Chron. ad ann
2. Voy. Hefele, Hist. des conciles^ trad. par Dom Leclercq. introdiiclion, t. I. i'® partie (1907), p. i33 et suiv.
3. Ce qui leur fît donner le nom de qiiartodc'cimans, ou de chrétiens judaïsants. parce qu'ils suivaient la coutume des Juifs, et ne tenaient pas au dimanche pour fêter la re'surrection du Sauveur, qui avait eu lieu ce jour-là.
n'intéressait alors que la discipline, et qui se fondait sur l'exemple de saint Pol\ carpe, évêque deSmyrne et disciple des apôtres.
Mais, à la fin du même siècle, l'unité de l'Église se trouva sérieusement menacée, lorsque Polycrate, évêque d'Ephèse, annonça au pape Victor qu'il avait décidé de célébrer de nouveau la paque, dans son église, le quatorzième jour de la lune de mars. « L'affaire entrait dans une phase nouvelle.... Tout le monde put comprendre, par les circonstances qui l'accompagnaient, que de purement disciplinaire la question devenait dogmatique. Il s'agissait en effet de sauver l'unité de la discipline gravement compromise par de telles divergences, et par un refus obstiné d'obéissance à l'autorité de l'Église'. »
Il s'agissait en même temps de s'opposer aux prétentions, clairement avouées, de certains chrétiens, de ramener dans l'Église catholique les pratiques du judaïsme.
Saint Victor prit de sages mesures pour remédier au mal. De nombreux conciles, réunis par son ordre tant à Rome que dans diverses provinces d'Orient et d'Occident, décidèrent que la coutume des Occidentaux était la seule légitime. Polycrate persistant dans son obstination, le pape l'excommunia ainsi que ses partisans : grâce à la pieuse intercession de saint Irénée, l'effet de cette mesure fut suspendu contre les personnes ; mais la doctrine, qui com-
I. Martigny, Dictionn. des antiquités chrétiennes^ art. Pâ- (fues. — Ce qui fait bien voir que toute la gravite' de cette divergence tenait aux circonstances qui l'accompagnaient, c'est qu'aujourd'hui encore le saint siège tolère parfaitement que les Grecs unis célèbrent la pâque à une autre époque que nous.
portait une révolte contre l'autorité du Saint-Siège, demeura frappée d'anathème. Et cette décision fut confirmée plus tard, en Sao, par le concile œcuménique de Nicée, qui mit les quartodécimans, ou partisans du quatorzième jour, au nombre des hérétiques, et ordonna que la fête de Pâques aurait lieu chaque année le premier dimanche après la pleine lune qui suit le jour de l'équinoxe du printemps (l'équinoxe étant supposé arriver toujours le 20 mars).
Désormais la règle était fixée et reconnue par toute l'Eglise; mais il devait y avoir encore des difficultés dans son application.
Nous voyons que saint Léon attachait une grande importance à cette question de la pàque, comme à tout ce qui regarde l'unité, qui est quelquefois sérieusement compromise par ces questions d'ordre secondaire en apparence.
Dès l'année 44^? il avait eu à se préoccuper de la pâque de 444» dont la date était le 26 mars d'après le cycle de Rome, tandis qu'elle était le 28 avril selon le cycle d'Alexandrie, c'est-à-dire le « cycle centenaire », composé par Théophile, évêque d'Alexandrie, dans lequel l'époque de Pâques était calculée pour cent années à partir de l'an 879, et qui servait de règle depuis longtemps. Saint Léon écrivit à saint Cyrille, alors évêque d'Alexandrie, puis a Paschasin, évêque de Lilybée et son futur légat à Chalcédoine, afin de leur demander leur avis : tous deux se déclarèrent pour le 28 avril ^.
I. Voy. la lettre de Paschasin, parmi celles de saint Léon sous le no III ; elle est pre'cédée d'un fragment de celle de saint
Comme les Latins s'attachaient, sans grande raison d'ailleurs, à ne pas dépasser le 21 avril, Paschasin fait voir que cette exigence (pour cette fois du moins) peut se concilier avec l'opinion qu'il soutient, puisque le 21 se trouve être le jour de la Passion, qui est aussi une pâque^ (la pâque du Crucifiement comme on l'appelait jadis). Le pape accepta les raisons de ses conseillers, et la fête de la Résurrection eut lieu partout le 2 3 avril.
Prosper, qui raconte la chose, l'approuve pour cette année-là 2. Nous venons de voir qu'il n'en fut pas de même en 4^5.
