‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 70 sur 93 · Pallad., diah, p · texte numérisé non relu

Pallad., diah, p

2. Olympica,.. enim vocantiir certamina quae ab Hercule instituta quarto quoque anno celebrantur. Pallad., diaL, p. 58.

bois de Daphné\ il ramasse de son côté, au moyen de ses émissaires, plusieurs centaines de gens du peuple et quelques clercs, ses âmes damnées, et il se dirige avec eux vers l'église, où les trois évêques l'avaient précédé. A son arrivée, on ferme les portes» on s'empare des vases sacrés; un simulacre de nomination a lieu, il s'agenouille, et les évêques l'ordonnent. Tout cela se fit avec une telle hâte qu'on n'acheva même pas les prières de l'ordination, tant on craignait quelque surprise ou le retour fortuit du peuple ^ Sévérien et ses amis quittèrent alors précipitamment l'église, puis la ville, pour aller se réfugier dans les montagnes voisines et de là dans leurs diocèses, car ils appréhendaient la colère des habitants quand leur fraude serait découverte ^ Le soir en effet, les Antiochiens, revenus des jeux, furent fort étonnés d'apprendre qu'ils avaient un évêque, et que cet évêque était Porphyre. La chose ne leur plut point; mais ne sachant encore que résoudre, ils passèrent la nuit à se consulter. Le lendemain matin, la résolution était prise, et une foule irritée se porta vers la maison épiscopale, où Porphyre s'était barricadé et faisait mine de

1. Quum urbs tota more recepto ad spectacula in luco Daphnes effusa esset. Niceph., xiii, 30. — Mulierum grèges una cum populis ut ita dicam effervescunt ad Daphnem. Pallad., dial., p. 58.

2. Cum iii ecclesiam irrupisset simul cum memoratis episcopis et clericis paucis,clam ordinatur, clausis januis, multa cum festinatione. Pallad,, 1. c. — Adeo autem illis ea res deproperata est ut receptoâ ritus plurimos in sacra ordinationc prœtermiseriat. Niceph. Cal., XIII, 30.

3. Porro Severianus et socii accepte pretio per montes et invia loca fugere. Pallad., dial., p. 58.

se bien défendre, aidé de ses clercs et de ses domestiques. Un siège commença donc, et des gens du peuple amoncelèrent contre la maison de la paille et du bois pour y meltre le feu et brûler révoque avec l'évêché Ma force armée avertie accourut à temps pour sauver l'évêque, et dégagea la place à grands coups d'épée. La bataille recommença les jours suivants, niais avec un plus grand déploiement de troupes ; bref, Porpbyre fut installé sur le trône pontifical par les soldats. Conformément aux intcnlions de la cour, le gouverneur ordonna au clergé et au peuple de se rendre h l'église sous la menace des pénalités édictées par le décret impérial ; le peuple en grande partie refusa, il essaya de faire dos litanies dans les rues en portant devant lui le signe de la croix; le gouverneur (c'était un certain comte Valentinjfit cbarger la litanie comme une émeute de séditieux-, la croix fut renversée dans le tumulte et foulée sous les pieds des cbevaux-.

D'Antioche, les mécontents se portèrent dans la campagne; on les y pourchnssa, et les scènes de violence qui avaient déshonoré et ensanglanté Constantinople et sa banlieue se renouvelèrent dans la métropole de la Syrie. Appuyé par l'autorité civile et par les

1. In crastiniim consurrexero ac confluxere simul omiies cum igné et sarmentis, Porphyrium atque aedes cjiis delere volentes. Pullad., (liai., p. 58. — Igtiem et materiam aliani inceiidio aptam manibus rapiciites et congerentes... Ipsum simul cum cpiscopali domo coaiburere volentes. Niceph. Cal., xiii, 30.

2. Porphyrins vero et Valentinus ccmps cum armatis ecclesiam orthodoxomm deprsedabantur, tremendum cruels signum pedibus conculcantcs. Pallad., (liai., p. 58.

ET L'IMPÈUATIUCE EUDOXIE. 381

exécutions militaires, le nouveau patriarche opprima non-seulement le clergé de son église, mais celui des églises voisines. Ce fut une révolution dans toute la province; il suscitait partout des cabales, il faisait expulser les évêques ou les déposait lui-même pour en nommer de nouveaux, et alors on vit des scandales qui dépassaient de bien loin ceux qu'avait réprimés Chrysostome dans l'Asie Mineure. L'épiscopat était à l'encan, on le demandait, on l'offrait, on le marchandait comme une chose vénale dans un marché public, et le plus indigne était toujours le plus recommandé par Porphyre. Des vols, des spoliations de biens ecclésiastiques, des énormités contre les canons, se passèrent dans ces exploitations de la dignité épiscopale et de la fortune des églises. On nommait, on ordonnait des gens inconnus ou sans garanties, et on ne savait bientôt plus qui on avait ordonné. Toutes les règles ecclésiastiques étaient bouleversées. Pour obtenir des évêques corrompus, on corrompait d'abord les électeurs, clercs ou laïques, et les moyens les plus bas étaient mis en usage. Des tables étaient dressées dans les rues, des repas publics servis à tout venant, de l'argent distribué. « Autrefois, dit avec amertume un écrivain du temps, les apôtres se préparaient par la prière et le jeûne à la sainte opération d'une élection d'évêque; on s'y prépare aujourd'hui par la débauche et l'ivresse; les églises sont devenues des foires oîi chaque candidat à l'épiscopat ou au sacerdoce vient étaler ses promesses et ses cadeaux ^ » Un autre ajoute

