L'EMBUSCADE
Il était de rigueur en été de se construire des huttes sur la dune couverte de genêts derrière le collège. Cela faîsaïtde petits refuges taillés au cœur des buissons épineux : pleins de vieilles souches d'arbres, de bouts de racines, de chicots pointus, . ils semblaient cependant des palais de délices que le veto des maîtres rendait adorables.
Cet été-là, pour la cinquième fois dans leur vie d'écoliers, Stalky, M' Turk et Beetle (ceci se passait avant qu'on leur eût accordé l'honneur d'une élude à eux) s'étaient bâti comme des castors une retraite propre à la méditation, qui leur servait de fumoir.
M. Prout cependant, le directeur de leur maison (i), ne les tenait pas en grande estime et Renardeau â la rouge chevelure, le subtil sergent du col-
(i) Les grandes écoles publiques anglaises sonl habituellement
divisées en plusieurs pensions, ou maisons, dirigées chacune par
un professeur. Un directeur général, ou Principal, est placé à la
tèle du collège où il a la haute main sur les études et la discipline.
(Noie dei Traducteur».)
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lège, n'avait pas non plus grande confiance en eux. 11 portait des souliers de tennis, se servait de jumelles et son métier était de fondre comme l'épervier sur les élèves coupables. Il eût sans doute découvert la hutte s'il s'était mis en campagne tout seul, car il connaissait bien son gibier, mais le sort voulut que M. Prout se mît en quête lui-même. On l'appelait Pied-de-Vache au collège, à cause de ses grands pieds, et le prudent Stalky retrouva les traces immenses de ses pas un après-midi tranquille où il eût volontiers oublié Prout et ses œuvres à raîded'unvolumedeSurtees(i)et d'une pipe neuve. Robinson, quand il vit des traces humaines sur la plage, n'agit pas plus vite que ne le fit Stalky : il enleva les pipes, balaya les bouts d'allumettes et s'en fut prévenir Beelle et M'Turk.
Fidèle à sa nature, Stalky, avant de parler à ses alliés, alla trouver le petit Hartopp, président de la Société d'Histoire Naturelle, institution que le jeune garçon méprisait cordialement. Hartopp fut plus que surpris d'entendre le collégien proposer sa candidature, celle de Beetle et celle de M'Turk, du ton humble qu'il savait prendre à l'occasion. Stalky lui avoua que depuis longtemps il s'intéressait aux floraisons printanières, aux papillons de l'avantsaison et aux acquisitions nouvelles. Finalement il offrit d'entrer immédiatement dans la carrière, si
(i) Voir la noie page 18 (N. D. T.).
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M. Hartopp le voulait bien. Hartopp, en sa qualité de maître, était naturellement soupçonneux, mais c'était aussi un enthousiaste et son petit cœur paisible avait été aigri par quelques remarques entendues par hasard, que les trois amis,Beelle en tête, avaient laissé tomber. Il fit donc bon accueil au pécheur repentant et inscrivit les trois noms sur son carnet.
Alors seulement Stalky alla retrouver Beetle et M'Turk à l'étude. Ils étaient en train de se rembourrer de livres qu'ils voulaient tranquillement lire pendant l'après-midi sur la dune pleine de genêts qu'ils appelaient le a Maquis ».
«Nous sommes flambés, » dit Stalky avec flegme; « j'ai découvert après dîner les traces légères de Pied-de- Vache autour de notre hutte. On les voit de loin heureusement ».
« L'animal ! As-tu caché nos pipes ? a dit Beetle. n Non 1 Je les ai laissées au milieu de la hutte, bien sûr. Quel âne borgne tu fais, Beetle ! Croistu que personne n'ait de tête que toi ? Ce qu'il y a de certain c'est que nous ne pourrons plus aller à la hutte : Pied-de- Vache va la surveiller. »
« Quelle scie! Ah zut! » dit M'Turk d'une voix pénétrée, en déballant les livres qu'il s'était fourrés sous la veste. Les trois amis portaient leur bibliothèque entre leur ceinture et leur col. « C'est gentil! Nous voilà sous la surveillance de la haute police jusqu'à la fin de l'année. »
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« Pourquoi donc ? Pied-de-Vache n'a trouvé qu'une hutte qu'il va surveiller avec Renardeau. Cela ne nous regarde en rien ; nous n'avons qu'à ne pas nous montrer de ce côté pendant quelque temps. »
« C'est ça, et où veux-tu que nous allions ? » dit Beetle." C'est toi-même qui as choisi cet endroit. Moi qui comptais lire cet après-midi t »
Stalky était assis sur un bureau: ses talons tambourinaient sur le banc.
