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TEMPERATURE

DES SALLES D'iNHALATION DE ST-HONORÉ.

La température des salles d'inhalation, en 1860, variait de 24 à 27 degrés, et était portée quelquefois jusqu'à 30 degrés, lorsque le nombre des malades était considérable.

Je n'ai pas été longtemps à reconnaître que certains accidents qui enrayaient le traitement, qui forçaient quelquefois à suspendre les séances d'inhalation, et ce qui est bien plus grave, que certaines hémoptysies étaient le résultat d'une congestion pulmonaire provoquée par l'inhation d'air trop échauffé.

En effet, depuis que j'ai fait disparaître la plus grande quantité de l'eau des Romains , et que

j'ai obtenu une température moyenne de 18 à 20 degrés, je n'ai point remarqué pareils accidents chez les malades dont j'ai dirigé le traitement, et cependant l'hydrogène sulfuré est en plus grande quantité aujourd'hui dans nos salles qu'il ne l'était autrefois.

Plusieurs auteurs déjà se sont élevés contre l'inhalation des vapeurs trop chaudes. « Il faut se garder, dit M. Durand Fardel, en élevant la température de l'eau minérale, ou en employant les vapeurs d'une eau minérale thermale à un haut degré, de transformer la salle d'inhalation en étuve. Nous n'avons pas besoin d'expliquer les inconvénients qui pourraient en résulter pour les catarrheux et surtout pour les phthisiques. M. Filhol a parfaitement exposé les inconvénients particuliers de la température élevée des vapeurs portées dans l'appareil respiratoire. »

Condamner les phthisiques au supplice du vaporarium , écrit M. Champouillon dans le Moniteur des Hôpitaux, c'est en vérité les condamner à périr victimes du fanatisme insensé des innovations. »

« La température des vapeurs doit être telle, dit M. Pâtissier, que les malades puissent les respirer assez longtemps, sans qu'il survienne

de la gêne dans la respiration, ou de la douleur dans le thorax. »

Les malades arrivent à la salle d'inhalation de Saint-Honoré sans être obligés de prendre un costume spécial, et nous leur recommandons simplement, lorsque le temps est humide, de se munir d'un pardessus ou d'un cache-nez.

Je n'ai plus aujourd'hui à combattre de ces bronchites qui étaient autrefois causées par le passage subit d'une température de 27 à 30 degrés à l'air extérieur souvent plus froid.

Je suis loin cependant de dire que l'on peut impunément séjourner dans nos salles d'inhalation, et il faut au médecin qui les ordonne et Jes surveille , une habitude que l'expérience seule peut donner. Il faut aussi tenir grand compte de l'idiosyncrasie des sujets. Il est certains malades chez lesquels les congestions se font avec une facilité telle, que le médecin doit employer une prudence extrême pour administrer un traitement sulfureux. Ces cas sont rares mais existent cependant.

J'ai donné mes soins il y a quatre ans, à M. le contre amiral de X..., qui, après deux ou trois séances , suivies cependant de révulsifs énergiques sur les extrémités inférieures, fut pris

pendant la nuit de congestions pulmonaire et cérébrale qui nécessitèrent une saignée , des sinapismes, des applications de glace sur la tête, et qui tinrent en danger pendant plusieurs heures la vie de ce brave marin.

En me servant presque exclusivement de la source de la Crevasse , j 'ai délivré nos salles d'inhalation d'une quantité énorme de vapeurs d'eau que l'on voyait se condenser sur les murs et retomber en gouttelettes du plafond.

D'un autre côté, la quantité d'eau des Romains que nous recevons dans nos puits, répand assez de vapeur pour que l'air soit suffisamment chargé d'humidité, et que les malades dont la muqueuse pulmonaire est si susceptible puissent s'y trouver parfaitement.

Nous sommes aujourd'hui à Saint-Honoré dans les conditions telles que les désirent les auteurs du Dictionnaire des eaux minérales. « En résumé, disent-ils, le mode d'inhalation que nous croyons généralement préférable près des eaux sulfureuses est l'inhalation de l'hydrogène sulfuré dépouillé d'un excès de vapeurs d'eau. »

EFFETS PHYSIOLOGIQUES

Au début de ma pratique thermale à Saint- Honoré, j'avais été frappé de la contradiction qui existait entre les propriétés stupéfiantes bien reconnues de l'acide hydrosulfurique , et les effets congestifs que je voyais souvent se produire sous mes yeux chez les malades soumis aux inhalations de ce gaz.

