‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 39 sur 72 · Vlta Damiani, cap. XIV · texte numérisé non relu

Vlta Damiani, cap. XIV

2, On voit par le sermon LXI de Damien qu’il étaiL évêque avant la Noël de 1057.

SAINT PIERRE DAMIEN

1066, Maynard, un autre moine de son ermitage. Plus tard, nous le verrons se plaindre à Alexa ndre II du trouble que l’on a jeté dans son évêché de Gubbio, ce qui laisserait supposer que ses disciples ne furent que ses coadjuteurs ou ses auxiliaires dans le gouvernement de ce diocèse.

Pénétré de l’importance etdes responsabilités de sa dignité, le nouveau cardinal d’Ostie écrivit peu après son élévation h ses collègues, les évêquescardinaux de l’église du Latrau. On doit entendre par là les évêques de Porto, de Sainte-Rufine ou Silva Candida, d’Albano, de Sabine, de Tusculum et de Préneste. Eux seuls avaient le droit d’oificier, en l’absence du pape dans l’église patriarcale du Latran dont ils étaient les vicaires; c’étaient les plus hauts dignitaires de l’Eglise romaine.

Dans celte lettre éloquente datée de Fonte- Avellana, Damien exhorte ses collègues à mener dans ce siècle corrompu une vie telle qu’ils puissent servir d’exemple à tous.

« Les sentinelles, leur dit-il, qui gardent les camps, les vedettes placées au haut des tours s’interpellent souvent les unes les autres durant l’obscurité des nuits afin de se tenir en éveil. De la sorte, tout en excitant la vigilance des autres, chacune échappe au sommeil jusqu’au terme de la faction. Appelé malgré moi au rôle de sentinelle et de veilleur dans le camp de l’Eglise, je vous écris, vénérables Pères, dans un style grossier, ou plutôt je vous fais entendre les sons de ma voixrauque, non certespour vous éveiller, car vous êtes vigilants, mais bien plutôt pour me secouer moi-même et me tirer de la torpeur honteuse de la paresse

« Vous êtes témoins, frères très chers, que le

monde entier se précipite vers sa ruine. Plus il approche de sa fin et plus chaque jour il accumule sur lui des amas de crimes. La discipline ecclésiastique est à peu près partout oubliée ; on ne rend pas aux prêtres le respect et les égards auxquels ils ont droit; on foule aux piedsles institutions canoniques, et le culte qui est dû à Dieu a fait place au culte des choses de la terre. Les lois du mariage sont renversées. Partout ce nesontque rapines, vols, parjures, prostitutions, sacrilèges, crimes les plus atroces.... Au milieu des écueils si dangereux et si féconds en naufrages, au milieu de ces gouffres où se perd la race humaine, un seul port reste ouvert : l’Église romaine. Le filet du pauvre pêcheur est toujours prêt à arracher aux flots courroucés ceux qui veulent s’y réfugier et à les déposer sur le rivage tranquille du salut....

« Nous donc, mes frères, car j’ai l’audace de me compter parmi vous, nous, dis-je, qui ressemblons à des étoiles, nous, que notre dignité fait les égaux des anges, resplendissons, annonçons aux peuples les paroles de vie non seulement de bouche mais par nos mœurs. Ce n’est pas tant la langue du prédicateur que sa vie qui rend puissantes ses paroles. Puisque de toute part sur terre on accourt en foule au palais du Latran, il est nécessaire que là plus qu’en aucun autre lieu la règle de conduite soittoujours droite et qu’une discipline sévère y sauvegarde constamment les bonnes mœurs.... L’inconduite des prêtres est pluspernicieuseque celle des laïques quels qu’ils soient. Car si les guides de la route viennent à tomber dans le précipice, il est vraisemblable que ceux qui les suivent y tomberont après eux comme fatalement....

SAINT PIERRE DAMIEN

Damien blâme ensuite chez les prélats la chasse effrénée aux dignités.

« Désirer l’épiscopat, leur dit-il, sans se livrer aux bonnes œuvres, c’est se couvrir d’un vain nom et échappera la réalité. Ce ne sont pas les bonnets en forme de tours faits de la fourrure des zibelines ou d’animaux d’outre-mer, ce ne sont pas les nœuds formés sous le menton avec la peau des martres, ce ne sont pas les globules, pas plus que les escortes des soldats et des coursiers fringants et éeumants, qui font l’évêque, mais bien l’honnêteté des mœurs et la pratique des saintes vertus1. »

Enfin il termine sa lettre en suppliant de nouveau ses collègues de mener une vie constamment régulière et sérieuse, qui serve de type aux fidèles : « Vous donc, pères très aimés, qui avez reçu la tâche de corriger ces abus et d’autres, montrezvous la règle vivante et l’exemple des fidèles et des prêtres. Qu’on lise dans votre vie comme dans un livre ouvert ce qu’il convient de faire, ce qu’il convient d’éviter. Que notre bouche ne profère plus de paroles oiseuses. Que la langue du prêtre garde un silence discret et ne se prête plus aux plaisanteries. Pas de joie excessive et immodérée! Plus de puérilités, d’épigrammes et de bons mots! Plus de bouffonneries, plus de nouvelles curieuses ! Quelle prière chaste pourraient adresser à Dieu les lèvres du prêtre, qui se complaît dans des discours déshonnêtes? »

C’est de cette époque aussi que datent deux lettres qu’il adressa à son ami de prédilection, Didier, que Etienne venait de faire élire pour son succes-

Page 1