‹ St. Pierre Damien (1007-1072). --Chapitre 40 sur 72 · I. Epist. I, lib. n · texte numérisé non relu

I. Epist. I, lib. n

seur au Mont-Cassin, tout en gardant pour luimême jusqu’à sa mort l’administration de l’abbaye.

Il lui donnait des avis salutaires sur la conduite a tenir dans sa charge difficile. C’est ainsi qu’il lui conseillait d’avoir le souvenir de ses fautes toujours présent devant ses yeux, mais d’oublier ses vertus pour ne pas se laisser aveugler par l’orgueil; de ne se formaliser pas des réprimandes d’autrui, mais d en tirer tout le profit possible ; de corriger, comme il en avait le devoir, les fautes de ses subordonnés ; de ne jamais médire des absents, qui ne pouvaient se défendre, mais de reprendre charitablement et en face les délinquants; d’aimer le jeûne et la pénitence; de célébrer fréquemment le saint sacrifice afin, disait-il, que l’antique serpent en vovant ses lèvres teintes du san^ du Christ soit

terrifié et prenne la fuite; de veiller sans relâche aux intérêts de son monastère; de conduire dans la voie de la perfection tous ses moines, mais ceux surtout qui sont les plus simples; enfin de s’élever lui-même jusqu’au sommet de la contemplation1.

Ces deux lettres admirables suffiraient à montrer quel cœur affectueux se cachait sous les dehors austères du saint ermite et comment il comprenait les devoirs de la véritable amitié.

Etienne X compléta le choix qu’il avait fait de Damien comme cardinal et de Didier comme abbé du Mont-Cassin par la nomination au siège épiscopal de Lucques d’un autre ami du prieur de Fonte-Avellana, Anselme de Baggio, un des plus saints personnages de ce temps. Par là se révèle la droiture des intentions du pontife, qui promettait

i, Epist, XI et XII, lib. il.

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d’être un vrai et grand pape. Mais Dieu avait d’auires vues.

Étienne X mourut, en effet, prématurément à Florence, le 29 mars io58, entre les bras de saint Hugues de Cluny, ainsi qu’il l’avait désiré. Quelques jours auparavant, étant à Rome, il avait, prévoyant des désordres possibles, décrété en présence des cardinaux, des évêques et du peuple assemblés que, sous peine d’excommunication, l’on ne devrait pas procédera l’élection de son successeur avant le retour d’Hildebrand envoyé en mission auprès de l’impératrice Agnès1.

Sans’ tenir aucun compte de ces dernières volontés d’un mourant, Grégoire, comte de Tusculum, Gérard de Galeria, les (ils du comte Crescent de Monticelli et quelques autres membres influents du parti de la noblesse romaine se réunirent aussitôt de nuit et, usant des moyens ordinaires de corruption, ils élurent Jean, évêque de Yelletri, auquel ils donnèrent le nom de Benoît X. Pierre Damien et les autres cardinaux s’opposèrent énergiquement à cette élection qu’ils tenaient à bon droit pour illicite et anticanonique, et prononcèrent des anathèmes contre ses auteurs. Mais, devant les partisans de l’élu armés et décidés à repousser par la violence toute tentative des vrais chefs de l'ÉMise, ils 11e pouvaient songer à entrer dans Rome et quelques uns jugèrent prudent de s’enfuir au Mont- Cassin ou à Bénévent. Certains demeurèrent à Florence après les funérailles d'Étienne X et Damien rentra à Fonte-Avcllana.

C'est à lui que revenait, à litre d’évêque d’Ostie,

1, Eplst. IV, lih. in.

l’honneur cle sacrer Benoît, mais, en son absence et parce qu ils étaient surs de son refus, les schismatiques contraignirent son archiprêtre à procéder à cette fonction; la chose eut lieu le 5 avril, dimanche de la Passion.