Je ne veux pas parler des effets consécutifs à de fréquentes inhalations, à la saturation minérale qui se manifeste, comme chacun sait, par une excitation facile à comprendre, mais d'une excitation sur place , si je peux m'exprimer ainsi.

La lecture des auteurs les plus estimés laissait encore mon esprit en suspens, et je fus forcé d'avoir recours à l'observation et à des expériences que je fis sur moi-même.

Voici aujourd'hui comment je considère les effets physiologiques des inhalations sulfureuses de Saint-Honoré. Je les divise en trois périodes :

lre période, ou période de sédation ; 2" période, ou période de retour ; 3e période, ou période d'excitation.

Je vais tâcher de taire comprendre la différence qui existe entre ces trois temps de l'inhalation.

En entrant dans nos salles on sent une forte odeur d'hydrogène sulfuré, qui par la plupart des malades est parfaitement supportée. On ne tarde pas à ressentir un certain bien-être caractérisé par une respiration plus calme, qui semble plus facile et une diminution dans le nombre et la force des pulsations artérielles. Une douce moiteur se répand surtout le corps, c'est l'action sédative, hyposthénisante que j'appelle la première période de l'inhalation.

Après un certain temps, qui varie suivant les sujets, et qui en général est de quinze à trente minutes, les mouvements inspiratoires tendent à revenir à leur type normal, et les battements du pouls reprennent petit à petit, en nombre et en intensité, ce qu'ils avaient perdu d'abord. J'appelle ce temps de l'inhalation la deuxième période ou période de retour. La troisième période, ou d'excitation, suit de très-près la seconde ; elle est caractérisée au début par de la pesanteur à la tête qui faible d'abord, augmente au point d'amener une véritable céphalalgie que j'ai vue accompagnée de vertiges.

Une légère excitation , caractérisée par de la

sécheresse et des picotements à l'arrière gorge, ne tarde pas à provoquer quelques accès de toux sèche et fatigante qui, bientôt , chez certains sujets sanguins, serait suivie d'hémoptysie s'ils continuaient l'expérience.

Les pulsations augmentent d'intensité et de nombre. La face se congestionne, et il est nécessaire d'avoir recours à des révulsifs sur les extrémités inférieures pour rétablir un équilibre qu'on n'obtient pas toujours facilement ; la céphalalgie surtout persiste quelquefois toute la journée.

Il va sans dire que ces effets ne sont pas d'une exactitude mathématique, et que lepassage d'une période à une autre, de la sédation à l'excitation, demande un temps plus ou moins long suivant l'idiosyncrasie des sujets, l'affection dont ils sont atteints, l'habitude qu'ils ont de la salle d'inhalation, les dispositions dans lesquelles ils se trouvent, etc.

Certains malades ne peuvent pas supporter la salle d'inhalation sulfureuse plus de quelques minutes ; j'en ai vu d'autres y passer plusieurs heures et, qui plus est, ne respirer librement qu'au milieu de cette atmosphère chargée des principes minéralisateurs de nos eaux. Je tâche

rai plus loin d'expliquer cette immunité en parlant de l'action de l'hydrogène sulfuré luimême sur la muqueuse pulmonaire. Hâtonsnous de dire que, dans ce dernier cas , cette exception aux règles que je viens de poser est souvent le résultat de nombreuses inhalations antérieures.

Les effets physiologiques que je viens de décrire ne sont pas les seuls produits par l'inhalation des vapeurs contenues dans nos salles, et j'aurai à parler de la saturation minérale, résultat de l'absorption pulmonaire, en traitant des effets thérapeutiques de cette médication.

J'ai dû naturellement me demander quelle était la cause des différentes périodes que je viens de décrire, pourquoi l'inhalation produisait d'abord sur l'organisme un effet sédatif, et pourquoi à cette hyposthénisation succédait l'excitation.

MM. Trousseau et Pidoux se demandent s'il ne faut pas attribuer ce dernier résultat, qui va quelquefois jusqu'à l'hémoptysie, à l'élévation des lieux où se prennent ordinairement les eaux sulfureuses, « lieux où les crachements de sang sont si fréquents, surtout chez ceux qui, aupa-

lavant, habitaient des pays peu élevés au-dessus du niveau de la mer. »

Tout en prenant cette cause en sérieuse considération, je répondrai que j'ai vu survenir des hémoptysies à Saint-Honoré qui n'est élevé que de 272 mètres, chez des malades qui habitaient le pays même ou les environs.

