‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 47 sur 93 · Interea venit magni sabbati dies... Pallad., loc. cit · texte numérisé non relu

Interea venit magni sabbati dies... Pallad., loc. cit

A mesure qu'approchait le moment solennel, il s'accusait plus vivement de manquer à un devoir sacré, de déserter la garde de son troupeau, pour lequel le bon pasteur doit donner sa vie, et, afin d'éviter un mal, en assumer sur lui un plus grand peut-être. Il résolut donc, après mûre réflexion, de se trouver le samedi saint dans son église et d'y vaquer aux fonctions épiscopales. Le samedi saint en effet, dès le matin, l'archevêque, rompant sa captivité, se rendit à la basilique, où des milliers de catéchumènes rangés sous le péristyle attendaient l'heure du baptême. A son approche, les cérémonies liturgiques commencèrent. Ses gardiens, à qui la violence était sévèrement interdite, n'avaient pas osé le retenir malgré lui; mais ils coururent au palais prévenir les officiers de l'empereur, qui se montra fort troublé. Le respect dû à la paix de ce grand jour semblait lui défendre l'emploi de la force pour assurer son autorité; il craignait d'ailleurs quelque émotion dans le peuple , qui se pressait vers Sainte- .j Sophie de tous les points de la ville comme de la cam pagne ^ 11 manda donc près de lui Antiochus et Aca cius, les mit en quelques mots au courant de ce qui passait, et ajouta avec véhémence : « Vous voyez comme vous m'avez bien conseillé! Cherchez du moins ce qui me reste à faire ^ » Les évêques confus répliquèrent qu'ils n'avaient rien conseillé que de juste, que Jean n'était plus évêque, n'avait plus le droit d'administrer

1. Caeterum veritus imperator diei sanctimoniam et motum civitatis... Pallàd., dial., p. 33.

2. AccersitAcaciiim et Antioclmm ipsis dicens: Quidfacto est opus? Videte ne non rçcte consulueritis. Pallad., ibid.

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les sacrements, et, insistant sur sa condamnation, ils s'écrièrent : « Nous prenons sa condamnation sur nos têtes^ ! » Les Juifs avaient dit à Pilate, en demandant le crucifiement de Jésus-Christ : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants! » C'était le même sentiment, sinon les mêmes mots. Leur déclaration rassura l'empereur, qui, se croyant déchargé par là de la responsabilité des actes qu'il allait commettre, ordonna qu'on allât sur-le-champ à l'église en arracher de force le prisonnier et le reconduire au domicile épiscopal. Des soldats partirent pour exécuter l'ordre.

La cérémonie cependant avançait dans l'enceinte de Sainte-Sophie. Les exorcismes avaient été prononcés, les huiles et les saintes eaux consacrées; les diacres et les diaconesses se tenaient à leur place , échangeant les vêtements, et les catéchumènes se succédaient par ordre dans les fonts baptismaux \ quand un tumulte effroyable se fit entendre aux portes, et une troupe de soldats, l'épée au poing, envahit l'intérieur de la basilique*. Ils saisirent d'abord l'archevêque, qu'ils traînèrent rudement vers le cloître malgré ses protestations; se divisant ensuite en deux parts, les uns coururent aux baptistères, les autres se dirigèrent par la nef de l'église vers le chœur et les clôtures du saint des saints. Ceux qui entrèrent dans le baptistère des hommes firent évacuer les piscines à coups d'épée, frappant indistinctement les néophytes et les clercs : dans ce conflit, plusieurs furent blessés, « et les eaux

1, Imperator, in caput nostrum sit Joannis depositio. Pallad.,f/m/., p. 33.

