Repente monasteria noctu invadit. Ibid
-*. Prasdatur montem, monachorum reculas militibus prœdam addicens... expilatiscellulis... Ibid.
ET L'IMPÉRATRICE EUDOXTE, 125
d'abbés parvinrent à se sauver. Les Longs-Frères babitaient en debors des clôtures conventuelles une petite maison divisée en cellules; des âmes compatissantes les en vinrent tirer pour les descendre avec des cordes au fond d'une citerne dont l'orifice fut masqué avec des pièces de bois et des nattes ^ Quand le soleil se leva sur cette ville du Seigneur, séjour naguère de la méditation et de la paix, il n'éclairait plus que des décombres. « Un sanglier cruel, nous dit le narrateur contemporain , avait ravagé la vigne féconde du Christ-. »
Le désir ardent du patriarcbe était de s'emparer des Longs-Frères, dont la capture devait être le trophée de sa victoire, et il entra dans une vraie fureur en apprenant qu'ils avaient échappé. Se faisant conduire près de leur cabane, il la fit fouiller de fond en comble sous ses yeux. Tout y fut mis en pièces par les soldats, qui brisèrent jusqu'aux grabats. On perça les murs à coups de levier, on effondra le toit, on creusa le sol pour s'assurer qu'il n'existait point quelque part une retraite cachée. Un jeune serviteur, laissé par les frères à la garde de la maison, assistait à ce spectacle, muet et épouvanté. La colère de Théophile gagna enfin les assaillants, trompés dans leurs recherches; ils se vengèrent de leur déconvenue en entassant au milieu de la cabane des monceaux de sarments auxquels ils mirent le feu. Tout fut dévoré par les flammes, l'enfant luimême y périt. Parmi les objets consumés se trouvaient
1. Très illos in puteum de-miserant, imposita ori putei storea. Pallad,, diaL, p. 23.
-. Apnr feriis fecimdissimap viti invidit. Ibid., p. 24.
une bibliothèque de livres sacrés et profanes, trésor et orgueil de ces bons moines, et aussi un morceau de la sainte eucharistie, que, suivant l'usage de la primitive Église, ils gardaient chez eux pour la sanctification de leur demeure ; de tout cela, il ne resta que des cendres ^ L'histoire raconte que le patriarche, non content de participer par la vue à cette exécution sauvage, en avait lui-même donné le signal, et qu'il ne partit qu'après avoir vu s'éteindre les dernières lueurs de l'incendie.
Les moines fugitifs, que les Longs-Frères parvinrent à réjoindre, se réunirent au nombre de trois cents, abbés, prêtres, diacres ou simples moines, dans un lieu reculé du désert^ où ils eurent d'abord l'idée de s'établir; mais, apprenant qu'une seconde expédition allait être dirigée contre eux, ils se décidèrent à fuir cette Egypte qui ne leur offrirait plus désormais ni paix ni trêve. Leur projet fut de se rendre en Syrie, hors de la juridiction de Théophile, et de là où Dieu les conduirait. Fixant leur rendez-vous à l'occident de la mer Rouge, sur les confins de la Palestine, ils se dispersèrent encore une fois, et chacun gagna comme il put le lieu de ralliement à travers la vallée du Nil. Pendant ce temps-là, un synode d'évêques complaisants, assemblé par Théophile dans Alexandrie, les condamnait
1. Cum autern eos non invenisset, eorum cellulas sarmentis incendit, combiistis una libris omnibus veteris ac novi Testamenti, aliisque optimis codicibus et pucro une, sicut oculati testes dixere, et sacra Eucharistia. Pallad., dial., p. 23.
2. Cum iis egressi sunt praeter presbytères et diaconos illius montis trecenti optimorum monachorum; alii vero pcr di versa loca dispersi sunt. Pallad., ut sup.
comme hérétiques et rebelles d'après une formule dictée par le patriarche lui-même et suivie de l'excommunication ^ Quand ces infortunés atteignirent le lieu du rendez-vous, de trois cents qu'ils étaient partis, ils ne se retrouvèrent plus que quatre-vingts^; le découragement, la misère, la fatigue, l'incertitude de l'avenir, avaient arrêté les autres dans leur route. Ceux qui restaient étaient pour la plupart de vieux confesseurs à l'épreuve des défaillances et de la douleur, quelquesuns même étaient octogénaires, et leurs corps, marqués des stigmates de la persécution arienne qu'ils avaient subie sous Valons*, témoignaient de leur saint courage. C'était là leur orgueil entre eux et leur titre devant le monde. Les uns étalaient sur leurs poitrines les cicatrices du fer et du feu, les, autres l'empreinte des tenailles sur leurs membres, et ceux qui ne portaient pas ces traces glorieuses des combats de la foi portaient celles des austérités. Ayant tenu conseil, ils résolurent de se rendre d'abord à Jérusalem, où ils prendraient un peu de repos, et ensuite à Constantinople, où ils comptaient obtenir (les pauvres gens n'en doutaient pas) justice de l'empereur et protection de l'archevêque Jean Chrysostome*. Partis ainsi pleins de confiance sous la conduite d'Isidore et de trois des
1. Adversus monachos cogit concilium, neque ad defensionem vocatis ipsis, nec facta illis dicendi potestate... excommunicat, prsetextans dogmatum perversitatem... eos quoque non puduit appellare praestigiatores. Pallad., dial., p. 22.
2. Sequebautur illos virl circiter octoginta. Sozom., viii, 13.