» Tu es une brute sans énergie, Beetle, il y a des jours où je crois que je serai forcé de te lâcher tout à fait. As-lu jamais vu ton oncle Stalky [oublier ses neveux? His rebas înfectis — après avoir aperçu les nobles traces de Pied-de-Vache tournant autour de notre hutte, j'ai rencontré le petit Hartopp — destricto ense — qui brandissait un filet à papillons. J'ai gagné Hartopp. Je lui ai dit que tu lirais des rapports à la Société des Chasseurs de Punaises si elle t'admettait dans son sein, Beetle. Je lui ai raconté que les papillons t'intéressaient, Turkey. Enfin j'ai empaumé Hartoffle, et nous voilà sacrés Chasseurs de Punaises. »
« Et puis après ? » demanda Beetle.
« Oh Turkey, flanque-lui donc ton pied quelque part ! »
Le territoire ouvert aux excursions des collégiens était considérablement élargi, dans l'intérêt de la science, pour les membres de la Société d'Histoire
Naturelle (i). A condition de ne pas rentrer dans les maisons, Us pouvaient, en fait, aller où ils voulaient, M. Hartopp se portant garant de leur bonne conduite.
C'est ce que Beetle comprit en recevant les coups de pied de M'Turk.
« Je suis un âne, Stajky 1 » dit-il en cherchant à protéger son derrière. « Pax t Turkey! je suis un âne! »
« Continue, Turkey. N'est-ce pas que ton oncle Stalky est un grand homme ? »
« Un grand homme, » dit Beetle.
« Cela ne fait rien, c'est dégoûtant lâchasse aux punaises, » dit M'Turk. « Comment diable s'y prend-on ? »
« Voilà, » dit Stalky, en ouvrant quelques pupitres Aefags (2) qui se trouvaient derrière lui. Les fags sont amateurs d'histoire naturelle. « Voilà la boîte à herboriser du jeune Braybrooke. « II jeta par la fenêtre une masse de plantes pourries et ajusta la courroie. « Cela vous donne un air professionnel tout à fuit réussi à mon avis. Ça, c'est le marteau de minéralogiste du petit Clay :
(1) Les collégiens anglais sont libres de sortir seuls, maïs ils ne doivent pas franchir les limites fixées parle Principal (N. D. T.).
(a[ Dans les collèges anglais, les petits sont tenus d'être en quelque sorte les serviteurs des grands. Ils font leurs commissions, cirent leur* souliers, etc. Onlca appelle « fag«»,du verbe « to fag» oui veut dire peiner (N D. T.).
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Beetle pourra le prendre. Et toi, Turkey, chipe donc un filet à papillons quelque part. »
« Jamais de la viel » dit M'Turk, simplement, mais avec conviction « Beetle, passe-moi le marteau. »
« Je veux bien. Je ne suis pas fier, moi. Stalky, jette-moi ce filet, là-haut sur les casiers: »
« Voilà, voilà. Le manche est pliant. En ont-ils du luxe ces salesya^s / Ça ressemble à une canne à pêche. Par mon saint patron! nous voilà devenus de vrais chasseurs de punaises ! Maintenant écoutez bien votre oncle Stalky : nous allons chercher des papillons le long de la falaise : très peu de types viennent de ce côté. Faudra allonger le pas, vous feriez mieux de laisser vos livres. »
« Plus souvent ! » dit Beetle avec énergie, « je ne veux pas perdre mon après-midi à cause de ces sales papillons. »
« Eh bien ! tu vas voir ce que tu vas suer 1 tu devrais bien porter mon Jorrocks (i) pendant que tu y es; tu n'en aurais pas plus chaud. »
Ils eurent chaud tous les trois, car Stalky les fit trotter le long de la falaise, à l'ouest, à l'abri des dunes couvertes de genêts. Ils traversèrent de nombreux ravins pleins d'ajoncs sans
(0 • The Jaunis and Joltitîes of that renown'd sporting citizen M' John Jorrocks s, par R. S. Surtees. Ce livre, jadis célèbre en Angleterre, est très aimé par Stalky & C* qui le connaissent par cœur et ne cessent de le citer (N. D. T.),
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prêter la moindre attention à la fuite des lapins ou au vol des papillons, et il serait impossible de répéter ici les réflexions que Turkey se permit sur la science géologique.
