‹ St Léon le GrandChapitre 5 sur 123 · I. Cliron. ad aiin · texte numérisé non relu

I. Cliron. ad aiin

Léon fut envoyé, peut-être par Placidie elle-même, pour mettre la paix entre les deux rivaux. Nous sommes en droit de conclure, tant du texte de Prosper* que de l'ensemble des événements contemporains, qu'il réussit dans sa mission. Néanmoins, il était encore en Gaule lorsque mourut Sixte III, au mois d'août de l'année 44o^- ^^ '^'oix publique fut unanime à désigner Léon comme son successeur, et une députation lui fut envoyée pour le prier d'accepter le souverain pontificat et le ramener triomphalement dans sa patrie. Rome resta en cette occasion plus de quarante jours sans pontife, attendant le retour de celui qu'elle avait choisi avec beaucoup depatience, de calme et de confiance. Ce délai ne nous paraît pas aussi long qu'il parut l'être aux contemporains, ou du moins à saint Prospère ; il est probable néanmoins que Léon ne fit attendre ainsi ses concitoyens que parce qu'il voulut, avant de quitter les Gaules, terminer à souhait l'importante mission qui lui avait été confiée. Il fut ordonné dès son retour, vraisemblablement dans les derniers jours de septembre de l'an 44^), et devint ainsi le quarante-septième évêque de l'église de Rome. Or, depuis saint Pierre, le premier pape, le titre d'évêque de Rome était inséparable

1. « ... Quem tum inler Aetiiim et Albinum amicitias redintegranteni Galliae detinebant. > [Chron. ad ann. 44o.)

2. Le II août, suivant les Ballerini. Yoy. leur édition de saint Léon, t. Il, col, 4iIî note a. — Quesnel fait erreur lorsqu'il nous dit que Prosper place la mort de ce pontife au i^r jour des calendes d'avril.

3. « Defuncto Xisto episcopo. XL amplius diebus romana ecclesia sine antistite fuit, mirabili pace atque patientia praesentiam diaconi Lêonis exspectans. » i Prosper, Jbid.)

SALNT LÉOxN JUSQU'A SON POxN'TlFlCAÏ. 9

de celui de chef légitime de toute la chrétienté.

Ce titre était non seulement un insigne honneur, que Léon accepta avec autant de simplicité que de modestie, se réjouissant « de servir plus que de commander ^ »; c'était plus encore, surtout à cette époque critique, une charge énorme et une responsabilité effrayante, que le nouveau pape ne se dissimulait en aucune façon. « Si le sacerdoce, dit-il 2, impose des obligations à tous les prêtres, combien cette obligation est pour nous plus lourde et plus étroite ! Car la grandeur même de l'œuvre entreprise devient une occasion très fréquente de faillir. En effet, si chaque pasteur conduit son troupeau avec une sollicitude particulière, sachant qu'il devra rendre compte des brebis qui lui sont confiées, nous devons, nous, prendre part aux soucis de tous, et il n'est aucune partie du ministère qui nous soit étrangère. Comme le monde entier a recours au siège du bienheureux apôtre Pierre, et que l'on attend de nous qui l'occupons cet amour de l'Église universelle qui a été recommandé à cet apôtre par Notre-Seigneur, nous portons une charge d'autant plus lourde que nous avons de plus grands devoirs envers tout le monde. »

Bien rarement en effet, tant avant qu'après saint Léon, le chef de l'Eglise eut besoin d'un pareil ensemble de qualités rares et très diverses pour n'être pas inférieur à une tâche que les circonstances politiques et religieuses, non moins que l'état des esprits, rendaient de jour en jour plus difficile,

1 . ( .. . lUi [Petro]. . . cujus sedi non lam praesidere quam servire gaudemus. » {Serm. V, 5.)

Page 1