains et dont un seul recevait le trop plein de la Crevasse.

Seul aussi ce dernier était muni de la roue hydraulique dont je viens de parler.

En entrant dans cette salle, on y reconnaissait facilement la présence de l'hydrogène sulfuré, mais il était facile aussi de voir que le trop plein de la Crevasse qui y arrivait, en repartait incomplètement désulfuré. La roue, en effet, sur le résultat de laquelle on avait tant compté, et dont le mouvement était très-lent, agitait l'eau en masse et ne la divisait pas.

Une salle réservée avait été créée, séparée de la première par deux portes à deux battants et

munie d'un puits alimenté exclusivement par la source des Romains. Si l'on veut bien se rappeler ce que j'ai dit de la quantité à peine appréciable d'hydrogène sulfuré se dégageant de cette source, on comprendra que cette salle n'avait rien de spécial si ce n'est le prix plus élevé exigé pour y rentrer.

Les murs et le plafond étaient d'un blanc immaculé, et il suffit l'année suivante de laisser les portes de communication ouvertes pour les voir, comme dans la salle voisine, se couvrir de taches noires ou d'un jaune très-foncé.

Diviser l'eau le plus possible, pour obtenir une quantité suffisante d'hydrogène sulfuré, tout le problème était donc là ; une expérience bien simple me l'avait montré.

Si prenant un verre , on le place sous le robinet de la Crevasse ou de l'Acacia, et qu'on le porte rapidement à son nez, on sent une trèsforte odeur d'hydrogène sulfuré.

Si, au contraire, on le porte lentement ou si on le reçoit des mains de la personne chargée de ce service , l'odeur est à peine sensible ; mais elle reparaît presque aussi forte que dans la première expérience, si l'on verse le contenu dans un second verre.

Il faut ainsi remplir alternativement chacun des verres plusieurs fois avec le même liquide pour que l'odeur sulfureuse disparaisse complètement. Pour augmenter donc la quantité d'hydrogène sulfuré dans le puits qui recevait l'eau de la Crevasse, et qui à lui seul devait suffire aux salles d'inhalation, je fis arriver par le sommet d'un tube l'eau qui retombait en se divisant de cascades en cascades dans trois vasques superposées.

La température de nos salles d'inhalation s'élevait souvent pendant la saison jusqu'à 29 et 30 degrés centigrades, alors que le thermomètre extérieur marquait 20 ou 21. Je remédiai à ce que je crois un grand inconvénient, en diminuant des deux tiers l'eau des Romains dont la température, je l'ai dit, est de 31 degrés. Je reviendrai du reste sur la température de nos salles et sur les effets que je lui attribue.

État actuel. — Comme je l'ai déjà dit en décrivant l'établissement, quand on entre dans la salle centrale de rétablissements de St-Honoré , on aperçoit en face un vitrage au-delà duquel se trouve notre grande salle d'inhalation où l'on arrive par un escalier de huit marches, de chaque

côté duquel coule l'eau des buvettes. Cette salle, haute de 4 mètres 75 centimètres ail mètres de largeur sur 7 de profondeur. Elle est éclairée à l'Est par deux fenêtres en même temps que le vitrage dont j'ai parlé l'éclairé à l'Ouest. A gauche, elle communique avec les vestiaires et à droite, par deux grandes portes, avec la salle d'inhalation réservée.

De chaque côté de la salle, et situées de manière que l'on puisse s'asseoir ou se promener, se trouvent deux ouvertures en forme de puits de 2 mètres de profondeur sur 1 mètre 50 c. de largeur ; il est facile , à l'aide de bouches ménagées dans les parois, d'y recevoir une quantité plus ou moins considérable de l'eau des Romains. dont les réservoirs entourent les puits de tous côtés. Du milieu des puits s'élève, à une hauteur de 80 centimètres, un tuyau de 8 centimètres de diamètre amenant directement l'eau de la Crevasse.

Au-dessus de ce tuyau, peuvent se visser deux appareils différents , que j'ai fait construire pour diviser l'eau autant que possible, et avoir par conséquent, avec une quantité de liquide relativement faible, une abondance considérable d'hydrogène sulfuré. Le premier de ces appa-

reils est simplement une boule creuse de 30 centimètres de diamètre, dont la partie supérieure est percée de plusieurs rangées de trous très-petits.

L'eau , partant d'un niveau supérieur , est divisée en mille jets qui, s'élancant de la boule viennent retomber en se désulfurant sur les parois du puits.

Le second appareil est plus compliqué, mais je suis tellement enchanté des résultats que j'en obtiens, que je suis persuadé, qu'une fois connu, il sera d'un grand secours dans les établissements thermaux qui n'ont qu'une faible quantité d'eau à employer pour les salles d'inhalation.

Cet appareil se compose comme le premier., d'une boule d'environ 30 centimètres de diamètre, de la circonférence de cette boule partent horizontalement huit tubes, de 4 centimètres de largeur sur 4 de diamètre.

Ces huit tubes se subdivisent eux-mêmes chacun en deux autres, de 2 centimètres de diamètre sur 30 de longueur qui, s'éloignant d'abord l'un de l'autre, se recourbent et tendent à se réunir après avoir formé un cercle incomplet. Leurs orifices, de 4 millimètres, se trouvent en face l'un de l'autre et sur le même plan, à une distance de 8 centimètres environ.

L'eau sulfureuse, après avoir rempli la boule, arrive dans chacun de ces couples , et sort avec d'autant plus de force que le niveau d'où elle arrive est plus élevé. Les deux jets se rencontrant forment alors une nappe d'eau circulaire et perpendiculaire aux tuyaux qui la forment.

Nous obtenons ainsi huit de ces nappes d'environ 30 centimètres de diamètre , dont la rotation continuelle, tout en n'exigeant qu'une faible quantité d'eau n'en remplit pas moins la salle de vapeurs hydrosulfurées. Cet appareil possède en outre un avantage grandement apprécié par les malades , c'est de faire peu de bruit et de permettre aux personnes qui sont dans la salle, de causer à voix basse, ce qu'il était impossible de faire lorsque l'eau tombait en cascades dans les vasques dont j'ai parlé.

Si l'on veut bien considérer, qu'en général les malades qui sont soumis aux inhalations sont atteints d'affections pulmonaires ou laryngiennes, on comprendra aisément les inconvénients d'une causerie qui exigeait une fatigue plus considérable encore que celle de la conversation ordinaire.

J'ai dit que l'on communiquait de la salle commune par deux portes à deux battants dans

la salle réservée. Cette salle, de la même hauteur que la précédente, est éclairée par deux fenêtres et a 7 mètres de longueur sur 4 mètres 20 centimètres de large. Son puits pareil aux deux autres, est situé au centre et reçoit aussi aujourd'hui l'eau de la Crevasse, qui est divisée par les mêmes appareils.

Page 1