LE CHATEAU
Commencé vers 1776 , il remplace un vieux manoir du XIVe siècle à peu près ruiné par l'ouragan de 1773. M. de Montbaron, alors propriétaire de La Montagne , n'avait pas de postérité directe, et voulait, dit-on, consacrer une partie de sa fortune à des œuvres charitables ; un vaste hôpital devait faire bénir sa mémoire à Saint-
Honoré. Les constructions commencées à cette intention absorbèrent des sommes considérables, dans lesquelles il faut compter pour une bonne part la démolition du vieux Castel, beaucoup plus solide à sa base qu'on ne se l'était figuré.
M. de Montbaron légua en 1781 tous ses biens à MM. de Chabannes d'Argoulais enfants de sa sœur; ceux-ci pour liquider la succession, vendirent en 1786 la terre de la montagne à messires Antoine Pierre de Viel , chevalier , comte de Lunas, ancien capitaine au régiment de la Reine, cavalerie ; et Antoine-Louis-François de Viel- Lunas , chevalier, marquis d'Espeuilles, ancien major du régiment, duc d'Angoulême. Au propriétaire actuel, fils du marquis Antoine, sont dûs tous les travaux de transformation qui, des grands corps de logis froids et nus du projet primitif, ont fait l'une des plus belles résidences du Nivernais.
En haut de l'escalier d'honneur, on a reproduit une prouesse cynégétique accomplie au cri de A moij Morvan t ce groupe est plein de vie et de chaleur , chaque figure du piédestal est un portrait.
Après le grand salon, dont les peintures rappellent au maître de céans des souvenirs de
voyage, on cite pour leur belle exécution les boiseries de la salle à manger , prises dans le tronc d'un seul chêne. Le panneau principal supporte les armoiries du châtelain , accompagnées de l'écu de gueules aux fleurs de lis sans nombre.
L'illustre auteur des Martyrs écrivait le 24
juillet 1836 Vous voulez bien m'inviter à
vous envoyer mes armes, hélas I ce sont les anciennes armes de France, les fleurs de lis sans nombre, mais sur un fond de gueules.
Elles furent données par Saint - Louis à Geoffroy V de Chateaubriand, en récompense de sa valeur au combat de la Massoure (Mansourah 1250.)
Nous portions auparavant des pommes de pin, et notre devise était : Je sème l'or. Notre devise est maintenant : Mon sang teint les bannières de France .
On ajoute, en parlant de ce même Geoffroi : Partout où l'on voyait apparaître ce troisième des neuf barons, Pairs de Bretagne, qualifiés princes sur les monuments du XVe siècle , partout son écu de gueules semé de pommes de pin d'or portait la terreur dans les rangs ennemis.
Si bien que la nouvelle de la mort du haut
baron se répandit avec le bruit de ses exploits, tant il était peu croyable qu'il n'eût pas succombé après de si terribles faits d'armes. Cette sinistre nouvelle arriva jusqu'en Bretagne et franchit les murs du castel du preux, le deuil était dans le noble donjon. Mais tout à coup on apprend que le loyal baron revient, les sentinelles voient arriver un gros de cavaliers ; elles distinguent un guerrier qui a toutes les allures de leur seigneur, c'est lui, et cependant son écu, au lieu de pommes de pin, porte semé des fleurs de lis de France. Cela n'arrête pas la dame de Chateaubriand, elle a reconnu le baron, elle descend dans la cour d'honneur , pleine d'une joie immense, ardente ; elle se jette dans les bras de son noble époux et meurt de saisissement. (J. Pautet. Manuel du Blazon.)
Les archives de La Montagne ont des titres du XIVe siècle et surtout de précieux terriers de 1423 et de 1696. On garde dans la bibliothèque les médailles et autres objets antiques recueillis aux sources thermales.
Cette grande terre appartint successivement aux sires de Chatillon-en-Bazois , issus des comtes de Nevers (Xe siècle) aux maisons de Toulongeon, de Grandrye, de Chandon , de
Sayve, de Genoud.... Ces derniers la vendirent aux Sallonnier dans les premières années du XVIII siècle.
Saint-Honoré a deux foires considérables, le 15 mai et le 15 novembre de chaque année ; jadis elles se tenaient autour de la halle seigneuriale, dans le champ le plus rapproché du château, au nord. La première fut accordée par Henri II en 1556 et la seconde par Henri IV en 1598. Tout marchand forain ouvrant loge ou estai, devait au Seigneur un gâteau d'hommage.
La féodalité a vécu, mais on voit encore aux foires de Saint-Honoré des milliers de gâteaux. Un morvandeau de la bonne roche n'aurait pas la conscience tranquille , s'il rentrait au logis sans rapporter portion congrue de cette galette traditionnelle.