1. Quas enira ordiiiatioiies cuin jejunio et oratioae et probatione

qu'il s'abstiendra de dire combien d'évêques furent déposés, combien d'autres mis à leur place, combien de coiTupteurs infestèrent les églises. « Ce sont choses trop tristes, dit-il , pour être enregistrées dans l'histoire. » Il y en eut une néanmoins tellement scandaleuse que l'histoire a dû l'enregistrer, ce fut la nomination d'un eunuque, ancien esclave et maintenant domestique d'un tribun, homme impur, chargé de crimes, et que les catholiques appelaient « l'abomination de la désolation *. » Ce misérable fut élu évêque d'Éphèse à la place d'Héraclide, ancien diacre de Chrysostome. « Et l'on n'eut pas honte, s'écrie l'auteur que nous citons, de poser l'Évangile sur la tête d'un pareil monstre ^ » Tels furent les débuts de ce patriarcat de Porphyre, qui lui valurent l'honneur d'être désigné par un décret impérial comme un des trois types de la foi catholique en Orient.

Arsace, qui avait comme archevêque de Constantinople la primatie dans le triumvirat, laissait ces saturnales ecclésiastiques se passer en Syrie sans paraître s'en émouvoir; Atticus, plus habile, fit succédera des exécutions capricieuses une persécution savante, réglée, systématique, et la même méthode fut appliquée dans toute l'étendue de l'empire d'Orient. D'abord un second décret impérial fut rendu qui, en renouvelant les dis-

cleri Petrus et Joannes faciebant : illi contra per crapulam et ebrietatem, atque miseranda dona. Pallad., dtal., p. 55.

i, Ordinato ab iis Victoris tiibuni euuucho in sede episcopi eum collocaruut. Pallad., ibid.

2. Qui enim non horruerunt evangelium scelesto capiti imponere Id.j ibid.

positions pénales du premier, substituait le nom d'Atticus à celui d'Arsace ; on procéda ensuite à une épuration générale des évoques et des clergés, diocèse par diocèse, chaque patriarche présidant aux opérations dans sa circonscription territoriale. Les évêques convaincus d'être de la communion joannite furent déposés, renvoyés de leurs églises, livrés à la justice séculière comme des coupables. Ceux que l'on ne faisait que soupçonner d'être fauteurs de l'archevêque Jean, ou qui, sans refuser de communiquer avec les patriarches du triumvirat , conservaient cependant des liens avec les joannites, étaient transférés dans d'autres diocèses, et la bassesse ne les sauvait pas toujours*. On reléguait des évêques de Syrie, de Cappadoce, de l'Asie proconsulaire, sur des sièges situés en Thrace ou dans le Pont, et réciproquement. Ces translations s'appliquèrent même aux moines : on faisait passer ces solitaires d'une région de l'empire dans une autre, et pour des enfants du désert c'était souvent la mort. Des évêques déposés, les uns, ceux qu'on redoutait le plus, étaient incarcérés, bannis, mis sous une surveillance plus cruelle que celle des geôliers des prisons civiles, sous la surveillance des patriarches leurs ennemis. D'autres étaient traités avec plus de ménagements: on se contentait de les ruiner par la confiscation de leurs biens, puis on leur disait de subsister comme ils pourraient. Dans ce nombre, les uns eurent recours à la charité des fidèles ; de nobles âmes les vêtaient et les

1. Reliqui autem episcopi de communione Joannis,omni spe abjecta, alii quidem communicarunt Attico et in alias Tliraciae ecclesias tramlati sunt ; alii vero delitescunt. Pallad., dial., p. 77i

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iiourrissciieiit, et on cile un évêque déposé qui, reçu secrètement chez un de ses collègues, y fut trois ans sans descendre les degrés de sa chambre, tant il craignait de compromettre son hôte '. D'autres prirent des métiers pour vivre du travail de leurs mains; l'évèque Brison, frère de Palladius d'Hellénopolis, cuUiva luimôme un petit cliamp qu'il possédait^; un évéque de ïroade acheta une barque, et vécut, sur les côtes de la nier Egée, du produit de sa pèche'; à l'inverse de Pierre, qui de pêcheur de poissons s'était fait pêcheur d'hommes, de pêcheur d'hommes il se fit pêcheur de poissons. Au milieu de cette misère qui affligeait les catholiques d'Orient, beaucoup cherchaient à se réfugier en Occident ; mais le passage de la mer n'était pas facile, et souvent on les arrêtait sur leur route. Un diacre et un prêtre envoyés par Chrysostome, de son exil de Gueuse, pour remettre une lettre au pape Innocent, cherchèrent longtemps sur la côte d'Asie une occasion de s'embarquer, et ils disparurent avec leur lettre.

Dans ce désarroi général, beaucoup d'Églises faiblirent et se résignèrent à la communion des triumvirs. Celles qui résistèrent jusqu'au bout sont glorifiées par l'histoire. Dans ce nombre, on compte celles de Carie, qui se concertèrent pour envoyer leur profession de foi au pape Innocent, celles de Palestine, qui,

1. Per totum triennium de scala domus suœ non descenderunt precationibus vacantes. Pallad., dial.,p, 77.

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