‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 34 sur 93 · C f. C. p. topog. Auct. Petro Gyllio · texte numérisé non relu

C f. C. p. topog. Auct. Petro Gyllio

2. NautaBAlexaudri ni, quorum frumentariae naves tum forte aderant, obviam progressi, faustis illum acclamationibus excepere. Socr., vi, 15. — Nautîe Alcxandrini, in ununi collecti, eum gaudio et faustis acclamationibus exceperunt. Sozom., viii, 17.

3. In quamdam imperialem domum quœ Placidiana appollatur divertit. Socr., VI, 15. — Imperialem domum, in qua ipsi diversorium fuerat praeparatum. Sozom., vm, 17.

s'excusa. Il n'entra pas même à l'église pour y faire un acte d'action de grâces, comme il convenait à un évêque, et comme c'était la coutume*. Poursuivant sa route dédaigneusement, il alla s'installer avec sa suite au palais impérial préparé pour lui. La conduite qu'il tint ce jour-là fut sa règle pour les jours suivans. Il repoussa toutes les invitations de l'archevêque, il refusa même de le voir et de communiquer ecclésiastiquement avec lui. « Ceci, disait ChrysostomeofTensé, et qui voulait à toute force une explication, ceci n'est-il pas une déclaration de guerre faite à un évêque aux portes de son église? N'est-ce pas le prélude d'une bataille et un grand scandale pour toute une ville ^ » Le navire qui avait amené d'Alexandrie les vingthuit sufTragants du patriarche était porteur d'une assez forte cargaison de tissus précieux de l'Inde, d'aromates et de parfums de l'Arabie destinés à ses libéralités ou à ses corruptions ^ Il en fit la répartition entre les officiers et dames de la cour et les matrones de la ville dont il pouvait avoir besoin, y joignant, suivant ses habitudes, de bonnes sommes d'argent données à propos. Il s'acquit ainsi beaucoup de faveur dans la

\. Ecclesiam non adiit juxta morem bacteuus observatum, ncquo nobiscum congressus est, ncc participes nos sermonis fecit, non pn;cum, non communionis... Chrys. , Epist. ad Pap. Innoc; Pallad., (liai., p. 15.

2. Attamen facientes id quod nosmetipsos decebat, et assidue ipsuni adliortantes ut congrcderetur nobiscum et diceret qua de causa ab iiiitio tantum bellum accendisset, tantœque civitati excitassct scandahim. Ciirys., ibid.

3. Advenit Theophilus veluti scarabeus fimo onustus pulclicnimarum rerum quae in Egypte sunt et in ipsa India, suavissiniuni odorem pro fœtida invidia spargens. Pallad., dial., p. 26.

haute société de Gonstantinople. Au palais de Placidie, il menait le train d'un prince ou d'un consul : sa porte était ouverte, sa tal)le dressée à tout venant, et « il réunissait en des repas splendides, » nous dit un contemporain, les hommes importants, ecclésiastiques ou laïques, qu'il savait ennemis de l'archevêque ^ C'est là que se recueillait et se combinait avec un art pervers tout ce qui, vrai ou faux, pouvait servir à la fabrication d'un procès en règle. Deux diacres dont il a été parlé, ecclésiastiques indignes chassés de l'égUsc de Constantinople, l'un pour adultère, l'autre pour homicide, avaient un accès libre près du patriarche, et l'histoire nous les signale comme les instruments les plus actifs de ses machinations-. Théophile n'avait pas manqué non plus de se Uer avec Eugraphie, dont il fréquentait assidûment la maison. Il y avait donc à Constantinople deux conciliabules en permanence contre Chrysostome, l'un au palais de Placidie pour les intrigues courantes et la réunion des évoques étrangers, l'autre chez Eugraphie pour la direction supérieure du complot. Ce dernier, où siégeaient S(!vérien de Cabales et ses acolytes Antiochus de Ptolémaïs et Acacius de Bérée, correspondait avec la cour quant aux moyens d'exécution ^ L'impé-

1. Partiin largitiono auri... partim lautioribus epulis gnla; dedilos sil)i mancipans, partim blanditiis et spe majoris dignitatis, siii similcs impostorcs e clcricis in suas partes addiicens. Pallad., dial., p. 2G.

2. Diaconi duo a Joanne episcopo ejecti... ob enormia sceleia... Tluîopbilus persuadai illis ut libelles adversus Joannem dent. Pallad., (liai., ibid.

