‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 33 sur 93 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Théophile arrive par terre à Chalcédoine. — Cyrinus blessé au pioti pai Maruthas. — Entrée triomphale do Théopliile à Constantinoplc. — Population égyptienne dans cette ville. — Théophile refuse de voir l'archevêque et "va loger au palais de Placidie. — Chrysostome mis en accusation sous l'inspiration de Théophile. — Synode du Chêne présidé par celui-ci. — Chrysostome cité refuse de comparaître. — Contre-Synode à l'archevêché ; scènes de violence à Constantinople et à Chalcédoine. — Libelles d'accusation contre Chrysostome ; il est déposé sans être entendu. — Les Longs-F'rères se soumettent à Théophile. — Mort de Dioscore et d'Ammoiîius. — Troubles dans toute la ville; Sévérien est chassé; le peuple veut jeter Théophile à la mer. — Exil de Chrysostome en Bithynie. — Tremblement de torre à Constantinople; frayeur de l'impératrice; elle rappelle l'exilé. — Rentrée de Chrysostome à Constantinople. — Il est porté par le peuple dans son église. — Son discours, sa réconciliation avec l'impératrice,

Le but de Théophile en choisissant la route de terre pour gagner Constantinople était d'endoctriner au passage les évéques des provinces qu'il devait traverser, et il ne cachait pas le but de son voyage. « Je vais à la cour, disait-il, pour déposer l'archevêque Jean*. » Dans l'Asie proconsulaire, il se mit en rapport avec les églises encore agitées par les exécutions de Chrysostome. Les mécontents accouraient à lui, réclamant les uns leurs privilèges électoraux méconnus, les autres leurs sièges ravis sans jugement canonique, et l'évéque

1. Ssepius dixit et Alexandrite et in Syria : In comitatuni proficiscor ut Joannem deponam. Pallad., dial., p. 29.

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chassé de INicomédie, le magicien Gérontius, ne manqua pas d'apporter ses liaines habiles dans ce concours de toutes les rancunes et de toutes les vengeances contre l'archevêque. Ainsi la face des choses avait brusquement changé. Pour un tiers des églises d'Asie, Théophile devenait un réparateur ; il prenait le rôle d'un second justicier, qui, avec l'aide du futur concile, casserait les illégalités du premier et rendrait force aux lois disciplinaires foulées aux pieds. Ses vingthuit évêques d'Egypte l'attendaient à Chalcédoine, où il les rejoignit ^ L'évêque de la ville, Égyptien de naissance, les avait reçus comme des frères et attendait aussi le patriarche avec des sentiments qui étaient plutôt ceux d'un subordonné que d'un collègue-. C'était ce même Cyrinus qui avait accompagné en 401 Ghrysoslome dans le fatal voyage d'Éphèse, et qui était devenu tout à coup son ennemi, soit flatterie pour Théophile, soit ressentiment de quelque déconvenue personnelle. Nul maintenant ne tenait sur le métropolilain de Constantinople un langage plus amer; il ne l'appelait que le superbe, l'opiniâtre, l'impie'. Comme l'époque du concile approchait (on était alors au milieu de juin, et le concile devait s'ouvrir le mois suivani), les évêques des provinces à l'orient de Chalcédoine ou ceux qui craignaient une longue navigation venaient s'embarquer dans cette ville, où le Bos-

1. Jamquc aderant ex .-Egypto navcs quas Theophilus exspectabat *t Chalcedoncm appulerant. Sozom., viii, IG.

2. Erat eo tempore Chalcedoiiis episcopus Cyrinus quidam, génère ^Egyptius. Socr., vi, 15.

3. Apud episcopos multa contra Joannem blaterabat, impium illuin et arrogantem et inexorabiiem vocans. Socr., vi, 15.

phore atteint sa moindre largeur. Il en arrivait d'Arménie, de Perse, de Mésopotamie, des diocèses méditerranéens de la Plirygie. Ceux qui semblaient de bonne volonté étaient retenus par Cyrinus, et Théophile les attirait à des conciliabules dont ses Égyptiens formaient le noyau. Il paraît qu'on y discutait avec une grande vivacité, principalement Cyrinus, dont le caractère irascible et violent rappelait les hommes de son pays. Dans une de ces discussions , un demi-Persan nommé Maruthas, évoque de Mésopotamie, lui marcha sur le pied par mégarde. L'allure de cette espèce de barbare, qui vivait sur les confins delà Babylonie, devait être bien lourde, ou sa sandale bien ferrée, car son pied écrasa celui de Cyrinus à tel point que la gangrène s'y mit et qu'on fut obligé plus tard de couper la jambe au patient ^ Cet accident contraria beaucoup Théophile, qui comptait sur l'évêque de Chalcédoine, cabaleur hardi, tel qu'il lui en fallait pour entraîner des gens incertains ou timorés, car beaucoup de ceux à qui on s'adressait refusaient de prendre des engagements d'avance. A son grand regret, il ne put l'amènera Constantinople"-.

Ce fut un jeudi à la sixième heure du jour, c'està-dire vers midi^ que Théophile, donnant le signal

1. Maruthas ortus ex Mesopotamia qui una cum episcopis illis aderat, forte alterum ejus pedem calcavit; unde affectas dolore... Constantinopolim trajicere non potuit... postea vero ex eo vulncre maie habuit. Sozom., viii, 14.

2. Eo vulnere graviter affcctus Constantinopolim una cum reliquis episcopis transfretare non potuit. Socr., vi, 15. — Licet ad struendas Joanni insidias admodum necessarius videretur. Sozom., viii, id,

3. Sexta hora, quiuta Sabbati, Constantinopolim vcuit, nantis circumplaudentibus. Pallad,, dial., p. 26.

aux rameurs, franchit le Bosphore avec ses vingt-huit sulTraganls. Il prit terre, suivant toute apparence, dans le port particulièrement destiné aux navires venant de Chalcédoine, et que pour cette raison on appelait 163 échelles chalcédoniennes^ Toute la flottille égyptienne s'était décorée pour le recevoir ; le petit peuple égyptien de l'annone se trouvait rangé en bon ordre autour du port, de sorte que le patriarche, en abordant la métropole de l'empire, eut une entrée presque souveraine-. Avec son cortège d'évêques et son armée d'Égyptiens, il se mit en marche à travers la ville pour gagner le quartier de Pérasma, où l'empereur mettait à sa disposition un des palais impériaux, appelé le palais de Placidie^ Ce quartier de Pérasma, qui porte aujourd'hui le nom de Péra, était séparé de la ville proprement dite par le golfe de Géras ou de la Corne, lequel formait déjà le grand port, et des barques nombreuses, amarrées sur les deux rives, servaient de communication jour et nuit d'un quartier à l'autre. Pour aller des échelles chalcédoniennes à Péra et au palais de Placidie, où Théophile devait loger, il fallait passer devant la basilique épiscopale, à laquelle l'archevêché était attenant. Ghrysostome y attendait Théophile pour l'invitera descendre chez lui; mais celui-ci

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