Voy. Epist. CXIIL i
à la délivrance de Rome. Mais, s'il ne cherchait pas sa propre gloire, d'autres en ont pris soin, et les témoignages contemporains nous suffisent.
C'est encore le témoignage de Prosper qui nous fait connaître l'intervention, moins heureuse mais tout aussi généreuse, de saint Léon auprès d'un nouvel envahisseur, le vandale Genséric, qui marchait sur Rome à son tour quelques années plus tard, au mois de juin 455.
En Occident, tandis que l'Église était unie et forte, l'Empire succombait, ruiné autant par les discordes intestines que par les attaques de ses ennemis extérieurs, qui se montraient d'autant plus audacieux qu'ils le voyaient plus faible et plus divisé.
Le meurtre d'Aétius par Valentinien III, suivi de l'assassinat de celui-ci par les gens de Pétrone Maxime, et de l'avènement de Maxime au trône, ne sont que le commencement d'une longue suite de malheurs.
Le nouvel empereur commença par contraindre Eudoxie, veuve de son prédécesseur, à l'accepter pour époux. Lorsque celle-ci apprit quelle part il avait eue à la mort de Valentinien, elle en conçut une douleur et une colère bien naturelles, mais elle se vengea par des moyens indignes : elle envoya auprès de Genséric, roi des Vandales, en Afrique, l'invitant à venir à Rome, et le prévenant qu'il lui serait facile de s'en rendre maître. Genséric, qui avait des raisons pour connaître ces mœurs des Romains de la décadence, ne s'en étonna pas, mais il songea à en profiter, et il accourut aussitôt avec une nombreuse armée. A l'approche du danger, Maxime n'eut d'autre pensée que de s'enfuir, et il entreprit de
sortir de Rome avec tous ceux des habitants qui voulurent imiter sa lâcheté. Mais il n'alla pas loin : il fut assassiné à son tour par des serviteurs de Valentinien, le 12 juin 455, après soixante-dix-sept jours de règne.
Celui de ses huit successeurs, court et peu glorieux, devait mener rapidement l'empire d'Occident à sa fin.
Cette fois encore, ce fut le chef de l'Eglise qui marcha au-devant du fléau, que les pouvoirs séculiers avaient bien su déchaîner sur le pays pour assouvir leur haine, mais qu'ils étaient incapables de conjurer à l'heure où le danger les menaçait euxmêmes. Il s'avança hors de la ville avec son clergé, et rencontra Genséric devant la porte Portuensis. Là, sans aucun doute, il sut trouver les paroles que réclamaient les circonstances, et, sans perdre la dignité qui convenait à celui qui représentait à la fois l'Église et la patrie, il obtint du barbare tout ce qu'il était possible d'en obtenir, et plus même que l'on n'avait lieu d'espérer : car on n'avait plus affaire au chef païen d'une bande de Huns farouches, mais à un vandale, à un hérétique, à un sectaire méchant et avide. Saint Léon ne put arrêter le vainqueur, ni le faire renoncer aux profits considérables qu'il s'apprêtait à tirer de cette victoire facile et inespérée ; mais il obtint du moins que les Vandales s'abstiendraient des incendies, des meurtres et des supplices inutiles^.
I. « Urbem omni praesidiovaciiam Gensericus oblinuit, occurrente sibi intra portas sancto Leone episcopo; cujus supplicatio ita eum Deo agente lenivit, ut cum omnia polestatis jpsius essent, tradita sibi civitate, ab igné tamen et caede at-
Rome ne fut donc pas détruite, mais elle fut pillée de fond en comble, et le pillage dura quatorze jours ^ Les églises mômes ne furent pas épargnées. Peut-être les basiliques consacrées aux apôtres furent-elles respectées : du moins le pape trouva moyen de conserver six vases d'argent qui leur avaient été offerts autrefois par Constantin. Comme ces vases étaient fort grands, il les fit fondre plus tard pour en fabriquer de plus petits et les distribuer aux églises qui avaient été dépouillées^.
Des milliers de captifs furent emmenés h Carthage, parmi lesquels se trouvait Eudoxie ellemême, avec ses deux filles, Eudocie et Placidie". Genséric maria Eudocie à son fils Hunnéric, et renvoya quelque temps après Placidie et sa mère à Constantinople. Les autres captifs eurent beaucoup h souffrir, malgré les efforts du saint évèque Deogratias pour les soulager et pour les racheter.
Le pillage de Rome cessa probablement le 29 juin, jour de la fête de saint Pierre^; en souvenir de quoi une cérémonie d'actions de grâces fut célébrée dans l'octave de cette fête, durant un certain nombre d'années. Dans un sermon prêché a cette occasion, saint Léon fait allusion tant a la délivrance de la ville qu'à son anniversaire, et il se plaint que le
que siippliciis absliner^iliir. » i Prosper, Chron. ad ann. 431.) I. ^< Per quaUiortlecim igitur dies, secura et libéra scruta-
tione, omnibus opibiissuis Roma vacuata est. » (Prosper, Ibid.) 1. Anastase, Vitac roman, pontif..^ S. Léo (g 67).
3, « ... Muitaque millia captivorum, prout quique aut aetate aut arte placueruiit, cum regina et fiiiabus ejus Carthaginem abducta sunt. )> (Prosper, Ib'ul.)
4. Voy. Grisar, t. T, n, 82. « Peut-être, dit-il, est-ce eu considération de la fête de saint Pierre que Le'on obtint qu'il fut limite à cette date. »
peuple oublie trop vite cette date, et ne se souvienne pas assez de ce qu'il doit à la protection de Dieu et à l'intercession des saints :
« Mes bien-aimés, dit-il, la religieuse pratique qui faisait affluer ici tout le peuple fidèle pour rendre grâce à Dieu en ce jour de notre châtiment et de notre délivrance, est à présent négligée de presque tous, comme le montre le petit nombre de ceux qui sont venus. Mon cœur en est rempli de tristesse, et envahi d'une grande crainte. Car c'est un grand danger pour les hommes que d'être ingrats envers Dieu, d'oublier ses bienfaits, de ne pas se repentir après le châtiment, de ne pas se réjouir du pardon. Je crains donc, ô mes bien-aimés, que la voix du prophète ne s'adresse à ces cœurs indifférents, quand elle dit : « Vous les avez frappés, et ils n'en ont pas éprouvé de douleur; vous les avez châtiés, et ils n'ont pas accepté la correction ^. » Quel amendement en effet peut-on espérer de la part de gens qui montrent un tel éloignement? J'ai honte de le dire, et pourtant je n'ai pas le droit de me taire : on se met plus en frais pour les démons que pour les apôtres, et les spectacles insensés attirent plus de monde que les bienheureux martvrs. Qui donc a sauvé cette ville? Qui l'a arrachée à la captivité? Qui l'a préservée du carnage? Sont-ce les jeux du cirque, ou bien la protection des saints? Ce sont les prières des saints qui ont adouci l'arrêt de la justice divine, c'est grâce à elles que nous pouvons espérer le pardon, nous qui avions mérité la colère.