‹ St. Vincent de PaulChapitre 3 sur 15 · ENFANCE ET ÉDUCATION · texte numérisé non relu

ENFANCE ET ÉDUCATION

Il est des noms qui en disent plus à eux seuls que tous les commentaires ou tous les panégyriques : les louer, c'est affaiblir l'impression qu'ils produisent. Le nom de saint Vincent de Paul est de ceux-là. Il suffit de le prononcer pour que chacun, croyant ou incrédule, s'incline avec admiration et vénération comme devant le nom d'un des plus grands bienfaiteurs de l'humanité, devant l'un des plus étonnants exemples de ce que la grâce du Christ peut faire d'un cœur docile et d'une âme aimante. Aussi la meilleure manière de raconter la vie de celui qui fut à la lettre un vrai serviteur de Dieu et des pauvres, est-elle, à notre sens, l'exposition simple , sobre , même parfois sèche, des faits qui la composent. Ces faits, qui ne sont connus du grand nombre qu'en gros et vaguement, perdraient à être racontés autrement qu'avec la plus parfaite simplicité. Quand le lecteur les con-

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naîtra dans leur vérité et leur ensemble, il sera bien forcé de convenir, que suivant la grande expression de Bossuet, les choses parlent d'elles-mêmes et vrai mentleurvoix est plus puissante que nelesauraientêtre tous les discours, fussent-ils très éloquents, ce qui ne saurait être ici le cas. Ceci dit pour nous faire pardonner l'aridité de notre récit, qui risque d'étonner, voire même de scandaliser quelques-uns, entrons immédiatement en matière et essayons de peindre par ses actes et en le laissant le plus souvent parler lui-même, l'apôtre de la charité dans les temps modernes.

Vincent de Paul naquit le 24 avr i' 1 5^6 à Ran- "uines, hameau de la paroisse de Pouy, près de Dax, dans les Landes. Ses parents, Jean de Pau! et Berirande de Moras, étaient de simples paysans, vivant pauvrement du produit d'un petit fonds de terre qu'ils cultivaient eux-mêmes. Malgré la particule, qui se trouvait dans leur nom et qui ne désignait souvent alors que le lieu d'origine, ils n'étaient nobles ni l'un ni l'autre, et Vincent, dans les rares occasions où il signa plus tard son nom de famille, l'écrivit toujours Depaul en un seul mot. Nous nous servirons de l'orthographe courante, qui, moins exacte, à ce que disent les érudits, a cependant prévalu. Vincent était l'avant-dernier des six enfants, deux filles et quatre garçons, qui formaient la famille et la plus grande richesse de deux époux possesseurs de la modeste chaumière de Pouy. Dès qu'il fut capable de rendre quelques services, Vincent, qui ne semblait d'abord destiné qu'à être un paysan comme ses parents, fut employé ainsi que ses aînés aux travaux domestiques.

Il garda les troupeaux et plus tard il rappelait

volontiers ce souvenir lorsqu'on voulait le louer publiquement et relever son origine. Mais la vivacité précoce du petit berger, son intelligence, le firent vite remarquer, et son père ne fut pas le dernier à les observer. Aussi, espérant peut-être faire de son fils un personnage qui serait l'appui de la famille entière, prit-il la résolution de le faire instruire. Vincent fut donc, à l'âge de douze ans, en 1 588, placé chez les Cordeliers de Dax, qui se chargèrent de son éducation moyennant la somme de soixante livres par an, somme qui, si modeste qu'elle nous paraisse, était bien lourde pour la pauvre famille. On n'a que peu de détails sur le séjour de Vincent dans le collège des Cordeliers. Il y déploya, sans nul doute, autant de zèle que d'intelligence, car, quatre ans après son entrée, il avait fait tant de progrès et si bien su profiter des leçons de ses maîtres, qu'un des principaux personnages de la ville, M. de Commet, avocat célèbre dans la contrée et juge de la paroisse de Pouy, le chargea d'instruire ses enfants et de commencer leur éducation.

Vincent se donna tout entier, malgré sa jeunesse, à cette tâche qui lui permettait de continuer son instruction sans être plus longtemps à charge à ses parents.

Pendant cinq années, ce tout jeune précepteur remplit son office avec un zèle infatigable et une remarquable intelligence. Il continuait cependant à fréquenter pour son compte le collège des Cordeliers et travaillait sans relâche à sa propre instruction. Frappé de l'esprit et des facultés du précepteur de ses enfants et surtout de ses vertus précoces, M. do Commet, qui était lui-même un homme de grand sens et un homme de bien, engagea vivement Vincent

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de Paul à entrer dans les ordres. Il pensait sans doute qu'il pourrait rendre de grands services à l'Église et peut-être aussi que là était pour lui la voie la plus facile pour mettre ses talents dans tout leur jour et faire une brillante carrière. L'état ecclésiastique était encore, en effet, presque le seul où l'on pût être admis sans fortune ni noblesse. M. de Commet ne savait pas si bien faire en poussant Vincent à se faire prêtre. Mais la France et l'Eglise lui doivent une vraie reconnaissance, s'il est exact que ce furent ses exhortations qui encouragèrent Vincent à triompher de son humilité déjà très grande et à entrer dans les ordres.

Poussé par les avis de M, de Commet et rassuré par les conseils de directeurs éclairés, qui avaient reconnu en lui le germe des plus é min entes vertus, Vincent se décida : il reçut, le 20 décembre i5cj6 ( la tonsure et les ordres mineurs dans l'église de lîidache, des mains de l'évèque de Tarbes. Mais une fois clerc, comme on appelait alors ceux qui avaient été admis aux ordres, Vincent était résolu à ne pas en rester là et à ne pas être un homme d'église uniquement pour être revêtu de quelque bon bénéfice. Il voulut faire des études théologiques complètes; pour y arriver, il fallait suivre les cours de quelque université capable de donner des grades. Les deux plus voisines étaient celles de Saragosse, en Espagne, et de Toulouse. Vincent débuta parcelle de Saragosse, la plus célèbre des deux, mais il ne fit qu'y passer, sans qu'on sache bien pourquoi il n'y demeura que peu de temps. Les violentes discussions sur la grâce et la prédestination, qui divisaient alors l'université de Saragosse et furent l'origine lointaine du jansénisme, dégoûtèrent, dit-on, le jeune clero

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