Theodoret., v
ET L'IMPÉKATRICr- EUDOXIK. 377
hasard, il giicllait soigneusement l'occasion. Dès le commencement des querelles entre Chrysostome et les deux conciles, il s'élait posé en ennemi de l'enfant d'Antiocbe, dépassant tout le monde dans l'exagération de ses attaques, et cherchant à compenser par la notoriété des passions de parti l'obscurité de son mérite et le mépris dû à son caractère.
Sur ces entrefaites et vers le temps où Chrysostome partait pour son second exil, le vieil évoque d'Antioche, Flavien, s'éteignait après une longue maladie, et le parti joannite perdait en lui un appui considérable; aussi la lutte paraissait devoir être très-vive pour le clioix de son successeur. Sévérien de Cabales et ses deux complices ordinaires, les sycophantes Acacius et Antiochus, tous trois Syriens, partirent de Constanlinople comme pour regagner leurs diocèses; mais, se glissant secrètement dans Antioche, ils s'y cachèrent afin d'observer par eux-mêmes ce qui allait se passer et d'intervenir au besoin'; ils s'étaient munis d'ailleurs d'ordres et de pleins pouvoirs de la cour pour faire agir dans un sens ou dans l'autre l'autorité civile et l'autorité militaire. Le moment de l'élection approchant, les compétiteurs se présentaient en grand nombre. Le clergé se scindait en deux parts; mais le peuple penchait en masse du côté du prêtre Constance, cet ami de Chrysostome dont nous avons parlé ci propos de la mission de Phénicie, et qui devait la faveur populaire non moins à ses vertus personnelles qu'à sa
1. Nam cum cxsilio Joannis concurrcrat mors Flaviani. Pallad., (liai., p. 53.
378 JEAN GHRYSOSTOME
fidélité pour l'exilé. Porphyre, au milieu de ces débats, gardait sa place d'homme de parti, préchant l'exclusion de tous les joannites, et ce ne fut que par des distributions d'argent considérables dans les dernières classes du peuple ou dans le bas clergé qu'il révéla sa propre candidature. On ne la prit pas d'abord au sérieux, tant l'homme était jugé indigne; pourtant Sévérien et ses compagnons, convaincus de son habileté, s'abouchèrent secrètement avec lui, et leur pacte donna au projet de Porphyre une consistance qui lui manquait'. 11 fut reconnu dans ce petit conciliabule qu'on ne pouvait réussir que par surprise ; on se distribua les rôles, les évoques de la cour prévinrent le commandant de la force armée, et on se tint sur ses gardes pour saisir aux cheveux l'occasion.
Il devait se célébrer sous peu de jours, dans le bourg de Daphné, le lieu des divertissements d'Antioche, une grande représentation de jeux dits olympiques, où l'on faisait passer en revue sous les yeux des spectateurs la vie et les travaux d'Hercule, avec force courses hippiques et luttes de pugilats Or on connaît la passion des Antiochiens pour les jeux scéniques, les courses de chars et les combats d'athlètes, et Porphyre savait bien qu'une fois assis sur les bancs d'un cirque ou en face d'un amphithéâtre de mimes aucun d'entre eux ne se dérangerait, même pour l'affaire la plus importante. Tandis que les habitants, grands et petits, païens et chrétiens, désertent la ville pour gagner le