3. Coit in îBdibus Eagraphiae curi) Severiano, Antiocho, Acacio et Kîliquis Joanni infensis. Pallad., lor. cit.

ratrice, plus implacable que jamais, en était l'âme.

Un sentiment honnête ou un remords d'Arcadias faillit troubler la quiétude des conspirateurs. La poursuite des Longs-Frères contre leurs calomniateurs, protégée dans le principe par Eudoxie elle-même, avait eu une issue favorable devant le tribunal du prétoire. L'évêque et les quatre abbés dénonciateurs des moines de Nitrie, voyant qu'il s'agissait pour eux d'une condamnation capitale, car ils avaient accusé Ammonius et ses compagnons d'un crime capital, le crime de magie mêlé à celui de lèse-majesté, effrayés d'ailleurs des dispositions de l'impératrice à leur égard, avaient fini par tout confesser. Ils avaient avoué que les faits étaient faux ou du moins qu'ils les ignoraient, que la requête n'était pas rédigée par eux, et que dans toute cette affaire ils n'avaient été que les serviteurs obéissants de leur patriarche. D'après leur aveu, ils furent déclarés coupables et condamnés à la peine de mort. Ces choses se passaient pendant le voyage de Théophile et avant qu'Eudoxie fût entrée en recrudescence d'animosité contre Chrysostome.

Informé de tout par les officiers du prétoire, l'empereur, dont la conduite du patriarche blessait les sentiments religieux, se montra fort irrité, et à l'arrivée de celui-ci il eut l'idée de le faire traduire pour ces faits devant le futur concile. L'honneur de la religion, pensait-il, exigeait une explication solennelle et, dans le cas où les faits seraient prouvés, un châtiment. Dans cet ordre d'idées et pour l'apaisement de ses scrupules, il manda près de lui Chrysostome, qu'il chargea d'aller interroger Théophile au palais de Pla-

cidie*. Chrysostome déclina l'ordre impérial. « Je ne puis, dit-il respectueusement, eoncourirà faire juger un évêque en dehors des limites de sa province, les canons le défendent-: » puis il montra à l'empereur la lettre par laquelle ce même Théophile , à propos de cette môme affaire des Longs-Frères, contestait l'autorité de tout concile qui ne serait pas égyptien. Quelque intance qu'y pût mettre Arcadius, l'archevêque se renferma dans cette réponse ^ A part la délicatesse de conscience qui pouvait le porter à ne point se faire le juge d'un ennemi déclaré, on se demande quel était ici le vrai motif du refus, car c'était lui qui le premier avait émis l'idée d'un concile à Constantinople pour prononcer entre les moines de Nitrie et leur évêque. Pourquoi combattait-il aujourd'hui cette idée? Est-ce parce qu'il avait rompu avec les Longs-Frères? Est-ce qu'il craignait que des tribunaux ecclésiastiques l'affaire ne passât aux tribunaux séculiers à cause des faits de violence publique et de calomnies, et qu'il reculait devant une participation quelconque à un acte qu'il regardait comme attentatoire à la dignité d'un évêque? Serait-ce enfin que l'attitude hardie et presque triomphante du patriarche l'intimidât, et que, résolu d'attendre ses attaques, il ne voulût pas paraître les

1. Nos in ultcriorem urbis reglonem, ubi degebat, piissimus imperator evocavit, atque causam ejus jussit audii'e, nam et irruptionem et cœdes et alia innumera objiciebant. Ghrys., Epist. ad Pap. Innoc. Pallad., (liai., p. 5.

2. Non oportere judicia extra limites trahi, sed in ipsis proviuciis res provinciales tractandas esse. Id., ibid.

3. Non solum judicium non obiimus, sed vehementissime recusavimus. Id., loc. cit.

ne JEAN CIIRYSOSTO.ME

avoir provoquées? Quoi qu'il en soif, il persista dans sa réponse. Théophile se trouva délivré d'un grand danger, grâce à l'honnêteté de son ennemi, et hientôt Arcadius n'y pensa plus.