de la régénération des hommes, nous dit un des témoins de ces violences, furent rougies de sang humain'. » Dans le baptistère des femmes, la scène fut encore plus lamentable. Ces malheureuses à demi vêtues se dispersèrent çà et là dans l'église, effarées et poussant de grands cris^; on en vit une qui, devenue folle de terreur, se fit jour dans la foule et s'enfuit toute nue à travers les rues de la ville. Les soldats qui s'étaient dirigés vers le chœur forcèrent les portes du sanctuaire et y commirent des profanations dont le souvenir indignait encore, un demi-siècle après, les auteurs ecclésiastiques qui nous les ont racontées. Beaucoup de ces grossiers soldats étaient païens : ils portèrent une main impie sur les saintes espèces, et le sang de l'eucharistie fut répandu sur leurs vêtements ^ « Je me tais, s'écrie à ce sujet l'historien Sozomène, pour ne point révéler ici aux infidèles ce qu'il y a de plus redoutable dans nos mystères *. » Les caté-

1. Cruore baptisterium replebatur atque ab hujusmodi vulneribus sacri latices colore immutato in ruborem transibant. Chrys., Epist. ad Pap. Innoc.

'2. Mulieres quse intra ecclesiara, ut baptizarentur, sese veste nnitaverant, nudse fugiebant metu impulsée, neque sexus verecundiai, neque honestati permittebautur prse pavore consulere... plurinise tum acceptis vulneribus éjectas... Chrys., ibid. — Mulieribus ejulautibus ac turbatis; sacerdotibus vero ac diaconis vapulantibus , et in eo quo erant cultu atque ornatu violenter fugatis. Sozom., viii, 21.

3. Neque hactenus stetere clades : sed ubi sancta condita servabantur ingressi milites, ex quibus (ut postea didicimus) quid.im necdum initiati erant, omnia spectal)ant intus recondita; sanctissimusque Christi sanguis, in tanto tumultu, in militum vestime.nta fusus est. Chrys., Epist. ad Pap. Innoc.

4. Ego vero de industria silentio prieteribo, ne quis forte nondum initiatus, ea hic logat conscripta. Sozom., viii, 21.

chumènes et les clercs chassés de l'église s'entendirent pour se rassembler ailleurs : on se donna rendez-vous aux Thermes de Constance, où la cérémonie baptismale devait s'achever, et cet avertissement, passé de bouche en bouche, y réunit bientôt un grand nombre de chrétiens de toutes conditions et de tout âge K

Le bain public dont on attribuait la construction à l'empereur Constance, fils du grand Constantin, était le plus spacieux de toute la ville, et desservait un des quartiers les plus populeux. Les catéchumènes s'y réfugièrent donc avec leurs prêtres et leurs diacres; on s'en empara, on bénit l'eau des bassins, on installa autour tout l'attirail liturgique, et le lieu profane fut transformé en église. Sur un autel construit à la hâte, on reprit la célébration des saints mystères à l'endroit où les violences armées l'avaient interrompue-. Au chant des psaumes qui retentissaient au dehors, aux avis répandus de toutes parts, les chrétiens accouraient en masses pressées. Ceci déjoua les manœuvres de Sévérien et de ses complices, qui avaient voulu faire administrer le baptême par des clercs de leur communion, et rendait inutile l'invasion de Sainte-Sophie. Ils allèrent trouver le maître des offices pour lui demander de faire balayer par la force ces troupes de factieux que Jean, disaient-ils, avait provoqués à se réunir pour désobéir à l'empereur. « Il n'y a plus de prince,

1. Reliqua autem populi multitudo, cum insidias intelleNisset, rclicta ecclesia, in publico lavacro admodiim spatioso qnod imperatoris Constantii nonùne nuncupatur,.Pascha celebrarunt. Sozom., viu, '21.

2. Joanuis presbyturi qui Deitiniorem habebant, in publico lavacro quod Constaiitianas vocant,convocatis populis, vigilias agebant. Pallad., (liai., p. 33.