M. Filhol, dans son traité si justement estimé des eaux minérales des Pyrénées, a voulu trouver, à l'excitation produite par l'absorption de l'hydrogène sulfuré dont, les propriétés stupéfiantes sont reconnues par tous les auteurs , une cause simplement chimique et qui paraît admise par la plupart des écrivains hydrologistes. « L'absorption de l'acide sulfhydrique par les poumons introduira, dit-il, au bout de peu de temps, dans le sang plus- de soufre que n'eut pu y en introduire l'absorption par la surface cutanée.

« La première action sera sans doute celle qu'on attribue à l'acide sulfhydrique ; mais bientôt cet acide ayant été décomposé par l'oxygène , du soufre deviendra libre dans le sang lui-même et les phénomènes d'excitation ne tarderont pas à se faire sentir. »

Qu'il me soit permis de combattre l'opinion de notre savant confrère. Sa théorie paraît, je

l'avoue, s'appuyer sur des faits chimiques incontestables. Que l'acide sulfhydrique une fois absorbé se décompose et que le soufre devienne libre dans le torrent circulatoire, cela est possible ; mais est-il bien certain que les choses se passent de la sorte ou du moins aussi rapidement que le veut M. Filhol ? S'il en est ainsi, où se fait ce travail de décomposition dans le corps, que je veux bien comparer pour un instant à une cornue, mais à une cornue vivante? Les auteurs les plus estimés, Trousseau et Pidoux par exemple , nous disent que, pris à la dose de 4 décigrammes à un gramme par jour, le soufre ne donne lieu àaucunphénomèneremarquable ; qu'il faut le prendre à doses fractionnées de telle manière pourtant qu'il en soit consommé 4 à 8 grammes par jour, pour voir survenir une excitation générale caractérisée par de la fréquence du pouls et de la chaleur à la peau.

Or, quelle quantité de soufre, je le demande, peut se trouver à l'état libre dans le sang d'un malade, qui, après quelques minutes passées à la salle d'inhalation, voit survenir les phénomènes d'excitation dont j 'ai parlé ?

Voici encore quelques raisons sur lesquelles je m'appuie pour combattre cette opinion.

Un malade est depuis vingt minutes au milieu d'une atmosphère sulfureuse : je suppose, bien entendu, que la période de retour commence après ce laps de temps; il ressent tous les bénéfices de la période sédative de l'inhalation. S'il ne se laissait guider que par le bien être qu'il éprouve, il serait tenté de prolonger la séance ; mais plein de confiance dans son médecin, il ne veut pas dépasser les vingt minutes qui lui ont été prescrites et il sort avec le désir de revenir bientôt.

Il y a bien eu là absorption d'acide hydrosulfurique et, d'après M. Filhol, dépôt de soufre dans le sang. Où est l'excitation ? Il n'y en a pas. Au contraire, les pulsations artérielles sont diminuées et d'intensité et de nombre.

Laissez ce malade dix ou vingt minutes de plus dans la salle d'inhalation, le pouls deviendra plus fort, il sentira un peu de lourdeur de tête, de sécheresse à la gorge, quelques titillations qui amèneront des accès de toux. Qu'il sorte alors: après quelques minutes, plus de sécheresse à la gorge, plus de pesanteur à la tête, le pouls lui-même aura repris son calme.

Quelle était donc dans ce cas la cause des accidents qui débutaient ? Le soufre devenu

libre dans le. sang? Mais il faudrait admettre, je crois, que cette excitation ne céderait point aussi promptement qu'elle vient de le faire, et qu'il faudrait que le soufre fût mis hors de la circulation pour voir disparaître les symptômes que je viens de signaler.

Au point de vue de la saturation par les inhalations minérales , j'admettrai sans peine la théorie de M. Filhol ; mais je ne crois pas à cette excitation instantanée, résultat de la décomposition de l'acide sulfhydrique et du soufre devenu libre dans le torrent circulatoire. Je sais bien que l'on m'objectera, que plus les eaux contiennent d'acide hydrosulfurique libre, plus elles sont excitantes ; que l'on remarque souvent une excitation très-grande après un seul bain pris dans ces conditions.

Je répondrai que je ne nie pas l'action excitante de l'hydrogène sulfuré respiré pendant un certain temps, que c'est la théorie de cette excitation que je recherche, et que dans ce cas même il faut tenir le plus grand compte de la température du bain dans lequel le malade est plongé. M. Niepce a remarqué à Allevard que l'inhalation des vapeurs sulfureuses, à la température de 18 à 20 degrés , calmait les accidents hémoptysi-

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ques, et qu'elle les provoquait au contraire si leur température était plus élevée.

