‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 51 sur 93 · Manete, ut profectus modicnm quiescam. Pallad., ibid · texte numérisé non relu

Manete, ut profectus modicnm quiescam. Pallad., ibid

3. Ingressus autem baptisterium, Olympiadem vocat simul et Pentadiam et Ampructem diaconissas et Salvinam... atque eis dicit : Venite, filiae, audite me. Pallad., ibid..

4. Quicumquc reluctans fuerit ad ordinationem deductus, ex consensu omnium, non id anibieos, ei tanquam Joanni caput vestrum submittite : non potest enim ecclesia esse sine episcopo. Pallad., ibid.

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s'étaient précipitées à ses pieds, qu'elles pressaient contre leurs lèvres en les inondant de pleurs. Appelant alors un des prêtres qui l'avaient suivi : « Éloignezles, lui dit-il, de peur que leur affliction ne trouble le peuple ^ » Ses adieux étaient faits. Traversant rapidement la basilique, il gagna la porte orientale, où il se remit aux mains des soldats, qui l'entraînèrent en le cachant aux regards. «L'ange de l'église, nous dit le narrateur contemporain de cette touchante scène, partit avec lui^ »

La présence du cheval ordinaire de Chrysostome près de la porte occidentale donna pendant quelque temps le change au peuple, qui attendit paliemmenl; il finit pourtant par soupçonner la vérité, et les uns coururent au port, où ils purent voir la barque qni contenait le prisonnier et quelques évoques et prêtres ses compagnons tiaverser le Bosphore pour gagner la côte de Bithynie; les aulres, forçant une issue secrète du cloître, pénétrèrent par là dans l'église. Ils la trouvèrent gardée par des soldais qui l'avaient occupée an moment du départ de Chrysostome, et assuraient les clôlures des portes pour empêcher l'entrée de la foule. Ces soldats voulurent repousser les nouveaux venns, dont le nombre augmentait sans cesse; ceux-ci résistèrent, et on se battit sur les dalles, qui furent ensanglantées. La foule amassée sous le grand portique, entendant des cris et un cliquetis d'armes à l'intérieur,

1. Illte lacrymis perfusae ad ejus pedes advolvebantur... Toile eas liiiic ne popiilum perturbent. Pallad., dial., p. 36.

2. Abiit in partem orientalein... Una cum en ejressiis est angélus ecclesiaî. Pallad., ibid.

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crut qu'on faisait violence à l'archevêque, et voulut enfoncer les portes principales-, mais elles étaient solides et fortifiées en dedans, comme je l'ai dit, par des armatures en fer et des verrous. On dut en faire le siège : on apporta des leviers, on lança des blocs de pierre; les ais brisés volèrent en éclats, et le flot populaire fit irruption avec une irrésistible violence. Rencontrant en face de lui la colonne qui débouchait en sens opposé, ils se heurtèrent, se culbutèrent les uns les autres, et il s'ensuivit une confusion inexprimable ^ Des monceaux de gens étouffés, écrasés, encombrèrent bientôt la nef et les parties latérales de fédifice. Les soldats mirent le comble au désordre en faisant usage de leurs armes. On n'entendait dans ce lieu sacré que jurements et malédictions, cris de menace et cris de douleur; des juifs et des païens, que la curiosité avait amenés parmi la foule, en prenaient occasion pour blasphémer le Dieu des chrétiens jusque dans son sanctuaire ^ Il fallut du temps pour que la confusion cessât et qu'on pût tirer de l'église les morts et les mourants. Cependant ce désordre de la terre ne fut pas le seul : tandis qu'on était occupé à se batlre, il se formait une de ces tempêtes soudaines, fréquentes en cette saison dans les parages de la mer Noire ^ Poussée

1. Fores ecclesiœ occludere properarunt... Hi vero qui in ecclesia erant adhuc magis aditus obstruebaiit ad portas confluendo et semetipsos mutuo impellendo... Tandem segre portas magna vi reserarunt, cum alii eas lapidilnis perfregissent, alii ad se retraherent, et turbam quse a tergo erat retrorsiis repellerent. Sozom., viii, 22.

2. Erat autem ut in tiieatro sibilus impiorum explandentium et irridentium, Judieorum ac Gentilium subsannaniium. Pallad., dial., p. 3G.

3. Inenarrabilis atque inexplicabilis caligo. Pallad., ibid. — Sub-

vers la ville par un courant venu du nord, elle fondit sur Sainte-Sophie, qu'elle semblait vouloir ébranler jusqu'au faîle. On eût dit que le ciel et la terre s'étaient conjurés pour qu'aucun désastre ne manquât à cette sinistre journée.

