‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 44 sur 93 · Combustam rcddidit ecclesiam. Pallad., ditl, p · texte numérisé non relu

Combustam rcddidit ecclesiam. Pallad., ditl, p

2. De hoc uno qiisestionem habendam esse, quod post deposiiionem absque synodi auctoritate, suo ipsius arbitrio, in episcopalem sedem invasissot. Socr., vi, 18.

de pièces que les Égyptiens avaient apportées d'Alexandrie, l'orateur lut à haute voix deux canons d'un concile tenu dans la ville d'Antioche en 3Zil, sous l'empereur Constance. Voici ce qu'ils contenaient :

Quatrième canon. « Tout évoque déposé de son siège, soit justement, soit injustement, par un concile, et qui prendrait sur lui d'y remonter de sa propre autorité sans avoir fait purger sa condamnation par le même concile ou par un autre, et avoir été rappelé par ses juges à ses fonctions épiscopales, sera excommunié, sans qu'il lui soit permis de se justifier, et quiconque l'assisterait dans son intrusion ou communiquerait avec lui sera comme lui exclu de la communion de r Église ^ »

Le cinquième canon ajoutait : « Si un prêtre ou un évêque mis hors de l'Église continue à exciter des (roubles, qu'il soit réprimé par la puissance extérieure comme un séditieux. »

« Or, ajouta l'orateur en poursuivant son discours, que se passera-t-il dans le cas présent? Jean a élé déposé de son siège par le synode du Chêne; il l'a repris de sa pure et seule volonté, subrepticement, sans qu'un jugement d'absolution l'y rappelât, et par ce seul fait il s'est mis hors des lois de l'Église. Que nous demande-t-il maintenant? Il nous demande de se juslifler des crimes qui ont motivé sa déposition, il veut plaider devant nous son innocence et nous prouver qu'il a été condamné injustement; mais qu'il l'ait été

1. Si quis episcopus aut presbj'ter jure aut injuria depositus, per se redeat ad ecclesiam absque synodo, talis non habeat locum defeiisionis, sed absolute expellatur. Pallad., dial., p. 31.

justement ou injustement, cela ne nous regarde pas. Jean a cessé d'être justiciable d'un tribunal religieux; Jean n'est plus évoque ni prêtre, il est excommunié, et nous ne pouvons ni entendre sa défense, ni communiquer avec lui, sans encourir nous-mêmes la peine de l'excommunication : ainsi le veulent les canons que je viens de lire. — Notre marche dès lors est tracée : nous n'avons plus rien à faire dans ce procès que d'invoquer le secours de la puissance séculière pour mettre fin à une usurpation qui trouble et déshonore l'Église; ainsi le prescrivent les mômes canons. »

Tel était le plan d'attaque suggéré par le patriarche d'Alexandrie, plan vraiment diabolique, car, si ce système prévalait dans le concile, Ghrysostome, par son ardeur même à vouloir démontrer son innocence, avait creusé l'abîme où il allait périr. En se déclarant incompétent pour réviser le procès du Chêne, dont la révision d'ailleurs était entourée d'impossibilités, le concile confirmait purement et simplement la condamnation, il y ajoutait môme une pénalité considérable; de simple évêque déposé, Jean devenait un excommunié à qui il était interdit de réclamer son absolution. Théophile, il faut en convenir, s'était montré là digne de luimême; jamais l'esprit du mal n'avait déployé plus de perversité dans la haine.

En entendant la lecture de ces canons ainsi appliqués à la cause de Jean, le concile, à l'exception des initiés, fut frappé d'une véritable stupeur. La plupart des évoques les ignoraient, parce qu'ils n'étaient point entrés dans le corps des lois ecclésiastiques, tel qu'il se composait au iv siècle, et on en verra bientôt la

raison; les autres ne les connaissaient (ju'à titre de docuraents historiques, vaguement et en, dehors de toute pratique, car on ne les appliquait point, ils ne sp trouvaient même pas généralement dans les archiv( des églises, les actes du concile d'Antioche ayant été presque aussitôt après la promulgation rescindés par un autre concile, celui de Sardique-, mais Théophile avait pu se les procurer aisément dans le trésor de l'église d'Alexandrie : ils concernaient en eiïet le plus glorieux de ses prédécesseurs sur ce trône patriarcal, le grand Athanase, l'oracle du concile de Nicée et l'éloquent théologien de la consubstantialilé^ Nous entrerons ici dans quelques détails pour bien l'aire comprendre ce que c'était que ces canons d'Antioche, dans quelles circonstances ils étaient nés, et quelle pouvail en être la valeur qu^md on prétendait les appliquer à Jean Ghrysostome.

