J anales Romani clans MG. SS. V
SAINT PIERRE DAMIEN
gent à son parrain, l’arehiprêtre Jean Gratien et se retira hors de la ville, dans une terre de famille où il put en toute tranquillité s’abandonner à ses instincts dépravés.
Le nouveau pontife fut Grégoire VI-. Les contemporains sont d’accord pour le dépeindre comme un homme de mœurs irréprochables et d’une vraie piété et pour reconnaître l’acceptation qu’il fit du pontificat, même à de telles conditions, comme une œuvre de zèle et d’abnégation. Il ne voulait que servir l’Eglise, et réparer autant qu’il était en lui les scandales de son prédécesseur. Les partisans de la réforme du clergé, et à leur tête le moine de Sainte-Marie de l’Aventin, Hildebrand, le futur Grégoire VII, que le nouvel élu, son ancien professeur, attacha aussitôt à sa personne, et Pierre Damien, saluèrent son avènement avec joie. Ils fondaient sur lui les meilleures espérances.
Le prieur de Fonte- Avellana s’était déjà signalé comme un adversaire résolu des évêques et des prêtres simoniaques et fornicateurs. Toute sa vie il les poursuivra avec une énergie passionnée et comme par vocation. Lié d’amitié avec le saint archevêque Gebliard de Ravenne et les abbés Guy de Pomposa et Lambert de San Apollinare in Classe près de Ravenne, il travaillait de concert avec eux à l’extirpation des vices. Déjà il avait félicité le premier de ces prélats de sa conduite à l’endroit des simoniaques et il s’était interposé auprès de lui afin qu’il employât son crédit à faire chasser de leurs églises deux indignes évêques du voisinage : « La Sainte Église te sait gré, soldat invincible du Christ, lui avait-il écrit, en ces temps
LES DÉBUTS DE LA VIE PUBLIQUE
où le dragon de la simonie, cette bête horrible, s’efforce de jeter son venin sur ceux qui trempent avec passion dans ces infâmes négociations, d’avoir à peu près seul su préserver l’église, qui t’est confiée, de sa contagion empestée.... Courage, soldat du Christ, recueille tes forces et prudemment mais virilement déjoue toutes les machinations du diable. Enchaîne l’avarice, terrasse la superbe, relève ceux qui ont failli, tends la main à ceux qui chancellent et, en même temps que tu es toi-même à l’abri derrière le bouclier de tes vertus, sois le défenseur et le protecteur des autres l. » Et, après lui avoir rappelé en des termes de la plus tendre effusion l’affection réciproque, qui les unissait, il ajoutait : « Dans cette affaire des mauvais évêques de Fano et de Pesaro, montre-toi tel, bien-aimé Père, que l’on puisse en toute vérité dire de toi que tu redoutes le jugement de Dieu, que tu combats avec vigueur les ministres dudiable, que tu travailles à arracher l’ivraie et que tu veux ramener l’Ésrlise du Christ des ténèbres h la lu-
mière 2 » .
Dès qu’il eut appris l’élection de Grégoire VI, Damien lui écrivit deux lettres. Les éloges que diverses personnes avaient décernés à ce pontife lui étaient allés au cœur : « Il buvait avidement, comme il disait, la coupe pleine de douceur de ces louanges », et rendait gloire à Dieu de son élévation, qui mettait fin au règne de Simon, c’est-àdire d’un indigne. Il lui conseillait de faire refleurir par sa prudence la discipline ecclésiastique et