La foule se retirait et la basilique était en partie évacuée, quand on vit une grande clarté jaillir subitement du trône d'où l'archevêque faisait ses instructions au peuple, puis des flammes, s'élevant comme des serpents autour des piliers du chœur, gagnèrent en un moment le plancher de l'église et la charpente ^ Une colonne d'étincelles et de fumée surmonta bientôt l'abside, et, rabattue par le vent, étendit l'incendie à tout le reste de l'édifice. Ce ne fut pas tout : les flammes, sorties de cette immense fournaise et tou- | jours poussées par la tempête vers le midi, atteignirent le palais du sénat ^ et menacèrent même celui de l'empereur, projetant au-dessus de la place comme un vaste pont sous lequel, si l'on en croit les historiens, on pouvait circuler sans danger ^ Au contact ardent de la flamme, le toit de la curie se liquéfia, et le plomb fondu, découlant par ruisseaux dans l'intérieur du

solano vetito vehementius flante. Socr., vi, 18. — Oborti venti procella. Zosim., v, 24.

i. Flamma e média sede in qua solebat Joannes sedere... in altum arborescens per catenas ad tectum usque serpsit, atque viperae instar ad posteriora sedificii ecclosiœ ferebatur. Pallad., (liai., p. 36.

'2. /Edem quoque amplissimam Senatus, quae illi ad meridiem vicina erat, combussit. Sozom., vm, 22.

3. Ignis ille interjectam populi multitudincm, pontis instar priBtergressus... vidcre erat inter duos igneos montes illœsos populos ad sua negotia commeantes. Pallad., dial., p. 37.

bâtiment, fit éclater les colonnes, les murs de marbre, et calcina les statues ^ L'or, l'argent, le bronze, tous les métaux amalgamés ne présentèrent plus à l'œil qu'une masse informe ou des laves brûlantes, et l'édifice, privé de support, s'atTaissa promptement sur luimême. Des secours portés à temps garantirent à grand'peine le palais de l'empereur; quant aux splendides demeures qui formaient les côtés de la place, elles furent toutes réduites en cendres. Ainsi périrent les deux beaux monuments, l'un chrétien et l'autre païen, orgueil de la nouvelle Rome, sans qu'on espérât d'en relever jamais de pareils. La ville entière fut dans la consternation.

Ainsi qu'il arrivait toujours dans ce siècle d'exaltation religieuse, la superstition vint se mêler à la douleur, comme elle l'eût fait à la joie publique. En voyant crouler dans les flammes ce chœur célèbre des Muses, ouvrage des grands artistes de la Grèce, enlevé de l'Hélicon par Constantin, les païens s'écriaient avec désespoir : (( Qu'avaient à faire les Muses avec nos temps misérables? Il est bien juste qu'elles nous quittent^.» Mais plus tard, lorsqu'on fouillant les décombres on découvrit, couchés par terre et intacts, les simulacres de Jupiter et de Minerve, anciens gardiens des portes du temple, le deuil se changea en allégresse. « Cette vue, nous dit un écrivain polythéiste,

\. Ubi templum iiniversum ab igné fuisset absumptnm, simul et impositiim tecto plumbum liquefactum in hroc simulacra distillabat. Zosim., V, 24.

2. Quo casu sane quam perspicue porteiulcbatnr a Musis alienatio. Zosini., ibid.

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ranima le cœur de tout ce qu'il y avait de bon dans la ville; on augura que les dieux avaient résolu de ne point lui retirer leur sauvegarde, et l'espérance commença de renaître... Pourtant, s'empresse-t-il d'ajouter avec un sentiment de profonde amertume, que les choses adviennent comme il leur plaira M » — Les chrétiens aussi, du moins les catholiques partisans de Chrysostome, trouvèrent quelque consolation dans un fait merveilleux. Au milieu des ruines de la basilique et des palais voisins, une petite chapelle restait seule debout, à peine noircie par la flamme. C'était la sacristie particulière de l'archevêque, celle où il renfermait les plus riches ornements de son église et les vases sacrés d'un trop grand prix pour l'usage journalier; en un mot, c'était le trésor épiscopaP. En retrouvant ces objets vénérables entiers dans la chapelle intacte, el se rappelant que lé vol du trésor de l'église avait été, au concile du Chêne, un des crimes articulés contre Chrysostome, ses amis virent dans cet accident, étrange assurément, un fait surnaturel, un témoignage que Dieu voulait donner au monde de l'innocence du persécuté et de l'infamie des persécuteurs. Deux clercs de Constantinople, le prêtre Germain et le diacre Gassien, qui comptaient parmi les fidèles de Jean, courureni sans retard faire leur déposition au palais de l'empe-

1. Qiiod quideni effecit ut omiies paulo politiores de urbe spes animis meliores concipererit; quasi scilicet hi Dii statuerint eam semper sua providentia complecti. Sed haec quidem omnia, prosit numini visum fuerit ita eveniant. Zosim., v, 24.

2. Soli œdiculae in qua sacra vasa reposita erant flamma pepercit. Pallad., diaL, p. 37.

reiir, demandant qu'on dressât im inventaire authentique des objets retrouvés, tant en or et argent qu'en vêtements, meubles et tentures, du domaine ecclésiastique. L'inventaire fut dressé en double devant Studius, préfet de la ville, Eutychianus, préfet du prétoire, Jean, intendant des largesses du prince, Eustathius, questeur, et quelques notaires. Une des copies resta entre les mains des magistrats; Germain et Cassien réclamèrent l'autre pour leur sûreté, et la portèrent l'année suivante à Rome. Tandis que ces choses se passaient à Constantinople, Chrysostome cheminait, sur la route de Chalcédoine à Nicée, avec son escorte de soldats prétoriens, deux évêques et quelques clercs qui avaient voulu le suivre.

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