Tillemont, Saint Léon^ CL
CONCILE DE CIIALCEDOINE. 105
Ces officiers n'avaient, naturellement, qu'un rôle tout extérieur, et l'on se passa fort bien de leur présence lorsqu'ils vinrent par hasard à manquer; mais ils furent d'une utilité pratique incontestable, car ils surent régler bien des choses avec un tact et une autorité discrète qui servirent beaucoup au bon ordre des séances.
La présijience fut donnée, selon la volonté expresse du souverain pontife ^ à Paschasin, qui partagea la préséance avec les légats Lucentius et Boniface. Quant à Basile, il faut croire qu'il était mort ou malade, car il n'est plus jamais question de lui.
Ouvert le 8 octobre 4^1, le concile devait durer jusqu'au i^^ novembre inclusivement^.
1. « Fratrem et coepiscopum menm Paschasinum de ea provlncia, quae videtnr esse securior, evocatum, qui vicem praeseiitiae meae possit implere, direxi. » [Epist. LXXXIX, ad Marcianiim.)
•2. Il y a divergence, aussi bien entre les difTérents exemplaires des Acles qu'entre les auteurs anciens, sur le nombre des se'ances. Plusieurs de ces exemplaires ne contiennent que les six premières se'ances, qui ont traité de la foi. D'autres ajoutent plus ou moins à ce nombre, et cette variété se trouve naturellement reproduite dans les divers historiens qui ont traite de cette époque. Comme il serait beaucoup trop long d'entrer ici dans le détail de cette question, nous nous contenterons de renvoyer au talileau fort clair, fruit de savantes recherches, qui a été dressé par Hefele (I. XI, § i86). Il établit, il est vrai, que, pour être exact, on devrait compter vingt et une séances. 3Iais, dans la pratique, il s'en tient au nombre seize; et nous ferons tie même, pour ne pas contredire à la tradition la plus généralement acceptée.
Cette variété entre les différents exemplaires des Actes des conciles tient principalement à ce que beaucoup d'évêques avaient un notaire particulier, quel(|uefois plusieurs, et que si tous voulaient garder par écrit ce qui était d'un intérêt général, comme les détinitions de la foi et les canons, il n'en était pas de même des questions particulières, parmi lesquelles chacun négligeait volontiers tout ce qui était inditférent à son diocèse
Le lieu choisi pour les réunions fut une grande église construite un peu en dehors de la ville, dans un site très agréable, consacrée à la vierge martyre sainte Euphémie, et illustrée, dit-on, par plus d'un miracle. Évagre et Nicéphore donnent une belle description de cette église, ainsi que des charmes du pavs environnant, pays délicieux, avec sa végétation luxuriante au bord du sombre azur de la Méditerranée K
Avant chaque séance, deux diacres étaient chargés d'aller avertir chacun des évèques de venir prendre sa place dans l'assemblée.
Les sièges qui leur étaient destinés étaient placés à l'entour de l'autel. A gauche, c'est-à-dire du côté de l'Epître, s'assirent les légats du pape, et après eux les évêques de Constantinople, d'Antioche, de Césarée en Cappadoce, d'Éphèse, et la plupart de ceux de l'Orient, du Pont, de l'Asie et de la Thrace. A droite étaient Dioscore, Juvénal de Jérusalem, et les autres évêques d'Egypte, de Palestine et d'Illyrie.
ou à sa province. De même, dans les copies qui se sont faites après coup, il a dû y avoir de nouveaux remaniements, suivant les besoins des temps et des pays, et par suite de nouvelles diffe'rences dans Tordre et dans le choix des matières.
On sentit, il est vrai, de bonne heure la grande utilité que pourrait avoir une collection complète, authentique et en quelque sorte officielle des actes du concile, et saint Le'on, dès Tannée 4^3, chargea son légat Julien de Cos de réunir une semblable collection et de la traduire en latin. Il est à peu près prouvé aujourd'hui que nous n'avons plus sa traduction; mais celles que nous avons encore sont presque toutes fort anciennes, beaucoup d'entre elles sont du temps même du concile, et elles servent souvent à éclairer le texte grec dans les endroits où celui-ci est obscur.
I. Évagre, Hist. ecclés., 1. II, ch. m. — Nicéph., Hist. ecclés.. 1. XV, ch. m. — Sur l'emplacement de l'ancienne Chalcédoine s'élève aujourd'hui le village de Kadi-Koeï.
COxXCILE DE CIIALCÉDOINE. 107
« Ce fut, dit Tillemont, la différence des sentiments, comme on le verra par la suite, qui partagea ainsi les évêques •. » Entre les deux groupes étaient les sièges destinés à l'empereur Marcien, à Pulchérie et aux officiers. Enfin, au milieu de l'assemblée, s'élevait un trône environné de cierges allumés, sur lequel on avait placé, suivant la coutume, le livre des Evangiles, pour affirmer la volonté que tous devaient avoir, de reconnaître comme suprême autorité la parole même de Jésus-Christ.
Le 8 octobre donc-, dès que tout le monde eut pris place et que la première séance du concile fut ouverte, les légats se levèrent, et Paschasin parla le premier. Au nom du pape, qu'il nomme chef de l'Eglise universelle, il protesta contre l'intrusion de Dioscore, qu'il s'agissait présentement de juger, et qui, par conséquent, ne devait pas siéger parmi les juges. (( Il n'a pas le droit, dit-il, de prendre part au concile, mais seulement de venir se défendre^....