‹ St Léon le GrandChapitre 6 sur 123 · Serm. V · texte numérisé non relu

Serm. V

et qui pouvait paraître désespérante pour des forces humaines. Toutes les vieilles bases de l'ancienne société semblaient s'écrouler sans remède, et l'on ne croyait plus à tout ce qui avait fait sa force. (( L'antique empire, dit Arendt^, dont la naissance remontait à près de quinze siècles, ressemblait alors à un cadavre tombé depuis longtemps en putréfaction, et qui n'a plus besoin que d'être poussé par une main hardie pour retomber dans le néant d'où il est sorti. » Lui qui avait compris le monde, il ne comprenait plus guère que l'Italie, et pour combien de temps encore? Autour de lui s'établissaient de toutes parts, au milieu de luttes meurtrières qui portaient partout la désolation, les puissances jeunes et vivaces des Barbares. Les Bretons dans leur île éloignée, les Francs et les Burgondes en Gaule, les Wisigoths en Espagne avaient secoué lejoug, etils imposaient leur dominationou la défendaient contre des populations rivales. Genséric et ses Vandales, après avoir passé d'Espagne en Afrique, venaient de s'emparer de Carthage et de forcer l'empereur Yalentinien à une paix humiliante; et ils ne devaient pas s'arrêter là. Enfin les Huns, ces barbares asiatiques si différents des peuples de l'Europe qu'ils leur paraissaient plus semblables a des bêtes fauves qu'à des hommes, les Huns, quoique éloignés encore, ne devaient pas tarder à envahir l'Occident, à y répandre la terreur parmi les vainqueurs comme parmi les vaincus, et à porter insolemment leurs armes victorieuses jusque sous les murs de Rome.

I. Léo der Grosse und seine Zeit, Mainz, i835, in-S'^. p. 202.

Tout semblait se désagréger ; l'ordre de choses établi s'en allait à vue d'oeil, les lois jadis respectées perdaient leur force en perdant leur sanction, et, le trouble passant jusque dans les consciences, les croyances religieuses elles-mêmes se trouvaient ébranlées. Des doctrines nouvelles naissaient en plusieurs endroits, qui séduisaient par leur nouveauté même, tandis que les anciennes hérésies reprenaient de la vigueur dans l'espérance peut-être que l'Église allait bientôt sombrer en même temps que l'Empire.

Ce qui donnait une grande force matérielle h celte invasion de l'erreur, c'est que la plupart des peuples qui attaquaient l'Empire et le pénétraient de tous côtés étaient hérétiques ou idolâtres. Les Vandales, qui dévastaient les églises d'Afrique, étaient ariens. Les manichéens, chassés par eux de Carthage, s'étaient répandus en Italie, mê'me à Rome. Les pélaglensinfestaientle nord de l'Italie, les priscillianistes l'Espagne. Enfin les nestoriens répandaient leurs erreurs en Orient, où Eutychès, sous prétexte de les combattre, devait bientôt donner naissance à une nouvelle hérésie.

Que les persécutions, loin d'abattre l'Eglise comme ses ennemis l'espéraient, n'aient fait que la grandir, la fortifier et l'étendre, il n'y a rien là de bien surprenant : c'est l'effet ordinaire des persécutions. Mais il n'en est pas de même des divisions. « Tout royaume divisé contre lui-même sera désolé, » dit l'Evangile^; et toute la suite de l'histoire humaine nous montre assez combien cette parole est vraie.

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