‹ St. Jean Chrysostome et l'impératrice EudoxieChapitre 86 sur 93 · Quamvis sine sanguine martyr. Id., ibid · texte numérisé non relu

Quamvis sine sanguine martyr. Id., ibid

c'était là le sentiment qui parut la dominer dans le reste de sa vie.

Comme son père vénéré, elle était allée d'abord d'exil en exil, à Gyzique et à Nicomédie, où elle finit par se fixer K Elle avait laissé dans Constantinople, ainsi qu'on l'a vu, une maison de vierges qui aurait pu lui servir de retraite, car après la mortde Chrysostome son exil pouvait être aisément levé; mais la villeimpériale lui était devenue odieuse. Le séjour de cette terre d'Asie, théâtre des dernières souffrances de Tarchevêque, ne lui était guère moins cruel; elle s'arrangea de manière à mourir vivante dans son lieu de bannissement, où pourtant les afflictions, les tribulations, les tempêtes continuèrent à l'assaillir. Elle recevait tout avec calme et indifférence, comme si elle n'eût plus appartenu au monde. Les amis de Chrysostome la visitaient avec respect, la traitant déjà comme une sainte. Un d'eux, Palladius, qui la vit à cette époque, nous a laissé un touchant tableau de sa personne. C'était toujours la même simplicité dans sa mise, les mêmes austérités sur son corps, les mêmes pratiques charitables dans les limites d'une fortune réduite presque à la pauvreté. Dans sa maison comme à l'église, c'étaient toujours des prières et toujours des larmes.

Tandis que les amis de Chrysostome l'entouraient de leur vénération, ses ennemis la déchiraient. Théophile eut bien l'affreux courage d'insérer, dans le libelle dont

1. Constantinopolim etiam reliquit, et Cyzicum ut ibi degeret se contulit. Deinde vero ex eo loco ad exilium in Nicomediam Bithyno- Tum est damnata. Niceph., xui, t!4.

ET L'IMPÉRATRICE EUDOXIE. 53a

nous avons parlé, une diffamation contre la femme généreuse dont lui-même mendiait les libéralités au temps de son opulence. Il omit pourtant de mentionner, dans cette satire, une petite histoire qu'un contemporain nous a révélée. Palladius rapporte qu'un jour que cet homme cupide et enrichi du produit de tant d'exactions et de vols sollicitait de la diaconesse une forte somme d'argent, pour les pauvres d'Egypte, disait-il, et que celle-ci hésitait, il se mit à genoux pour arracher, par l'excès de son humilité, ce que l'on semblait refuser à sa simple prière. Oiympias à cette vue resta stupéfaite, et, s'agenouillant elle-même, elle s'écria: « Levez-vous, mon père; je ne resterai pas debout quand un évêque est à mes pieds. » Théophile se releva plein de confusion; mais elle ne lui fit que de minces présens, trouvant qu'il était assez riche pour subvenir à ses propres aumônes. Si le patriarche d'Alexandrie avait oublié le fait, les amis d'Olympias se le rappelaient, et en le divulguant ils firent à cet homme la seule réponse que méritât son infamie.

Elle s'éteignit enfin, au sein de cette existence cachée, pour aller recevoir ailleurs, ajoute son biographe, « la couronne de patience. » Voilà lout ce que nous dit l'histoire; mais la légende a complété ce qui manquait au récit de sa mort. Elle raconte qu'au moment où l'évêque de Nicomédie l'assistait dans ce dernier combat de la vie, elle le pria de ne point s'occuper de ses funérailles, attendu qu'elle savait, par une révélation du ciel, où reposeraient ses restes exilés. « Faites placer, lui dit-elle, ma dépouille-mortelle dans un cercueil qui sera jeté ensuite à la mer ; Dieu pourvoira à ce que je

ne demeure pas sans sépulture. » Une autre version raconte que la sainte elle-même, dans une apparition, donna cet avertissement à l'évêque au moment où elle venait d'expirer ^ Quoiqu'il en soit, la légende ajoute que, l'évêque obéissant avec docilité à cet ordre d'en haut, le cercueil qui contenait Olympias fut lancé à la mer; mais les vagues semblèrent s'assouplir sous le précieux fnrdeau, qui fut porté de rivage en rivage jusqu'au Bosphore. Là, un courant l'éloigna de Constantinople, comme si la même aversion qui animait la diaconesse pendant sa vie eût survécu dans son cadavre. Le cercueil, soulevé par les eaux, aborda en un lieu appelé les Broclukes^, qui était une pointe de l'Asie Mineure dans le Bosphore, assez près de Constantinople, mais à l'opposite. Les habitanis du lieu, informés par un songe, accoururent au-devant, et, l'ayant reiiré des flots, le déposèrent près de l'autel, dans une église de Saint-Thomas construite en cet endroit. La sainte y resta de longues années, opérant, dit-on, beaucoup de miracles', jusqu'à ce qu'en 618 un patriarche de Constantinople, nommé Sergius, fit prendre son corps le

1. Prius qiiarii sepulturae mandaretur, Nicomediensi episcopo in somnis praeccpit ut venerandas reliquias arculae impositas alto mari committeret, et quocumque locorum illa cursum teneret ibi corpus ejus sepeliretur. Nireph., xiii, 24.

2. Arca ad maritimiim locum delata est ubi apostoli Thomae delubrum positum est : ab incolis locns is Brochthi dictus. Id., loc. cit.

3. Ibi divina visione admoniti qui regionem illam incolunt exierunt, et sacras illius reliquias ad sanctiorem sacrificii aram reposuerunt, quas innumerabilium morborum cura, daemonumquc expulsioue aliisque prodigiis quœ supra hominum opinionem ibi sunt exhibita, Deas dignatus est. Id., ibid.

samedi saint, 18 d'avril de cette année, et le fit ensevelir dans le couvent fondé par elle deux siècles et demi auparavant*. Le schisme avait alors cessé depuis longtemps; la mémoire de Chrysostome était réhabilitée, son nom rétabli sur les diptyques et sanctifié : Olympias pouvait reposer en paix.

Cette légende, ainsi que la plupart des autres, contient, sous des faits imaginaires, l'impression du sentiment public sur l'amie de Chrysostome et sur leur sainte et indissoluble affection. L'Église elle-même le partagea. Leur correspondance ou du moins les lettres de l'ami furent pieusement conservées parmi les monumens ecclésiastiques de l'Orient, comme un double modèle d'édification et d'éloquence épistolaire. Le dévouement de l'amie à la cause de son père vénéré eut également sa récompense : le nom d'Olympias fut inscrit au catalogue des saintes, comme celui d'un confesseur de la foi orthodoxe, et aussi comme l'exemple de la perfection chrétienne dans les rangs les plus élevés du monde.

1. Sergius... sacra ejus ossa collecta monasterio illius intulit, quod ipsa loco medio inter duo Sapientiae et Pacis templa excitavit. Niceph., XIII, 24.

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