Pourtant l'alarme avait été vive au camp dos Alexandrins, comme on les appelait, et la présence des calomniateurs condamnés continuait à embarrasser le patriarche ; il obtint, par l'intervention des officiers de la cour et peut-être par celle d'Augusta, que leur peine fût commuée en celle de la relégation, au moyen de quoi ces liommes compromettants furent éloignés de Constantinople, et pour le moment l'affaire fut calmée K Cependant le peuple de la ville commençait à s'agiter sous l'incilation de mille bruits divers. Des bandes d'artisans, d'ouvriers du port et même de laboureurs de la banlieue se réunissaient dans le voisinage de l'archevêché pour y stationner, comme s'ils eussent craint quelque violence contre leur évêque ; les églises étaient pleines le jour, et le soir des litanies formées spontanément parcouraient avec animation les portiques des places et des rues. C'était la manifestation d'une grande inquiétude publique, et, loin de s'y opposer, Chrysostome engageait ses fidèles à s'y rendre, à chanter, à prier, à opposer en un mot la protection du ciel aux mauvais desseins de la terre. Toutefois il s'abstint d'y paraître en personne. Alarmé de ces mouvements de peuple, Théophile se fit donner par la cour une garde de sûreté sous le nom de garde d'honneur.

1. Post adventiimTlieopliili qui rom pecunia facilem reddiderat, in postrema interrogatione, tanquam culumniatores Pi'oconnesum a judicihus rek'gati suiit. Pallad., (liai., p. 20.

Cette précniilion ne seml)lantpns encore suffisante, on examina dans le conciliabule d'Eugraphie s'il n"y aurait pas danger pour le synode à délibérer sous la main de cette plèbe vouée à l'archevêque, et si la prudence ne conseillait pas de le transférer hors de Gonsfantinople. L'évêque de Cabales savait par expérience ce que valait le peuple byzantin quand il croyait son idole menacée, et il put en donner son avis. On pouvait craindre encore que cette attitude de toute la ville n'influât sur les évêques étrangers, qui ne montraient pas au reste grand empressement à seconder les intrigues de la cour. Bref, tout le monde tomba d'accord, et on décida que l'empereur serait prié de transférer le sjnode dans un autre lieu. Quel serait ce lieu? Ce fut l'objet d'une seconde délibération. Quelques-uns ayant proposé Chalcédoine, Théophile appuya ce choix à cause de l'évêque Cyrinus, que sa blessure empêchait de siéger à Constantinople, et qui serait d'un puissant secours au milieu des siens, dans sa propre église. Un motif de légalité militait aussi en faveur de Chalcédoine, c'est que, cette ville n'étant, à vrai dire, qu'un faubourg de Constantinople, son faubourg au delà du détroit, la tenue du concile sur une rive da Bosphore ou sur l'aulre ne changeait rien à l'esprit ni aux termes mêmes du décret de convocation ; le concile délibérant à Chalcédoine serait toujours celui de Constantinople, et elTeclivement l'histoire lui donne tantôt cette dénomination, tantôt celle du Chêne, canton de la cité de Chalcédoine K Les choses

1. Concilium ad Quercufti, concilium Constantinopolitaniim. Cf. 'rillemont, Mém. eccL, t. XI, p. 197.

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ainsi réglées, on se posa une troisième question qui n'était pas sans importance. L'arclievéque voudrait-il comparaître hors de son église? car, si matériellement la ville de Ghalcédoine n'était qu'un faubourg de Gonstantinople, l'église de Ghalcédoine était parfaitement distincte, et avait son évoque particulier. Ghrysostome consentirait-il à être jugé ailleurs que sur son territoire ecclésiastique? On pouvait en douter. — (( Eh bien! s'il ne le veut pas, s'écria un des assistants avec violence, nous l'y forcerons bien. Nous supplierons l'empereur d'employer son autorité pour mettre le contumace à la disposition du concile ^ » Ge procédé tranchait la difficulté ; le conciliabule applaudit, et les trois résolutions furent adressées à l'empereur, qui les approuva.

Il y avait dans la banlieue de Ghalcédoine, au faubourg du Ghône, un palais appelé de ce nom et célèbre dans tout l'Orient pour sa magnificence. G'était la résidence d'été que s'était bâtie du fruit de ses pillages publics et privés, dix ou douze années auparavant, le trop fameux préfet du prétoire Rufin^ ce qui faisait que le palais était appelé aussi Ruflana ou Rufiniana, la villa rufmienne. L'or, les pierreries, les marbres rares,

1. Congregati autera qua^rebant quomodo judicium ordirentur. TJnus vero ox iis qui aderant suggessit : Joannem vel invitum ad concessum traherent. Pallad., dial., p. !i!7.

