Act. synod. ad Querc
au faubourg de l'Hebdomon, les moines de Nitrie s'y rendirent, les Longs-Frères à leur tête, et se tinrent rangés en bon ordre sur le passage de l'impératrice ^ Eudoxie arriva, entourée de gardes et assise dans son char impérial. La vue de cette troupe de moines suppliants lui causa un instant de surprise ; puis, les reconnaissant à l'élrangeté de leur costume, non moins qu'à la haute taille de leurs chefs, elle s'avança hors de sa voiture et fit signe aux Longs-Frères qu'elle désirait leur parler"-. Quand ils furent proche, elle leur dit : «Donnez-moi votre bénédiction, mes frères, et priez pour moi, pour mes enfants, pour l'empereur et aussi pour l'empire. Je sais quelles sont vos demandes, et il ne dépendra pas de moi qu'un synode ne soit convoqué au plus tôt pour vous donner la satisfaction que vous méritez. Je veux en outre que votre patriarche soit mandé ici pour y répondre du mal qu'il vous a fait^ » Les Longs-Frères et leurs compagnons se retirèrent le cœur joyeux. Un grand pas était fait. Eudoxie prenait enmain l'intérêt des persécutés de Nitrie, et elle se précipita dans cette affaire avec la résolution d'une femme qui n'entreprend pas en vain. Quelques jours à peine s'écoulèrent depuis l'entrevue de l'Hebdomon, et déjà
i. Cuinque libelles obtulissent Augustis, imperatricem adeunt in martyrio saacti Joannis. Pallad., dial,, p. 25.
2. Extra impériale vehiculum prospiciens capite inclinato... Sozom., VIII, 13.
3. Benedicite, inquiens, et orate pro imperatore, et pro me ac liberis meis, et pro imperio. Ego dabo operam ut synodus brevi convocetur etTheophilus hue veniat. Sozom., ibid. — Ut Theophilus volens nolens exhibitus per magistrum causam diceret. Pallad., dial., p. ib.
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tous les délais résultant des formalités étaient levés. Le décret de convocation d'un synode était signé par l'empereur, l'ordre d'instruire en calomnie contre les envoyés égyptiens était signifié aux juges, Théophile lui-même était cité à comparaître, et ce qui prouvait l'ardeur d'Eudoxie à servir cette cause qu'elle avait faite sienne, c'est qu'elle dépêcha un de ses officiers nommé Élaphius pour remettre en main propre au patriarche, dans sa ville d'Alexandrie, la double citation qui l'appelait à comparaître devant le futur concile et devant l'empereur^
L'apparition d'Élaphius et ce retour subit des choses, qui faisait du patriarche un accusé, de ses excommuniés des accusateurs, frappèrent Théophile comme d'un coup de foudre. Il n'y voulut voir qu'une manœuvre habile de Chrysostome et la revanche des dédains insolents avec lesquels avait été repoussée sa proposition de concorde. Il sut pourtant contenir sa colère. « Théophile se taisait, dit un contemporain, mais son silence était sinistre. » Élaphius, reçu avec tout le respect dû à celle qui l'envoyait et à la mission dont il était chargé, n'obtint pourtant rien de définitif. Le patriarche prétexta les devoirs de son ministère et d'autres raisons encore pour ne point partir sur-le-champ, mais il promit solennellement d'être à Constantinople dans un court délai. Ce fut tout ce qu'Élaphius put rapporter à sa maîtresse. Théophile en efifet, sous le coup de la surprise et du danger, avait besoin de se recueillir, il
1. Alexandriam missus est Klaphius, ut Theophilum adduceret : leliqua responsi imperialis prsefecti exsequuntur. Pallad., dial., p. 25.
avait besoin de dresser des machinations nouvelles contre ce qu'il croyait une machination de son rivai : pour cela, il lui fallait du temps, et il se mit à l'œuvre aussitôt. Se sauver lui-môme, rentrer dans les bonnes grâces de l'empereur et perdre Chrysostome, voilà le problème dont la solution absorbait son esprits Quant aux Longs- Frères, il y songeait à peine, leur importance disparaissant devant la grande lutte qui allait s'ouvrir entre les deux premiers prélats de l'Orient. A force d'y rêver, il lui sembla que le moyen le plus expéditif et le plus sûr d'accabler son ennemi était de lui jeter en face quelque homme de grande autorité dans l'Église en matière de discipline et de dogme, qui vînt, au nom des lois disciplinaires violées, lui demander compte de la protection dont il couvrait contre un évêque et un concile des excommuniés, lui demander compte aussi, au nom de la foi orthodoxe, de sa foi, à lui, qui avait communiqué avec ces hommes. La question de l'origénisme se glissait alors dans l'affaire avec tout son venin ; l'archevêque était poursuivi comme hérétique en même temps que les Longs- Frères, et Théophile, une fois les choses engagées, paraissait pour saisir son adversaire corps à corps. Telle fut la combinaison infernale à laquelle il s'arrêta ; toutefois il fallait trouver cet homme influent, honnête, qui à son insu mettrait son autorité, sa science théologique et son zèle au service des passions d'aulrui : Théophile crut
1. Venim in intimo pectoris rccessu occultansacmoliens... cogitare cœpit qua ratione Joannem eprecopatu deficere possct. Sozom., viii, ^'*- — Qiiamobrem Tlieophilus totus ia hoccœpt incumbere .. ut Joannem episcopali sede dcficeret. Socr., vi, 8,
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l'avoir trouvé dans la personne de son ancien adversaire, le vénérable Épiphane, évoque de Salainine en Chypre.
Épiphane, dont j'ai parlé longuement dans un autre de mes récits à propos de ces mômes querelles de l'origénisme, qu'il fut un des premiers à soulever*, Épiphane ne comptait pas alors moins de quatre-vingts ans. Ce vieillard avait eu ses jours d'héroïsme, lorsque, consumant sa fortune et sa vie à la recherche des hérésies, bravant la faim, la soif, les mauvais traitements des hommes, pour étudier jusqu'au fond des déserts de l'Arabie les déviations de la foi clirétienne, il avait tenu d'une main ferme la chaîne des traditions apostoliques, si fréquemment ébranlée en Orient par l'imagination et la fantaisie; mais, au moment où Théophile jetait son dévolu sur lui pour en faire un instrument de haine et de discorde, Épiphane n'était plus que l'ombre de lui-môme. L'âge, sans diminuer son activité, avait atïaibli son intelligence. Un esprit pétulant, brouillon, tracassier, remplaçait en lui celte âme généreuse, dévorée jadis du pur zèle de la maison de Dieu. Ébloui par sa propre gloire, enivré de ses succès près des conciles, dont il avait dicté si souvent les décrets, il avait fini par croire à sa propre infaillibilité, et par se faire, vis-à-vis de ses collègues les évoques