C'est qu'alors la difficulté parut plus grande encore, à ceux du moins qui restaient dans la croyance qu'on ne devait célébrer cette fête ni avant le 21 mars, ni après le 21 avril (ou à la rigueur le 28, comme nous avons vu). En 44^, en effet, le cycle de Théophile reculait le jour de Pâques jusqu'à la date du 24 avril, qui ne pouvait se justifier aux veux des Latins de la même façon que celle du 28.
Le pape cependant tenait par-dessus toutes choses à ce que la fête de la Résurrection fût célébrée en
Cyrille. Nous n'avons plus les épîtres du pape auxquelles elles répondent.
1. « Neque nobis a ut novum aut erraticum videatur, cum dies Passionis undecimo calendas maii occurrat, a qua (sicut Graecis videtur) Pascha nomen accepit ; licet hebraeae linguae interprètes tradant Pascha transitum dici^ quod tamen idem et .lohannis Evangelistae dicto firmatur, quo ait, cum de Passione loqueretur : « Cum venisset hora ut transiret Jésus de hoc mundo ad patrem. » (Johann., xiii, i.)
2. >T Hoc anno pascha Domini IX calendas maii celebratum est, nec erratum est, quia in die undecima calendarum maiarum dies Passionis fuit. Oh cujus reverentiam natalis urbis Romae sine circensibus transiit. » {Chron. ad ann. 4440
tous lieux le même jour. L'importance qu'il attachait h cette question est attestée par le grand nombre d'endroits où il en parle l, et par l'insistance extrême qu'il met à vouloir la résoudre d'une façon bien nette, qui puisse servir de règle pour le présent et pour l'avenir. Il y revient souvent, en particulier, dans ses lettres à Julien de Cos et à l'empereur Marcien. Il prie ce dernier de soumettre le cas aux personnages les plus compétents en pareille matière, et de leur demander leur avis. Pour répondre au désir du pape, l'empereur écrivit à saint Protérius, évêque d'Alexandrie, estimé pour sa science autant que pour sa piété, et dont l'autorité paraissait suffisante pour faire accepter de tous la solution qu'il proposerait. Cette autorité d'ailleurs était d'autant mieux établie que le concile de Nicée avait donné au patriarche d'Alexandrie, qui avait dans sa ville épiscopale une école d'astronomie justement célèbre, la charge de calculer chaque année le temps de é Pâques, puis de le faire connaître aux autres églises, ■* et en particulier au pape, qui décidait d'ordinaire conformément à son avis.
Protérius répondit directement à saint Léon par une longue lettre - où il soutient, en se fondant sur les calculs astronomiques les plus savants comme sur les exemples de l'histoire, que la date donnée par le cycle de Théophile est la bonne. Le pape suivit ses conseils et fixa la pâque de cette année au 24 avril, comme nous le voyons par plusieurs endroits de ses écrits, entre autres par une épitre aux
1. Vov. Epist. CXXÎ; CXXll; CXXVII, 2: CXXXIV, CXXXVÎI, I • CXXXVIII.
2, Parmi celles de saint Le'oii sous le n'^ CXXXIII.
évêques de Gaule et d'Espagne^; mais il ne paraît pas avoir été pleinement convaincu. « Ce n'est pas, écrit-il à Marcien, l'évidence du raisonnement qui m'a décidé, mais plutôt le souci de l'unité, qu'il importe surtout de conserver 2. »
Ces différends stimulèrent le zèle des Occidentaux, et il n'est pas douteux que saint Léon les ait encouragés de tout son pouvoir. Gennade nous dit ' qu'un cycle pascal fut composé par Prosper, et un autre par l'aquitain Victorius^. Celui de Victorius, que nous avons encore, fut entrepris à la prière de saint Hilaire, archidiacre de Rome et futur successeur de saint Léon : il comprend une période de 532 ans à partir de l'an 28 de l'ère chrétienne. Quoiqu'il contienne plusieurs erreurs^, qui furent relevées au siècle suivant par Victor de Capoue, il est resté longtemps en honneur : le concile d'Orléans, qui réunit, en 54i, les évêques de la plus grande partie des Gaules (ou leurs représentants), décida que ce cycle servirait de règle dans toutes les églises de ces provinces; il ajouta pourtant que, s'il se rencontrait quelque difficulté sur le jour, les métropolitains consulteraient le siège apostolique, et que l'on s'en tiendrait à sa réponse ^.