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ajoutaient-ils, il n'y a plus de gouvernement; Jean est .; ici chef et souverain. » Le maître des offices, Antliémius, auquel ils parlaient, était un homme modéré et droit qui, tout en gardant fidélité h l'empereur, blâmait les cabales de la cour et restait attaché de cœur à Chrysostome. Le message des évoques lui déplut. « Il est tard, dit-il, la nuit va bientôt commencer; on dit que la foule du peuple est considérable, et remploi de^ la force peut amener bien des malheurs ^ — Mais si on ne les disperse, reprit aigrement Acacius, qui portait la parole, il faut que nous nous déclarions des ■ imposteurs, nous les conseillers du prince, car nous n'avons cessé de lui affirmer, ce qui est vrai , que le ^ peuple détestait Jean et ne voulait plus l'avoir pour ^ évoque. Si l'empereur, sortant de son palais, trouve l'église déserte et lepeuple assemblé ailleurs, il croira que nous l'avons trompé et nous tiendra pour gens de mauvaise foi -. La chose à faire serait pourtant bien simple : ce serait de mettre fin à ce conciliabule factieux, et de signifier à la foule , abusée par quelques hommes, que sa place est à la basilique, où on la forcera bien de retourner, coûte que coûte. » Anlhémius savait de quel crédit Acacius et ses amis jouissaient près de l'impératrice, et combien dans la circonstance il pouvait être dangereux de leur tout refuser. « Faites donc comme il vous plaira, se contenta-t-il de leur

1. Renuit is qui tum magister erat dicens : Nox est, atque ingens est multitudo; ne quid temere faciat. Pallad., dial., p. 33.

2. Timemus ue forte imperator ecclesiam ingressus, et neminem inveniéns sentiat populi erga Joannem benevolentiam, nosque ut invidos condemnet. Pallad., ibid.

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dire, je vous en laisse responsables. Allez trouver un de mes officiers nommé Lucius, arrangez l'affaire avec lui; mais surtout qu'il n'y ait point de violences. »

Lucius commandait près de la cour un corps de ces gardespalatinesqui porlaientlenom descutairesà cause des boucliers qui faisaient leur ornement distinctif; ce corps venait de se renforcer de recrues Ibraces, paysans grossiers, presque barbares et pour la plupart païens : Lucius aussi professait le paganisme *. C'était un soldat brutal, mais exact à son devoir. Les instructions d'Anthémius lui prescrivaient de ne point employer les armes contre des gens désarmés; il se contenta donc de haranguer la foule rassemblée dans les thermes, en laissant presque tous ses soldats à la porte. Il dit aux chrétiens réunis, le plus éloquemment qu'il put, « que ce n'était pas là une place convenable pour administrer le baptême et célébrer leurs mystères, qu'ils avaient des églises restées désertes où ils feraient bien de retourner avec leurs prêtres, que l'empereur le voulait ainsi. » L'improvisation du commandant des scutaires eut peu de succès. Les catéchumènes ne bougèrent point des piscines; le chant des psaumes continua, et la foule finit par se moquer de lui. Il sortit furieux et humilié, obéissant, quoi qu'il en eût, aux recommandations du maître des offices. Au palais, où il revint avec ses soldats, il trouva Antiochus qui l'attendait. Anliochus ajouta ses sarcasmes aux humiliations de l'officier. « Quoi! lui dit-il, vous vous laissez jouer ainsi, et vous avez des soldats! et c'est un ordre de

1. Lucium rectorem scutariorum Gentilem. Pallad., dial., p. 33.

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l'empereur que vous alliez exécuter! Quelle favei voulez-vous donc en obtenir? » Il lui fit alors les pli belles promesses d'avancement, s'il se conduisaî mieux; « il lui débita des paroles dorées \ » suivant H mot du narrateur contemporain. En résumé, il I« ramena à ses idées, il encouragea les soldats par deii largesses, et fit consentir Lucius à une seconde expt dition qu'il saurait rendre définitive.

Lucius néanmoins ne voulut point repartir sans avoii en tête de sa troupe des ecclésiastiques qui le dirige raient et couvriraient sa responsabilité. Antiocbus lu| donna des diacres attachés à sa personne, et, sous ce coi mandement mixte d'officiers et de clercs, la troupe de^ scutaires reprit le chemin des Thermes de Constance-. l! n'y eut plus cette fois de préliminaires ni de harangue. Lucius., dont la tête s'était exaltée jusqu'à la fureur^ sauta dans la piscine principale, armé d'un bâton oi d'une hampe de lance, écartant à droite et à gauche les catéchumènes; d'un coup assené sur le bras du diacre qui oignait les baptisés, il fit tomber le saint chrême dans les eaux, puis il assomma le prêtre qui prononçait les paroles sacramentelles. Le vieillard à son tour tomba, la tête fendue, et ensanglanta les fonts baptismaux^ : l'exemple était donné aux soldats, et il

1. Illum suppliciter orant, aureis verbis deprecantes, adjunctis etiam promissis majoris processus Pallad., diil., p. 33.