A son retour d’Allemagne, Hildebrand mis au courant de ce qui s’était passé à Rome, écrivit de Florence aux Romains du parti de la réforme et, ayant reçu d’eux plein pouvoir, il fit élire comme ponlile légitime l’évêque de Florence, Gérard, qui prit le nom de Nicolas II1. Puis il députa vers Henri IV des agents chargés de représenter au prince que l’intrusion de Benoît n’était pas un obstacle à une élection canonique. Le roi, que les députés rencontrèrent à Augsbourg pour les fêtes de la Pentecôte, se rendit sans difficulté aux raisons alléguées et accorda son approbation. L’impératrice fit plus encore; elle chargea son représentant en Italie, le duc Gottfried, de mettre le pontife élu en possession de Rome et du patrimoine de Saint- Pierre. Toutefois, afin de bien montrer que l’élection de Gérard s’était faite en dehors de toute influence royale, Hildebrand la fit renouveler avec

i. A cette occasion, Pierre Damien composa de beaux vers de circonstance dans lesquels il fait allusion aux deux pontifes légitimes Etienne X et Nicolas IL L’un était mort à Florence, le second était évêque de cette ville :

Parva virum viduæ debet Florentia Romæ :

Quæ tenet extinctum, cogatur reddere vivum.

Sic nova Bethleis lux mundo fluxit ab oris.

La petite Florence doit un homme à Rome en deuil. Ce qu’elle reçoit mort, elle le rend vivant. Une nouvelle lumière a lui du pays de Bethléem sur le monde. P. L., CXLV, 967.

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l’appui du duc Gottfried dans un synode tenu à Sienne sous sa présidence le 28 décembre de la même année 1008 et auquel assista Guibert de Panne, récemment nommé par l’impératrice Agnès chancelier du royaume d’Italie. Il 11’est pas impossible que Damien ait été aussi présent à ce synode. Le 6 janvier suivant, en effet, nous le trouvons donnant un sermon à Saint-Pierre de Rome1.

Consulté par l’archevêque Henri de Ra venue quel était à ses yeux le vrai pape de Benoît ou de Nicolas, le cardinal d’Ostie lui écrivit assez longuement; il insérait dans sa réponse des détails typiques sur les deux antagonistes. Celui qui présentement occupe le siège apostolique (Benoît) est, autant qu’il en peut juger, illégitime, puisqu’il a été intronisé de nuit avec des troupes armées et tumultueuses, en dépit des réclamations des cardinaux, de leurs oppositions et de leurs anathèmes. De plus, il est simouiaque car son élection est due aux largesses laites au peuple. Dans toute la ville on entendait forger de la monnaie et, ce qui est plus grave, c’est l’argent de Pierre, c’est-à-dire du trésor papal, qui a été prodigué aux disciples de Simon. Toutefois, le saint serait enclin à admettre des circonstances atténuantes en faveur de l’intrus, qui prétend avoir été contraint. C’est, en effet, un homme stupide (comme l’indique le surnom de Mincfo , que lui a décerné le peuple), qui peut avoir ignoré ce qu’011 machinait pour lui. Mais il est coupable de demeurer dans le bourbier où on l’a violemment jeté et dans l’adultère qu’on lui a fait commettre à son insu. Pierre ne veut pas

Epist. I, lib. vin.

s étendre davantage sur sa promotion. Il ajoute pourtant que la consécration de Benoît a été extorquée à un prêtre de l’Église d’Ostie si ignorant qu’il ne peut lire une page même en épelant et, de ce seul chel, l’ordination est manifestement invalide. Si le prêtre doit sans aucun doute être déposé pour avoir usurpé le privilège d’un évêque, que penser de l’évêque qui s’est laissé ordonner contre tous les canons ? Damien rappelle aussi le décret mentionné plus haut qu’a porté Étienne X avant sa mort. Autant de raisons de croire à une usurpation.

Pour satisfaire pleinement son correspondant, il lui trace un portrait avantageux de celui qui, à ses yeux, est le véritable élu. C’est un lettré, d’un esprit vif, de mœurs au-dessus de tout soupçon, et fort généreux. Pierre se déclare prêt à baiser les pieds du schismatique si ce dernier peut expliquer une seule ligne non pas même d’un psaume, mais d’une homélie.

Henri l’avait prié de lui répondre en secret afin de ne pas s’exposer. Mais Damien accepte la responsabilité de ce qu’il écrit et ne veut pas se dérober. Que l’archevêque rende donc sa réponse publique afin que personne n’ignore le péril commun1.

Cette lettre ne manque pas d’une certaine humour, mais elle est passionnée et, du moins quant à ce qui regarde l’évêque de Velletri, elle semble exagérée. Sans doute Damien devait avoir de bonnes raisons de le croire un simoniaque, mais il est difficile d’admettre chez ce prélat la crasse ignorance qu’il lui attribue, surtout si l’on se souvient que

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