‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 22 sur 72 · Epist, III, lib. ni · texte numérisé non relu

Epist, III, lib. ni

SAINT -PIERRE DAMIEN

clc réprimer l’avarice de ceux qui aspiraient aux mitres épiscopales. On jugerait par son zèle contre l’Eglise de Pesaro de ce qu’on était en droit d’attendre de lui pour le bien des autres diocèses. Si, en effet, celte Église n’est pas soustraite à l’adultère, à l’incestueux, au parjure, au voleur qui la possède et si ce faux évêque est réintégré dans ses fonctions, l’espoir que tous les peuples ont mis en Grégoire sera complètement frustré. Deux autres diocèses, ceux de Ciltà di Castello et de Fano sont dans une situation analogue et attendent du nouveau pape une action énergique ‘.

Dans une seconde lettre, il rappelait au pontile que malheureusement il y avait alors grande disette de sujets propres à l’épiscopat. Beaucoup de clercs souhaitaient le sacerdoce par orgueil et cupidité, mais ils négligeaient de s’en rendre dignes. Étant données les circonstances et pour obéira l’axiome : de deux maux il faut choisir le moindre, il se permet de lui recommander pour l’évêché de Fossombrone un clerc de son voisinage. Ce n’est certes pas qu’il soit absolument méritant; il a, en effet, convoité ardemment cette charge, mais il est un peu meilleur que les autres et, d'ailleurs, il a été élu par le clergé et le peuple et plusieurs l’ont estimé apte à remplir cet office. L’ambitieux pourrait, lui semble-t-il, recevoir une pénitence et puis être sacré. Mais que le pape reste juge. Notre saint le prie seulement, s’il ne consacre pas ce clerc, de ne pas pourvoir le siège vacant avant de l’avoir vu lui, Damien2.

i. Epist. I, lib. i.

a. Epist. II, lib. i.

LES DÉBUTS DE LA VIE PUBLIQUE

Nous ne savons comment Grégoire accepta ces conseils et si son correspondant lit le voyage de Rome. Le pape était certes animé des meilleures intentions, mais il devait tout d’abord et à Rome même faire lace à des réformes plus urgentes. Les églises de la ville étaient dans le dénuement le plus complet et tous les édifices en ruines. Il tenta de les relever et avec son propre patrimoine et en faisant appel à la générosité du monde chrétien. Des pillards et des assassins occupaient les autres domaines du Saint-Siège et en étaient venus jusqu’à enlever les offrandes déposées par les fidèles sur les autels et les tombeaux des apôtres. Mais exhortations, excommunications, emploi même de mercenaires armés pour repousser par la force brigands et voleurs, tout fut vain et la situation ne fit qu’empirer. En outre, Sylvestre III et Benoît IX qui, malgré son abdication, n’avait pu obtenir la main de sa cousine, appuyés chacun par des partisans assez nombreux et sans scrupules, faisaient à nouveau valoir leurs prétentions à la tiare. Plusieurs accusaient Grégoire de simonie ouvertement et non sans apparence de vérité, de sorte que trois pontifes contestés siégeant respectivement à Saint-Pierre, au Latran et à Sainte-Marie-Majeure, se trouvaient en présence.

Quoi d’étonnant à ce que les meilleurs esprits se soient troublés au milieu de telles calamités et n’aient vu d’autre remède à l’état présent des choses que dans un appel à Henri le Noir, roi de Germanie depuis la mort de l’empereur Conrad, son père (1039) ? Ils le savaient pieux et décidé à combattre les ennemis de l’Église. Pierre, archidiacre de Rome, convoqua les évêques, les prélats,

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les moines et les laïques des deux sexes dont il connaissait l’honnêteté et qu’il savait désireux de voir la paix et le calme refleurir et il les sépara de la communion des trois intrus. Puis il se rendit à la cour germanique et, tout en pleurs, supplia le prince de venir en aide à sa mère désolée, l’Eglise romaine1. Damien aurait, selon quelques-uns, adressé la même requête à Henri dans une petite pièce de vers ainsi conçue : « O Roi Henri, la Sunamite a épousé trois maris, au nom du Tout-Puissant venez briser ce triple lien2 ».

Le roi de Germanie, dans la pensée de rendre la paix à l’Eglise en faisant cesser le schisme tout autant que pour affermir son pouvoir au delà des Alpes, se résolut à partir pour l’Italie avec sa femme Agnès, qu’il avait épousée en secondes noces le jour de la Toussaint io43. Le a5 mai 1046, fête de la Pentecôte, il était à Aix-la-Chapelle où il cita et déposa l’archevêque Widger de Ravenne, qui avait succédé après une vacance de plusieurs mois au pieux Gebhard mort au monastère de Pomposa le 17 février io44* mais qui n’avait jamais été

1. Bonitho, Liber ad amicum dans Jaffe, Monumenta Gregoriana, p. 626 sq.

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