Encore un exemple : Un malade . un catarrheux par exemple, va passer, le premier jour de son traitement, trois heures le matin et trois heures le soir dans une salle d'inhalation sans être incommodé le moins du monde. Que devient alors la théorie de M. Filhol ?

On pourra me dire que le sujet est moins sanguin que tel autre malade qui n'aurait pas pu supporter l'inhalation plus d'une demiheure , que par conséquent les phénomènes d'excitation doivent être plus lents à se manifester. Mais non-seulement il ne se manifeste pas d'excitation, mais encore à la dernière minute le malade ressent les bienfaits du milieu où il se trouve.

L'absorption serait-elle plus difficile que chez le malade auquel nous venons de le comparer ? Non, traitez ces deux malades par les inhalations pendant vingt ou trente jours, la saturation arrivera chez les deux, et peut-être plus promptement chez le catarrheux que chez son voisin.

Nous savons avec quelle rapidité les médicaments sont absorbés, et .si le soufre vient en

liberté se mêler à la circulation et l'active , comment se fait-il que des malades puissent, ainsi que je viens de le dire, passer des heures entières sans ressentir la moindre excitation ? Donnera-t-on pour raison que chez certains sujets les poumons sont tellement malades qu'ils absorbent moins vite, le champ de la muqueuse étant moindre ? Je répondrai que ce sont surtout ces grands malades qui doivent être surveillés et chez lesquels l'excitation suit de plus près la période hyposthénisante ; et pourtant, théoriquement parlant, ils ont moins absorbé d'acide hydrosulf'urique, et par conséquent une moins grande quantité de soufre serait devenue libre dans le sang.

A quelle cause donc attribuer cette double action bien manifeste de l'hydrogène sulfuré mis en contact avec la muqueuse pulmonaire ? Voici l'opinion que j'ai eu l'honneur de soumettre à la Société d'hydrologie :

L'action excitative de l'hydrogène sulfuré est la conséquence forcée de son action hyposthénisante.

Cette proposition paraît paradoxale ; je m'explique.

L'acide hydrosulfurique, mis en contact direct

avec les voies respiratoires, agit localement sur le tissu nerveux de ces organes, et d'une manière générale par son action sur le cerveau luimême.

Par sa propriété stupéfiante , il ralentit les sécrétions qui se l'ont à la surface de la muqueuse, et cette diminution de sécrétions doit amener, si l'inhalation se prolonge, un trouble certain dans la circulation des organes qui en sont privés. C'est alors qu'on voit paraître, comme je l'ai dit, de la sécheresse à la gorge, quelques accès de toux, etc. Prolongez encore l'inhalation , et la grande circulation se ressentant du trouble apporté dans la circulation pulmonaire, l'excitation générale ne tardera pas à paraître.

Cette théorie me paraît d'autant plus rationnelle que j'ai cru remarquer que ce sont précisément les malades chez lesquels l'expectoration est abondante, qui peuvent rester le plus longtemps dans nos salles d'inhalation. Chez les autres au contraire . la période excitative est prompte , l'action stupéfiante de l'acide hydrosulfurique n'ayant à s'exercer que sur une muqueuse dont la sécrétion est à peu près normale.

EFFETS THERAPEUTIQUES.

La connaissance des trois périodes que je viens de décrire, prise pour base et jointe à l'expérience qu'on ne peut acquérir que par bon nombre de traitements antérieurs, sera d'un grand secours pour le médecin, et lui permettra de donner de sages conseils aux malades qui doivent être traités par les inhalations.

Dans bien des cas cependant, ce n'est qu'en avançant avec prudence, en augmentant ou en diminuant la durée pour l'augmenter de nouveau si l'organisme n'en souffre pas, que le médecin peut être utile à ses malades et ne pas acquérir à leurs dépens un expérience qui pourrait- leur coûter cher. J'ai vu des malades, ayant voulu se traiter à leur guise ou n'ayant pas suivi ponctuellement les conseils que je leur avais donnés, être pris d'hémoptysies très-difficiles à enrayer et qui, chez un malheureux phthisique, amenèrent une terminaison fatale.