« Allons-nous à Clovclly ? » demanda-t-il à la fin d'une voix haletante, en se laissant tomber sur l'herbe courte et souple. On entendait le murmure monotone de la mer au bas de la falaise et la brise d'été se jouait dans les arbres à l'intérieur des terres. Les regards des trois amis plongeaient au fond d'un ravin presque rempli de hauts et vieux genêts en pleine fleur. Cela s'étendait jusqu'à une bordure de ronces et un bois touffu d'essences diverses et de houx; le ravin semblait à moitié envahi par un incendie qui l'embrasait d'or jusqu'à la falaise. Du côté des jeunes garçons s'ouvrait une pelouse hérissée d'écriteaux comminatoires.
h En voilà un vieux féroce t » dit Stalky en lisant la pancarte la plus rapprochée: « sera
l'objet de poursuites judiciaires conformément à la loi. G. M. Dabney, colonel en retraite, juge de paix, etc. » Je ne crois pas qu'un bonhomme sensé s'avisera de venir se promener par ici, pas vrai ? »
« Il faut prouverqu'on vous acausé undommage avant de poursuivre, » dit M'Turk, dont le père possédait un vaste domaine en Irlande, « on nepeut vous poursuivre parce que vous êtes entré sans permission. Tout cela ne signifie rien! »
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« Tant mieux 1 car nous avons là justement ce que nous cherchons. Beetle, espèce de fou à lunettes, ne passe donc pas juste au milieu I On pourrait nous voir d'un demi-mille. Passe par ici et plie ton sele filet à papillons. »
Beetle déplaça l'anneau, fourra le filet dans sa poche, fit du manche un bâton de deux pieds de long et se glissa l'anneau autour de la taille. Stalky conduisit la petite bandejusqu'au bois, à environ un quart de mille de la mer. Ils arrivèrent aux ronces.
« Maintenant nous pouvons passer tout droit sous les genêts sans nous montrer, « dit le général en chef, « Beetle, marche en tête et explore la route .» 11 leva la tête en reniflant : « Il y a une sale odeur de renard dans l'air ! »
Beetle se faufiladans le ravin à quatre pattes, fort gêné par ses lunettes qu'il rajustait à chaque instant. Bientôt il annonça, entre deux grognements de douleur, qu'il avait trouvé la piste d'un renard. C'était tant mieux pour lui, car Stalky le pinçait a tergo. Les trois garçons se glissèrent dans le tunnel qui servait évidemment de grand'route aux habitants du ravin. À leur grande joie, le chemin aboutissait, sur le bord même de la falaise, à un petit espace entouré de toutes parts par des joncs impénétrables. Le sol était couvert d'herbe sèche.
« Ma foi, la maison est prête, » dit Stalky, en remettant son couteau dans sa poche ; « on peut se coucher ; voyez I »
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Il écarta les fortes tiges qui se trouvaient devant lui et ce fut comme une fenêtre ouverte sur un panorama éloigné de Lundy. En bas, à deux cents pieds, la mer léchait paresseusement les galets. Les trois garçons pouvaient entendre les cris des jeunes choucas sur les rochers, et toute une nichée d'éperviers qui sifflaient et jacassaient en un coin caché de la falaise. Stalhy cracha paisiblement sur le dos d'un jeune lapin qui se chauffait au soleil sur un rebord de rocher où seul un lapin pouvait atteindre. Les cris de grands goélands gris et noirs répondaient à ceux des choucas; tout autour la terre, couvertedefleurs aux parfumspénétrants, était animée par les oiseaux qui font leurs nids près du soi et qui chantaient ou se taisaient quand passait et revenait l'ombre tournoyante des éperviers. De l'autre côté du ravin, des lapins folâtraient sur la prairie.
« Ah 1 il fait bon ici 1 L'histoire naturelle ? en voilà ! » dit Stalky en bourrant, sa pipe. « C'est merveilleux, n'est-ce pas? Oh la mer! » Il cracha encore en manière d'approbation et se lut.
M'Turk et Beetle avaient sorti leurs livres et s'étaient couchés sur le ventre, la tète entre les mains. La mer venait doucement mourir sur les rochers; les oiseaux, dispersés un moment par la venue de ces animaux étrangers, retournaient à leurs affaires et dans le lourd silence endormi de l'été les trois garçons poursuivaient leur lecture
« Attention, voilà un garde, » dit Stalky en fermant Handley Cross avec précaution el en regardant à travers le fourré. Un homme armé d'un fusil se montrait à l'horizon, ducôlé de l'est: « Que le diable l'emporte ! il va s'asseoir. »
« Il jurerait bien que nous étions en train de braconner, » dît Beelle; « à quoi les œufs de faisans sont-ils bons ? Us sont toujours pourris. »
« Si nous allions jusqu'au bois ? » dit Stalky. « Nous ne tenons pas à ce que le colonel G. M. Dabney, juge de paix, s'occupe déjà de nous. Dans le Maquis et du silence 1 Vous savez; il nous a peutêtre suivis. »
Beetle s'était déjà engagé dans le tunnel. On l'entendait faire des efforts convulsifs pour respirer quand tout à coup des branches se brisèrent sous le poids d'un animal qui bondit à travers les ajoncs.