2. Ad Quercum... id suburbanum est Clialcedonis quod nunc ex Rufiiii viri consularis nomine appellatur ; in quo palatium est et ecclesia maxima, quam Ruflnus ipse in honorem Apostolorum Pétri ac Pauli construxerat et Apostolœum ob id cognominarent. Sozom., VIII, 10. — Suburbanum, Chalcedonis quod Quercus dicitur. Sccr., VI, 10.

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les bois précieux de l'Asie, entraienten profusion dans les ameublements et la structure de ce palais : la villa rufinienne passait au v^ siècle pour la merveille des arts». Le fisc impérial s'en étant emparé à la mort du maître, le splendide domaine passa de main en main, toujours admiré, toujours mentionné dans l'histoire, jusqu'au temps de Justinien, où Bélisaire le posséda. C'est dans cette villa, digne des césars, qu'une décision d'Arcadius transféra la tenue du synode. Au palais proprement dit s'adjoignait une grande basilique, VAposlolœum, dédié aux apôtres Pierre et Paul, et dans la piscine duquel Rufin avait été baptisé en û9/i,au milieu d'un grand concours d'évêques, par l'aîné des Longs- Frères, Ammonius, qu'il avait fait venir d'Egypte pour être son père spirituel. Étrange rapprochement des personnes et des choses, c'est là que ce môme Ammonius allait être mandé comme un criminel et qu'il devait mourir ! Un grand monastère relié par ses cloîtres à l'Apostolœum renfermait une congrégation de moines chargés de prier jour et nuit pour le repos de Tâme du ministre dont les rapines avaient désolé le monde^. L'église fut affectée suivant l'usage aux délibérations du synode, et les évêques purent être logés à l'aise dans les vastes cellules du cloître.

Trois semaines s'étaient écoulées depuis l'arrivée de Théophile à Gonstantinople, et l'on était au milieu

i. On peut consulter, sur la magnificence de la villa de Rufin, mes Récits de l'histoire romaine au v*' siècle : Trois Ministres, etc. , p. 21 et 22.

2. Monaclios quoque juxta eam collocavit, qui clericorum in ca ccclesia munus expièrent. Sozom., viii, IG.

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de juillet /(03, lorsqu'il partit avec ses fidèles pour la villa du Chêne. Quatre-vingt-cinq évoques de toutes les provinces de l'empire d'Orient étaient alors présents dans la ville impériale. Sur ce nombre, trentecinq seulement et plus tard quarante-quatre accompagnèrent le patriarche à Chalcédoine; aucun Égyptien n'y manquai Les autres restèrent à Constaniinoplc, dévoués pour la plupart à l'archevêque, mais comptant dans leurs rangs quelques hommes mal sûrs ou indécis. C'est ce que plus tard on appela le parti joaimite, par opposition à celui de Théophile, qui prit le nom de parti alexandrin. Tandis que les alexandrins organisaient avec éclat le concile régulier sous les lambris magnifiques de l'Apostolœum, les joannites se réunirent dans le Iricliniumou salle à manger de l'archevôché sous la présidence de Chrysostome*. On y causait, on y apportait les bruits recueillis dans la ville, on y suivait avec anxiété ce qui se préparait au delà du détroit. Par intervalles, l'archevêque quittait son palais pour passer dans la basilique, où le peuple était toujours assemblé en grand nombre. Il montait à l'ambou, prononçait quelques paroles applicables à la circonstance, puis revenait au tricliniura prendre part aux conversations des évêques.

Trois affaires principales devaient être portées devant le concile du Chêne : 1° la plainte des moines de Nitrie, cause première de la convocation ; 2° celle

1. Pallad., dial., p. G. — Cf. Tillem., Mém. eccL, t. XI, p. 197 et note 66.

2. Eramus quadraginta episcopi cum Joanne episcopo, sedentes ia triclinio episcopii. Pallad., dial., p. 27.

des Asiatiques au sujet des dépositions et ordinations faites dans leurs provinces par Chrysostome en /jOI ; 3" la mise en jugement de l'archevêque pour des crimes de l'ordre ecclésiastique et de l'ordre politique. Dans le classement des causes par l'assemblée préliminaire du concile, il fut convenu que le premier rang appartiendrait à celle de Chrysostome, comme à la plus urgente, le second à la plainte des Longs- Frères, et qu'on renverrait à la fin de la session la poursuite intentée contre Héraclide d'Éphèse, laquelle soulèverait les faits nombreux d'usurpation et d'intrusion reprochés à Chrysostome dans sa campagne d'Asie. L'ordre des affaires ainsi réglé, la session commença.