Athanase, persécuté sans relâche par les adversaires de sa doctrine, banni par des princes trompés ou ariens eux-mêmes, avait trouvé un appui constant dans l'Église occidentale. Quoique déposé canoniquementen Orient, il avait pu communiquer avec les évêques d'Italie, qui l'avaient traité en évêque. Pour enlever à l'opprimé ce dernier recours, le chef du parti arien, Eusèbe de Nicomédie, passé en 3/i0 au siège de Constantinoph obtint de l'empereur Constance la convocation d'une réunion d'évêques dans la ville d'Antioche à l'occasion d'une dédicace d'église, et sut y entraîner l'emperenr

1. Cum iis misit et quosdam canones quos ad versus beatum Atli:inasium Ariani contlaverant. Pallad., dial., p. 30.

lui-môme, dont il connaissait mieux que personne les prédilections pour l'arianisme. La réunion fut nombreuse et se constitua en concile : elle renfermait environ quatre-vingt-dix évêques, dont trente-six étaient ariens déclarés, et ceux qui ne l'étaient pas obéissaient aux intrigues d'Eusèbe, secondées par l'autorité de l'empereur. Le but réel du concile, compris par tous, était de porter un dernier coup au patriarche d'Alexandrie en l'empêchant de faire appel aux Occidentaux, et de trouver en Italie l'assislance qu'il y avait déjà rencontrée une fois. Le concile donc, après avoir confirmé la déposition d'Alhanase, rendit les canons que nous avons relatés plus haut, lesquels, dans l'opinion d'Eusèbe, devaient intimider les évêques d'Occident, ou créer du moins en Orient une position difficile au patriarche déposé. Pourtant il n'en fut pas ainsi. La cause d'Alhanase était si juste, la méchanceté de ses ennemis si manifeste, que ni le pape ni les évoques occidentaux ne s'arrêtèrent à des menaces d'excommunication : non-seulement ils communiquèrent sans hésiter avec Athanase fugitif, mais un premier concile réuni à Rome, puis un second à Sardique, relevant Athanase de sa déposition, condamnèrent les ariens et rescindèrent les actes d'Antioche. Par conséquent les articles de discipline imaginés par les Pères de ce concile comme une arme contre Athanase restèrent frappés de nullité dans tout l'Occident, et en effet le pape Innocent, soixante ans plus. tard, déclarait publiquement qu'il ne les reconnaissait pas. En Orient même, après la pacification des Troubles d'Alexandrie, lorsque l'pinpereur Constance eut pris sur lui d'y ramener

Athanase, les df^crets cl' Antioclie, rendus précisément pour empocher ce retour, tombèrent en désuétude, et on ne vit que postérieurement les compilateurs des canons disciplinaires y puiser certaines règles bonnes en elles-mêmes et que TÉglise universelle finit par adopter. Telles étaient les raisons qui firent qu'au concile convoqué pour juger Chrysostome la plupart des évoques ignoraient les canons d'Antioche quand on leur en donna lecture; elles expliquent aussi comment ces canons purent devenir l'objet de vives dissidences quand tout le monde les eut connus ^

A cette nouvelle phase dans laquelle entrait son procès, Chrysostome comprit ce qu'avait de vraiment infernal cette habileté de Théophile, qui se servait de son désir même de se justifier pour lui dénier sa justification. Néanmoins il ne se laissa point abattre. Privé du droit de présenter lui-même sa défense en vertu de la prétendue loi invoquée contre lui, il la fit présenter par ses amis du concile, et nous en retrouvons les points principaux dans les Dialogues de Palladius, notre guide le plus sûr pour les événements que nous racontons. Chrysostome n'était pas moins versé que Théophile dans l'histoire des Églises d'Orient, et les traditions de celle d'Antioche, dont il était un des enfants, lui fournirent de quoi émousser ou briser l'arme que Théophile avait aiguisée contre lui. Le plan de sa défense consistait à démontrer d'abord l'invalidité des décrets d'Antioche comme règles de l'Église univoiselle, puis à prouver que, bons ou mauvais, ils ne

i. Cf. Tillem., Mém. ecclés., t. VIII, p. 77 et «^eq.

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s'appliquaient en rien aux incriminations de sa cause.

