Epist. CXII, a
le considéra toujours comme son homme de confiance et son chargé d'affaires. Les principales églises de l'Orient avaient déjà des représentants auprès de l'empereur, que l'on nommait apocrisiaires ^, et qui n'étaient pas des évêques. Saint Léon choisit un évêque pour représenter la cour de Rome : ce fut là, croit- on, l'origine d'une institution qui est encore en vigueur aujourd'hui, et Tillemont emploie déjà le mot de nonce en parlant de Julien.
Malheureusement la paix donnée au monde chrétien par le concile de Chalcédoine, déjà compromise par les menées d'Anatole, devait l'être encore par d'autres troubles beaucoup plus violents, quoique moins graves peut-être dans le fond.
Les sectateurs d'Eutychès, ennemis déclarés de ce concile, avaient entrepris de publier que le pape n'en approuvait pas les décrets. Marcien, pour répondre à ces faux bruits, avait bien obtenu de saint Léon une nouvelle lettre circulaire où il confirmait encore une fois toutes les décisions prises à Chalcédoine touchant la foi, mais où il faisait les restrictions que l'on sait sur le vingt-huitième canon -. Mais cette lettre, déjà tronquée à dessein lorsqu'elle fut lue en présence du clergé de Constantinople, ne fut probablement communiquée à ses destinataires ni en entier ni avec toute la diligence désirable. Et puis, l'eût-elle été, que l'esprit turbulent, insoumis et crédule des hérétiques orientaux, au service de quelques chefs dont l'ambition féroce et
I. L'iroxptodtpio;, en latin reç/^o/z^rt/ï.?^ était proprement celui (jui e'tail chargé de répondre pour quelqu'un,
•1. Epist. CXIV, ad episcopos r/ui in sancta syioclo chalcedonensi congregati t'uerunt directa. Elle est du 21 mars 453.
déréglée flattait mieux leurs instincts que la sage hiérarchie catholique, suffirait à expliquer les scènes sauvages qui affligèrent plusieurs contrées de rOrient, tandis que l'Occident devenait peu à peu la proie des Barbares.
Saint Léon se plaint à Julien de Cos, en 4^3, que Thalassius, évêque de Césarée en Cappadoce, ait laissé à un certain moine du nom de Georges la liberté de répandre de fausses doctrines, par écrit et de vive voix. Ce Thalassius, comme nous l'avons vu, avait été fort compromis au faux concile d'Éphèse, mais était rentré en grâce a Chalcédoine. Le pape se propose de lui écrire à lui-même, s'il en est besoin, au sujet des agissements de ce Georges, et il recommande en attendant de ne point permettre aux moines de prêcher ^
En Palestine, les choses allèrent beaucoup plus loin ^. Là encore, un moine révolté fut le premier et le principal auteur des troubles. Il s'appelait Théodose ; il avait été chassé de son couvent à cause de ses crimes, et, pendant un séjour qu'il avait fait à Alexandrie, il avait eu des démêlés avec Dioscore lui-même, dont il s'était permis de critiquer la conduite, et qui l'avait fait battre et promener par la ville sur un chameau. Il avait été ensuite a Chalcédoine, où probablement il s'était présenté à l'assemblée en même temps que Barsumas et Calo-
I. Epist. CXVIII. — Il revient plus d'une fois sur cette de'fense de prêcher faite aux moines et aux laïques en ge'ne'ral. Voy. Epist. CXIX. 6; CXX, 6, etc.
•1. Pour toute la suite de ces e've'nemeiits, voy. Tlie'ophane, Chronogr.^ p. ^x de l'ëd. Goar et Combefis; dans la Patrol. gr. de Migne, t. CVIII, col. 273-, — Ëvagre, Hist. eccl., I. II, c. v; — S'ice'phore Calliste^ Hist. eccl.., l. XV, c. ix.
podius ; puis il était revenu en Palestine avant la fin des séances, s'empressant de répandre des calomnies sur le concile, publiant qu'on y avait reconnu deux Christs, et appuyant ses mensonges sur de fausses pièces. Il anathématisait Eutychès luimême, tout en professant ses erreurs K
Son audace gagna d'abord les foules exaltées; puis son parti se trouva encore fort augmenté par l'influence de l'impératrice Eudocie, veuve de Valentinien III, qui s'était retirée à Jérusalem où elle favorisait depuis longtemps les sectateurs d'Eutychès, et qui se laissa séduire par le nouvel agitateur.
Lorsque Juvénal revint à Jérusalem, il put s'apercevoir que sa vie passée ne lui donnait pas, à beaucoup près, l'autorité qui eut été nécessaire pour entreprendre de résister à ces désordres. Le temps des erreurs était fini pour lui, et il refusa d'anathématiser le concile comme on voulait l'y contraindre, mais il fut impuissant contre les séditieux -. Ceuxci, se sentant soutenus par les gens de l'impératrice, eurent recours aux moyens les plus honteux, et n'hésitèrent pas à ouvrir les prisons, mettant ainsi en liberté une foule de malfaiteurs, qui remplirent bientôt la ville d'incendies, de pillage et de meurtres.
i. « Je me demande, re'pond Marcien à la requête de ses sectateurs, pourcfuoi vous anathématisez Eutychès (avec laison d'ailleurs) alors que vous suivez The'odose, homme d'une audace sans borne, et (jui est dans les mêmes sentiments quRutychès. »
.1. « Hi tamen, qui avidius impietatis virus hauserunt, facli sunt ejus [Juvenalis] adversarii, cujus fuerant ante discipuli, ut sua i{)se nulrimenta pateretur. » (Saint Lëon, Epist. CIX, 4.)
C'est à la faveur de pareils désordres que Théodose se fit ordonner évêque de Jérusalem dans l'église de la Résurrection.
Son premier soin fut de chercher à se débarrasser de Juvénal, et il lui envoya des assassins chargés de l'égorger. Juvénal parvint à s'échapper, et il se retira dans le désert, puis de là à Constantinople. !Mais les meurtriers tuèrent à sa place Sévérien, évêque de NicopoHs, ainsi que plusieurs autres personnes, qui refusaient d'entrer dans leur parti. Bientôt après, un diacre nommé Athanase fut mis à mort pour avoir osé reprocher à Théodose son impiété et ses crimes. Enfin cet intrus sanguinaire, aidé de ses bandes de brigands, portait la désolation dans toute la Palestine, « n'y avant rien, ajoute Tillemont, de plus détestable qu'un méchant moine qui a violé la sainteté de la foi et de sa profession S) : il chassait ou faisait assassiner les prêtres et les évêques qui lui résistaient, et il mettait à leur place des gens de son espèce. C'est ainsi qu'il ordonna, dit Évagre, un évêque de Majume du nom de Pierre, natif d'Ibérie, qui fut un de ceux qui consacrèrent plus tard, comme nous le verrons, le trop fameux Timothée Elure.
Il fit tous ses efforts pour gagner à sa cause plusieurs solitaires dont l'autorité était fort grande à cette époque, et il put espérer quelque temps qu'il arriverait à persuader saint Gérasime ; mais celui-ci fut promptement désabusé, et il alla retrouver saint Euthymius dans le désert où il s'était retiré. Théodose appela encore auprès de lui l'abbé Gélase, et,