Sub Valente boïas tulcrant. Pallad., (liai., p. G
•4. In comitatum venire ubi divina manu ad curam potentium agendam, Joannes collocatus orat episcopns. Pallad., dial., p. 23.
Longs-Frères, car Dioscore était retenu par le devoir dans son évêché, ils envoyèrent un lointain adieu à leurs chères montagnes, à ces sables torrides et à ce ciel d'airain qui avaient pour eux tous les enchantements de la patrie.
Ils partaient sans argent, sans vivres-, la charité les soutint en route, et ils trouvèrent du secours jusque dans le désert. Entrés en Palestine, ils virent les fidèles accourir à leur rencontre avec des provisions et de l'argent; mais les évêques se montrèrent moins compatissants. Beaucoup leur refusaient un simple séjour dans leur diocèse, leur enjoignant avec dureté de passer outre. Ces malheureux en ellet avaient été devancés sur toute leur route par une encyclique de Théophile, qui les dénonçait comme des hérétiques excommuniés, et prévenait les évêques de ne point communiquer avec eux ; or on connaissait le caractère implacable du patriarche d'Alexandrie, et, même en dehors de sa juridiction, la plupart des évêques jugeaient prudent d'éviter toute querelle avec lui. Celui de Jérusalem, Jean, fut le meilleur de tous. Soit qu'il conservât un vieux levain d'origénisme, malgré sa réconciliation avec Jérôme* et le brusque changement de Théophile, soit que la bonne réputation d'Ammonius et de ses frères le disposât favorablement, il reçut les fugitifs à
i. Voir Saint Jérôme, t. I, p. 391 et suiv.
ET LIMFEUATRICE EUDOXIE. 129
bras ouverls. Ce bon accueil les toucha tellement qu'ils lui demandèrent la permission de s'établir au moins pour quelque temps dans le canton de Scythopolis, où ils trouveraient des palmiers en assez grande abondance pour y travailler et vivre à l'aise du produit de leurs nattes ^ Jean allait consentir, lorsqu'arriva d'Alexandrie une lettre qui refroidit ses bonnes intentions; elle était du patriarche et portait ces mots : « Tu ne devais pas, contre ma volonté, recevoir dans ta ville les moines de Nitrie, car je les ai chassés pour leurs crimes. Toutefois, si tu ne Tas fait que par ignorance, je te le pardonne. Aie soin désormais de ne plus communiquer avec des gens que j'ai excommuniés, et garde-toi de leur accorder ni fonctions ecclésiastiques, ni lieu de résidence dans ta juridiction-. »
(( Si Théophile ne se disait pas Dieu dans son insolent monitoire, observe à ce sujet l'auteur contemporain qui nous a transmis cette lettre, assurément il s'imaginait bien l'être pour oser s'exprimer ainsi ^ » La lettre d'ailleurs n'était pas destinée qu'au seul Jean de Jérusalem ; c'était une circulaire à tous les évoques de Palestine qui s'étaient montrés quelque peu charitables
1. Perrexenint Scythopolim, commodum sibi ejus loco domicilium fore arbitrati, ob copiam palmarum quarum foliis ad connecta monachoruni opéra utel)antiir. Sozom., vni, 13.
2. Ira succensus Theophilus, litteras exarat ad episcopos Palestinae non oportebat, inquiens, vos prseter voluntatem meam in civitates vestras bos recipere : sed quoniam ignari id fecistis, vobis ignosco. In posterum cavete ne illos aut in ecclesiasticHm aut in privatum lociini admittatis. Pallad., dial., p. 2ii.
3. Dcuin esse se non dicens, sed prœ immodica arrogantia imaginans. Pallad., ibid.
et hospitaliers envers les exilés d'Egypte. Cette persécution sous toutes les formes s'appelait dans le langage des amis de Théophile « la chasse aux basilics. »
La Palestine était donc fermée aux Longs-Frères et à leurs compagnons ; la Syrie le devait être également, tant on craignait tout froissement avec ce dangereux voisin. Convaincus de leur malheureux sort, ils n'eurent plus qu'un désir, celui de gagner au plus tôt Constantinople, et de se mettre sous la protection d'un évêque aussi puissant que Chrysostome. Un des ports de la côte, Césarée ou Joppé, leur fournit le navire dont ils avaient besoin, et ils arrivèrent sans encombre dans la ville impériale, où. leur apparition causa une certaine surprise. Sans doute on voyait fréquemment dans la grande cité byzantine, rendez-vous de toutes les curiosités orientales, des moines de tous costumes et de toute nation: arabes, syriens, cappadociens, persans; mais ceux des solitudes d'Egypte étaient rares, et l'on parlait de Nitrie et de Scété comme d'un pays presque fabuleux ^ La vue de ces moines était une nouveauté, leur costume aussi frappa singulièrement les regards. Ils avaient les jambes et les bras nus, et portaient pour tout vêtement ces peaux d'agneaux du désert, à la toison fine et blanche, qu'on appelait melolê ^ De quatrevingts qu'ils étaient partis d'Egypte, ils n'étaient plus maintenant que cinquante, la fatigue et la misère ayant