En premier lieu, Chrysostome prouvait, par les lails de l'histoire, que ces canons étaient ariens : ils émanaient d'une assemblée provoquée, dirigée par le chef des ariens; l'assemblée elle-même délibérait sous les yeux d'un empereur arien fanatique; enfin elle avait pour but non-seulement d'exclure de son siège, mais de frapper de mort ecclésiastique Athanase, le grand docteur de la foi consubstantialiste ^ Si ces preuves d'arianisme ne suffisaient pas pour caractériser le concile d'Antioche, on pouvait ajouter que ce concile, voulant formuler sa foi dans un symbole, n'avait abouti qu'à des déclarations d'une orthodoxie plus que douteuse, remplies d'artifices et de subterfuges ariens, et que l'Église catholique avait rejetées ^ Eh bien , c'étaient les canons de cette assemblée hérétique, dictés paj" sa haine contre Athanase, qu'un concile catholique viendrait invoquer maintenant contre un évêque catholique dans une affaire qui ne touchait point au dogme! N'y aurait- il pas là quelque chose d'étrange, de révoltant, une iniquité contre laquelle Chrysostome avait le devoir de protester ?

En second lieu, et en admettant la validité des canons d'Antioche, ils n'étaient point applicables dans sa cause. De quoi parlaient-ils? D'un évêque déposé

1. Contendebat Joannes non ecclesiœ catholicas, sed arianoruni canonem illum esse : episcopi enim olim Antiochiae congregati ad everteudam consubstantialitatis fidem, prœ odio quo adversus Athanasiura flagrabant, eum canonem condiderant. Socr., vi, 18.

2. Cf. Tillem., Mém. eccl., t. XI, p. 220 et seq., et Fleury, Hist> ecci. — Cf. Baron, cum comment. Pagi, ann. 404, xiv et seq.

par un concile qui serait rentré de sa propre autorité sur son siège, saris y avoir été rétabli canoniquement; mais Clirysostonië n'avait point été déposé, jamais il n'avait cessé d'être évêque. L'assemblée qui avait prétendu le juger à Chalcédoine n'était point un concile, c'était un conciliabule formé de ses adversaires déclarés; les évêques fidèles aux lois de l'Église avaient fait corps avec lui, quarante-deux ne l'avaient point quitté pendant son procès illégitime, et soixante-cinq, en restant dans sa communion après les décrets du conciliabule, avaient protesté contre la validité de ceux-ci. D'ailleurs aucune des règles de la procédure ^ ecclésiastique n'avait été observée dans ce prétendu f jugement. Chrysostome avait eu beau récuser comme '

juges certains personnages, ses ennemis reconnus, ; .... *

ils avaient ete maintenus dans le tribunal; les accusations n'avaient point été discutées, on l'avait condamné sans l'enlendre, et enfin la sentence deiî;déposition ne lui avait point été signifiée. L'archevêque n'avait été informé de toutes ces choses qu'en recevant d'un oftî- ..cicr de l'empereur l'ordre de quitter son église et de partir pour l'exil ; un autre officier impérial était venu l'en tirer le lendemain pour le rendre à son ministère. Quels rapports avaient de pareils faits avec le ■ cas prévu par les canons d'Antioche? Aucun évidemment, et quelle que fût la valeur de ces articles, que d'ailleurs Chrysostome contestait, il n'avait rien à faire avec eux. Quant à cette circonstance que l'évêque Jean aurait sollicité de l'empereur la convocation d'un nouveau concile pour réviser son jugement, si l'on inférait de là qu'il reconnaissait ses premiers '

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juges, on se tromperait. Condamné illégitimement par des évéques ses ennemis, il avait fait un appel régulier à dès évêques ses frères pour protester de son innocence devant eux et devant le monde chrétien, confondre la malice des autres , et effacer jusqu'à l'ombre des souillures qu'on avait essayé d'attaclier à son nom. En résumé, sa défense consistait en trois points : i" les canons d'Antioche étaient des canons hérétiques qu'une assemblée catholique n'avait pas le droit d'invoquer; 2° en tout cas, ces canons ne lui étaient point applicables, car il n'avait point été déposé par un concile; 3° par la demande de convocation du synode actuel, il avait eu pour but non de se faire rendre des pouvoirs qu'il n'avait jamais perdus, mais de venger son innocence calomniée, obéissant ainsi au strict devoir d'un évêque^

Telles étaient l'attaque et la défense. Le débat s'engagea d'abord devant le concile sur la validité des actes d'Antioche, devenus dès lors tout le nœud de l'arfaire. Chaque parti se présenta dans la lice avec ses arguments divers tirés des circonstances historiques du concile, les ennemis de l'archevêque soutenant comme orthodoxes les actes d'une assemblée en majorité catholique, les autres répondant qu'un synode de quatre-vingt-dix membres dans lequel on comptait trente-six hérétiques choisis par le chef de l'hérésie arienjie, un synode sur lequel pesait l'influence passionnée de l'empereur, et qui d'ailleurs avait pour mission de frapper le grand Athanase, ne pouvait être

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