2. Hic ergo subito assumptis secum clericis ex parte Severiani egressus est sccunda vigilia noctis ad id propter quod missus erat. Pallad., ibid.

3. In diaconum procaciter illisus, symbola effudit; presbytères vero grandaevos fustibus in capite feriens, sacrum fontem cruore conspersit. Pallad., ub. sup.

n'y eut plus de mesure dans les attentats. Les uns coururent au vestiaire des femmes et emportèrent leurs robes et leurs bijoux; les autres firent main basse sur l'autel, dont ils se partagèrent les tapis de soie et les Tases sacrés^; des prêtres revêtus de leurs habits sacerdotaux furent battus et foulés aux pieds, des femmes outragées, des mères écrasées avec leurs enfants. A force de violences, toute cette foule fut expulsée, dispersée, poursuivie à coups d'épée jusque dans les rues; mais personne ne rentra dans les églises.

Cette funèbre journée du samedi saint présenta pourtant dans la matinée un spectacle plus consolant. Les quarante ou quarante-deux évêques qui formaient le parti de Chrysoston^ au concile tentèrent un dernier effort pour le sauver. Avertis que l'empereur et l'impératrice visitaient ordinairement les Martyres l'un après l'autre (on appelait de ce nom dans la primitive Église les basiliques et chapelles où étaient déposés les corps des saints morts pour la foi), ils épièrent le moment d'approcher l'empereur, et, se jetant à ses pieds, ils le conjurèrent avec larmes ((d'épargner l'Église du Christ, surtout en considération de la pâque et des catéchumènes qui attendaient le baptême, de leur rendre leur évêque^» L'empereur les écoutait; l'impératrice les éloigna avec hauteur. Alors un d'entre eux,

1. Nudae mulieres cum viris metu mortis aut turpitudinis, turpi fugsB se dabaiit... omnes auteni depraidautes sacra vasa, sibi rapiebant. Pallad., dial., p. 33.

2. Adierunt Augustum atque Âugustam in Martyriis, orantes cum lacrymis ut Christi Ecclesise- parcerent, maxime propter Pasciia et propter eos qui regenerandi erant cum jam calliechysati essent, ut sacerdotem suum ea reciperet. Pallad., dial., p. 34.

Paulus, évêque de Gratie, se levant indigné, lui dit : « Eudoxie, crains Dieu et aie pitié de tes enfants ; ne viole pas la sainte solennité du Christ par des effusions de sang*. » L'impératrice passa outre. Les évéqucs consternés se séparèrent; chacun reprit avec tristesse lo chemin de sa maison, ceux-ci pour aller pleurer sur les maux de l'Église, ceux-là pour vaquer chez eux aux devoirs de la prière, craignant de se souiller dans les basiliques où régnaient les persécuteurs.

La dispersion des fldèles aux Thermes de Constance avait eu lieu pendant la première veille de la nuit; les fidèles s'étaient ralliés dans diverses directions, et, appelant à eux d'autres catholiques, étaient allés par groupes dans la campagne continuer avec leurs prêtres l'office du samedi saint, qui, d'après l'ancien rituel, ne se terminait qu'au chant du coq. Un de ces groupes, composé de plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants, au milieu desquels se distinguaient les catéchumènes en robe blanche, s'établit dans un champ près du lieu appelé Pempton, parce qu'il contenait la cinquième borne miiliaire à partir du forum de Gonstantinople. Le lendemain, jour de Pâques, de grand matin, l'empereur, allant faire sa promenade accoutumée hors des murs suivi de son escorte, aperçut, non sans étonnement, cette foule réunie dans un champ , et les robes blanches des catéchumènes qui semblaient resplendir aux premières clartés du soleil, a Qui sont ces gens-là? demanda-t-il avec curiosité à

1. Eudoxia, Deum time,tuorum piieroriim te misereat, neque viola sanctam Christ i solemaitatem sanguinis eflfusione. Pallad., dial , p. .'H.