Les malades sont d'autant plus tentés de prolonger leur séjour dans les salles d'inhalation qu'ils ont éprouvé un plus grand soulagement au début, et il faut toute la confiance

que le médecin a pu leur inspirer pour qu'ils n'abusent pas de cette médication qui, comme toutes celles qui sont puissantes , peut , mal dirigée, faire d'autant plus de mal qu'elle est capable d'obtenir de plus beaux résultats dans des mains sages et expérimentées.

Comme il est facile de le comprendre d'après ce que je viens de dire, différents effets thérapeutiques peuvent être produits par le séjour dans les salles d'inhalation de Saint-Honoré, et c'est au médecin à savoir les doser, si je peux m'exprimer ainsi, suivant les besoins que présentent ses malades. Je n'enfermerai donc pas dans une même description les effets thérapeutiques qui varieront et deviendront souvent opposés les uns aux autres suivant le temps que durera la séance. J'y reviendrai en parlant de chaque affection en particulier; mais il en est un certain nombre cependant qui se présentent avec une constance telle, que nous pouvons les signaler dès maintenant.

La toux ne tarde pas à se calmer, l'expectoration est rendue plus facile, les crachats sont souvent modifiés rapidement; de jaunâtres, épais, sans aération qu'ils étaient ils deviennent blancs et mélangés d'air. La peau subit elle-même des

modifications importantes. Chez certains malades atteints d'affections anciennes et dont la peau sèche et rugueuse ne remplit plus ou remplit très-mal ses fonctions, on voit bientôt, par le séjour dans nos salles, une douce moiteur couvrir l'enveloppe cutanée et lui rendre son élasticité et sa souplesse première.

La connaissance de ce fait peut, comme je l'ai dit dans la première partie de cet ouvrage, rendre de grands services dans certaines affections herpétiques sèches.

Les malades qui fréquentent nos salles d'inhalation étant en général soumis en même temps à un traitement par l'eau sulfureuse prise en boisson, il est bien difficile de ne pas voir se confondre les effets de ces deux médications ; mais d'un autre côté nous avons vu souvent les avantages de la première ressortir de ce fait : que certains d'entre eux, prenant déjà des bains et buvant l'eau minérale, voient les accidents du côté de la poitrine s'amender surtout à partir du jour où ils sont soumis aux inhalations sulfureuses.

La saturation minérale peut-elle se produire à la suite de l'absorption seule des gaz contenus dans nos salles? Ou plutôt, comme le veulent

avec raison les auteurs du Dictionnaire des eaux minérales, y a-t-il un moment où les inhalations sulfureuses ne sont plus tolérées par l'organisme ?

La même raison que je viens de donner, c'està-dire l'emploi simultané de l'eau prise en boisson, rend difficile la réponse à cette question. Cependant tout nous porte à croire qu'elle doit être résolue par l'affirmative et, comme le dit très-bien M. Sales Girons : « Il se fait dans les bronches, à l'égard dés matières médicinales qui y pénètrent, une sorte de digestion relativement comparable à celle qui se fait dans l'estomac : le médicament peut entrer par là dans le torrent circulatoire et modifier l'organisme avec au moins autant d'activité et de propriété que s'il passait par les voies digestives. » (Annales de la Société d'hijdrologie, t. III, p. 521.)

J'ai donné mes soins il y a quelques années à une dame atteinte de catarrhe pulmonaire, qui fit à St-Honoré deux saisons entre lesquelles elle dut se reposer près de trois semaines avant de pouvoir reprendre ses séances d'inhalation, qui n'étaient plus supportées.

Ce que j'ai dit dans le cours de ce travail laisse assez voir qu'il existe des contre-indications

aux inhalations sulfureuses qu'il ne faut pas négliger ; cependant ces contre-indications, qui sont du reste les mêmes que celles de tout traitement sulfureux, doivent infailliblement diminuer si l'on veut bien avoir égard au mode d'emploi résultant de la connaissance des effets produits par l'inhalation elle-même.

Je vais maintenant passer en revue les principales affections traitées à Saint-Honoré , par l'inhalation des vapeurs sulfureuses.

LARYNGITES CHRONIQUES.

Malgré les travaux et l'expérience des médecins qui ont pratiqué sur une vaste échelle, l'étude du traitement des affections du larynx par les eaux minérales est complètement à refaire.

Jusqu'à présent les praticiens n'avançaient qu'à tâtons, se servant d'un moyen qu'ils abandonnaient bientôt pour essayer d'un autre, et il faut l'avouer, usant quelques fois de médications complètement opposées à celle qui eut été nécessaire.