Les conciles formés en cour de justice criminelle, tels que celui-ci, se modelaient dans leurs règles de procédure sur celles de la justice séculière. L'accusation était introduite par une partie plaignante au nom de laquelle se faisaient les poursuites. L'accusateur devait être présent, proposer ses dires par écrit et s'inscrire solennellement dans les Actes du concile-; se soumettant à la peine du talion s'il ne prouvait pas. S'il prouvait, le coupable devait être condamné suivant la rigueur des canons. Le libelle reçu, l'accusé était cité trois ou quatre fois pour qu'il eût à se défendre. Le refus volontaire et persistant de comparaître, la contumace, était un crime punissable des

dernières peines, à savoir la déposition et l'excommunication. Si l'accusé comparaissait, il était interrogé; on produisait les témoins et les écritures dressées contre lui; enfin les évéques rendaient le jugement. A la déposition et à l'excommunication, dernières peines de la compétence des conciles, ils joignaient parfois l'emprisonnement et le bannissement, ainsi qu'on l'a vu dans le procès des Longs-Frères; mais alors la sentence ne pouvait pas être exécutée par les juges ecclésiastiques, et il y avait, comme disait le droit canonique, imploration au bras séculier. Pareillement" lorsque des crimes entraînant la peine de mort se trouvaient compris parmi ceux dont le concile était saisi, il en renvoyait la connaissance aux juges civils, l'Église ayant horreur du sang. Telle est la trame juridique que nous allons voir se dérouler dans le jugement de Chrysostome.

La session s'ouvrit sous la présidence du patriarche d'Alexandrie, second siège de l'empire d'Orient, l'évêque du premier siège se trouvant accusé. Il ne présida que jusqu'au vote sur Chrysostome : se démit alors et passa la présidence à Paul d'Héraclée, ancien ami, aujourd'hui ennemi mortel de l'archevêque ; ce fut donc Théophile qui dirigea toute l'instruction de l'afTaire, et il le fit de manière à justifier sa douhle réputation d'habilité et de perversité.

Son premier acte fut de mander devant le concile, en vertu de ses pouvoirs, l'archidiacre de l'église de Gonstantinople, nommé Jean^ L'archidiacre, dans les

•1. Porro ille vocat aichidiaconum meuin, magna cum auctoritatc, quasi jam viduu csset ccclesia nec episcopum haberet : per illum

premiers siècles du christianisme, était le principal ministre de l'évêque pour toutes les fonctions extérieures, particulièrement pour l'administration du temporel : il pourvoyait à la décoration de l'église, il avait l'intendance des oblations et des revenus lorsqu'il n'existait pas d'économes spéciaux, ce qui était le cas sous Clirysostome ; il distribuait les émoluments des clercs et joignait à ces attributions importantes des fonctions de police intérieure et de surveillance des mœurs. En un mot , on l'appelait « la main et l'œil de l'évêque. » Or l'archidiacre Jean était un homme haineux, brutal ; l'archevêque l'avait éloigné de son clergé pour avoir maltraité un enfant qui le servait, et l'avait ensuite rappelé par indulgence; mais celui-ci conservait des sévérités de son maître une rancune inextinguible. Théophile le savait, et il l'avait fait venir pour qu'il se portât accusateur dans l'affaire.. C'était chose grave en effet qu'un archidiacre, principal ministre d'un évoque , se portant accusateur contre lui. Guidé par cet homme, il cita également ou comme accusateurs ou comme témoins la plupart des prêtres et des diacres des diverses églises de Gonstantinople, comme si le siège eût été vacant ^ Il en vint un tel nombre que les églises semblaient abandonnées, et que sur beaucoup de points le service divin fut suspendue

clenim omnem in se transtulit. Chrys., Epist. ad Pap. Innocent.; Pallad,, dial., p. 6.

1. Subvertebantur ecclesi8e,cum abducercntur siiigularum clerici, et subornarentur ut adversus nos libelles darent, et ad accusationéni accingcrentur. Cbrys., ibid.

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