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liin des officiers qui l'accompagnaient. — Ce sont, pondit celui-ci, des fauteurs d'une secte hérétique qui se réunissent ici pour braver l'Église*. — Eh bien, dit l'empereur, qu'on les chasse d'ici et qu'on saisisse leurs docteurs. » Puis il prit un autre chemin. Les soldats envoyés pour l'exécution arrivèrent au galop de leurs montures et fondirent sur cette masse désarmée comme sur une troupe ennemie : hommes, femmes, enfants, prêtres, laïques, tout fut bousculé, foulé aux pieds des chevaux, frappé à coups de lance ou d'épée; on s'empara des prêtres et des néophytes; les soldats, descendus de cheval, se mirent à piller, car il y avait là des gens riches et vêtus de leurs habits de fête. Ils enlevaient aux femmes leurs colliers et leurs pendants d'oreilles « avec le bout de l'oreille pour aUer plus vite, » nous dit le narrateur contemporain de ces scènes. On leur arrachait aussi leurs tuniques et leurs manteaux quand ils étaient d'étoffe précieuse-. Une autre d'entre elles, belle et riche, et femme d'un certain Éleuthère, citoyen opulent de Cousiantinople, se dépouilla elle-même de son vêtement pour prendre celui de sa servante, et s'enfuit il travers les champs, échappant par ce déguisement aux outrages des ravisseurs '^ Le pillage fini, l'escorte

i. Die sequenti egressus imperator ut sese exerceret in viciiio campo vidit agrum circa Pemptum seu Quintiim... et stupefactus adspectu coloris luiper baptizatorum... satellites rogat quinam esset illic con;j,regatorum cœtus. llli autem mentiti dicunt hsereticorum esse... Palkid., dial., p. 3i.

2. Sunt et quibus rapti mafortes, aliis inaures cum ima parte aurium simul detraxcre. Pallad., dial., p. 35.

3. Adeo ut cum videret Eleutheri cujusdam uxor opulentissima,

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rentra dans la ville comme en triomphe, chargée de dépouilles opimes enlevées à des femmes, et traînant à sa suite des bandes de prêtres et de catéchumènes garrottés qui allèrent encombrer les prisons. Ce qui s'était passé à la cinquième borne arriva en plusieurs autres lieux de la campagne, où les fidèles, toujours pourchassés, s'opiniâtraient à se réunir. Ils avaient imaginé de former leurs assemblées dans un grand cirque de planches construit hors des murs par Constantin, et qu'on appelait en grec Xylokerke, le ci]*que de bois^ On les y assiégea comme dans un fort.

C'était la guerre civile qui éclatait, la guerre contre des gens qui ne se battaient pas. Aux expéditions militaires succédèrent les recherches et les tracasseries de police : on fouilla les maisons pour y surprendre des assemblées clandestines ; on incarcéra sur le moindre soupçon les partisans déclarés de l'archevêque, qui commencèrent à porter dans les lois la dénomination dejoannUes^, comme s'ils eussent formé une secte en dehors de l'Église, et les prisons se peuplèrent d'une multitude de laïques et de clercs accusés de ce crime. Ils acceptaient avec courage la persécution pour le pasteur en qui se personnifiaient à leurs yeux la légitimité hiérarchique et la foi. A peine ces

relicto maforte et veste ancillaii assumpta, cursu civitatem petierit ut pudicitiam suam servaret. Erat enim profecto décora specie et eleganti forma. Pallad., dial., p. 35.

1. Convenerunt in locum extra url)em quem imperator Constantinus civitate nondum condita, ad Circensium ludorum spectaculum complanaverat, et asseribus circumsepserat. Sozom., vm, 21. — Su).6x£pxo;, Chron. Alexandr.

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