D'où venait donc cet arrêt fatal dans le traite-

ment des affections du larynx, alors que toutes les branches de la médecine taisaient d'immenses progrès ? La réponse est facile ; il tenait ù l'impossibilité absolue pour le médecin de se rendre un compte exact de l'état de l'organe malade.

Quant on lit les moyens de diagnostic indiqués dans les ouvrages les plus récents et les plus justement estimés, il semble aujourd'hui que ces lignes ont été tracées il y a un siècle. On lit par exemple dans le Compendium de médecine : « l'inspection de la bouche et du pharynx ne peut faire reconnaître que des complications. En faisant ouvrir largement la bouche des malades, en déprimant la langue et en ramenant sa base en avant, tandis qu'on recommande au sujet de faire quelques cris, on peut quelques fois apercevoir la face buccale de l'épiglotte, mais il est fort peu de malades qui puissent supporter cette manœuvre, et chez lesquels la disposition de la gorge et de la langue lui soit favorable. »

On était donc réduit, il y a quelques années encore, à baser le diagnostie sur certains phénomènes plus ou moins trompeurs tels que la douleur, la difficulté de la déglutition, le retour des boissons par le nez, l'aphonie, etc.

Grâce à la découverte du laryngoscope, instru-

ment encore trop peu connu, le médecin peut porter un diagnostie aussi certain que s'd avait à explorer l'intérieur de la bouche.

Que mon confrère et ami, M. le docteur Fauvel de Paris , veuille bien recevoir le témoignage public de ma reconnaissance pour les savantes leçons théoriques et pratiques que j'ai reçues de lui.

L'idée d'apercevoir le larynx à l'aide d'un petit miroir porté dans le fond de la bouche, remonte déjà à un certain nombre d'années. Liston en 1840, Garcia en 1855, le docteur Turch en 1857, avaient fait des expériences laryngoscopiques ; mais c'est au docteur Czermak, professeur de physiologie à l'université de Pesth, que nous devons la connaissance de l'utilité pratique de cet instrument au point de vue médical.

A l'aide de ce moyen d'exploration , le médecin qui a l'habitude de s'en servir peut plonger son regard jusque dans l'intérieur du larynx, juger de l'état morbide de cet organe et pratiquer sur lui toutes les opérations nécessaires.

Ce n'était donc pas trop nous avancer en disant que l'étude des affections laryngiennes venait d'entrer dans une voie nouvelle féconde en résultats.

— 1 ri;s

Les malades qui viennent à St-Honoré pour des affections de larynx sont nombreux. J'en ai vu plusieurs qui étaient disposés à faire tous les sacrifices et de temps et d'argent, ou plutôt à les continuer pour arriver à la guérison d'extinctions plus ou moins complètes de la voix. Un examen laryngoscopique me faisait immédiatement reconnaître la cause du mal , et chez certains quelques cautérisations absolument nécessaires, jointes au traitement sulfureux, ne tardaient pas à rendre la voix qu'on eût vainement demandée aux moyens ordinaires.

Dans la laryngite chronique qui accompagne si souvent la tuberculisation pulmonaire, nous obtenons au début d'excellents résultats par les cautérisations et les inhalations sulfureuses.

Les médecins sont loin d'être d'accord sur la nature de cette affection. Les uns n'y voient qu'une inflammation chronique ordinaire, sans aucune trace de tubercules, les autres au contraire sont convaincus de la nature tuberculeuse de ces ulcérations. Monsieur le docteur Fauvel, qui fait autorité en pareille matière, partage cette dernière opinion à laquelle je me range et m'a dit bien souvent que l'on guérissait les ulcérations tuberculeuses du larynx comme on guérit les

ulcérations syphilitiques de cet organe, en le.s touchant directement avec une éponge imbibée d'une forte solution de nitrate d'argent, en même temps qu'on soumettait le malade à un traitement général.

J'ai pour mon compte adressé à M. Fauvel une dame chez laquelle quelques cautérisations suffirent pour rendre la voix et arrêter dans son développement une phthisie laryngée qui, après avoir causé une aphonie complète, menaçait les jours de la malade.

Depuis que l'exploration du larynx a été rendue possible, on a découvert la fréquence de ses polypes. Or, si l'on veut bien remarquer que ces productions accidentelles sont presque toujours le triste privilège des scrofuleux, on comprendra l'utilité de nos eaux après leur extirpation.

Dans certaines aphonies qui tiennent à une paralysie plus ou moins complète des cordes vocales inférieures, nous arrivons encore à de bons résultats enjoignant à la médication sulfureuse l'application de l'électricité.

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