« Ah le petit rougeaud ! Je te vois ! » Le garde épaula rapidement et lâcha ses deux coups dans la direction des trois amis. Les plombs firent voler la poussière autour d'eux tandis qu'un gros renard plongeait entre les jambes de Stalky et s'enfuyait par-dessus la falaise.
Les amis ne dirent rien avant d'avoir atteint le bois, les vêtements déchirés, les cheveux en désordre, tout en sueur, mais sans avoir été vus.
« Nous l'avons échappé belle, » dit Slalky. « Je jurerais que des plombs m'ont passé dans les cheveux. »
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u L'avez-vous vu? » dit Beetle, « Je suis presque tombé dessus. Quelle grosse bêle et ce qu'ellcpuait! Tiens ! qu'est-ce que tu as, Turkey ? es-tu blessé ? »
Le long visage de M'Turk était devenu tout pale. Il serrait les lèvres, lui dont la bouche était généralement à moitié ouverte, et ses yeux étincelaient. Ses amis ne l'avaient vu en cet état qu'une seule fois, à une triste époque de guerre civile.
« Savez-vous bien quec'esl un vraimeurtre cela?» dit-il d'une voix rauque, en enlevant les épines dont il était couvert.
«Ma foi! nous n'avons pas été touchés, » dit Stalky. « Je pense que c'est plutôt drôle. « Dis donc, où vas-tu ? »
« Je vais au château, s'il y. en a un, » dit M'Turk, en poursuivant sa route à travers les houx. « Je m'en vais raconter cette histoire au colonel Dabney. »
m Es-tu fou ? Il va dire que c'était joliment bien fait pour nous. Il va nous signaler. Nous y gagnerons une volée devant tout le collège. Turkey, ne sois pas un âne, pense à nous ! »
« Espèce d'idiot! » dit M'Turk en se retournant d'un air furieux. « Crois-tu peut-être que c'est à nous que je pense? c'est au garde que j'en veux. »
« Il est timbré, » dit Beetle tristement, et ils suivirent M'Turk — un M'Turk nouveau, fier, roide, aux narines orgueilleuses — qu'ils accompagnèrent à travers une charmille jusqu'à une
pelouse où se trouvait, en compagnie d'un sousordro, un vieux monsieur à favoris blancs qui jurait et sacrait avec vigueur.
« C'est vous le colonel Dabney ? » demanda M'Turk de sa nouvelle voix de tète.
« C'est , c'est moi; et vous , » les yeux
du colonel dévisagèrent le jeune garçon, «
et vous ? que diable venez-vous faire ici? Vous avez effrayé mes faisans. Inutile de nier. Il n'y a pas de quoi rire. » (Les ^traits déjà disgracieux tle M'Turk s'étaient déformés en un ricanement horrible au mot faisan). « Vous dénichiez des oiseaux. Ne cachez donc pas votre casquette; je vois bien que vous êtes du collège. Inutile de nier. Quoil vous dites que ce n'est pas vrai? votre nom, Monsieur, votre matricule t à l'instant ! Vous dvoz à me parler — hein ? vous avez vu mes ccriteaux n'est-ee pas ? inutile de nier, vous les avez vus. Malédiction ! Oh, malédiction I » Le colonel suffoquait.
M'Turk frappa du pied et se mit à bégayer un peu, — signes certains qu'il perdait patience. Pourquoi donc lui, l'accusé, avait-il l'air si en colère ?
« Vo-voyons, Monsieur, tu-tuez-vous vos renards à coups do fusil? Si ce n'est pas vous, c'est votre garde ! Nous l'avons vu ! vous pou-pouvez nous dire toutes les sottises que vous vou -voudrez — mais c'est une chose abominable. Il y a de quoi vous faire montrer au doigt dans le pays. Un proprié-
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taire devrait dire tout de suite fît une fois pour toutes s'il entend protéger les chasses au renard. C'est pire qu'un meurtre, car iln'yapasde recours légal. » M'Turk citait au hasard des bribes de discours de son père tandis que le vieux monsieur râlait presque de fureur.
« Savez-vous qui je suis ? » gargouilla-t-il à la fin. Stalky et Beetle en tremblaient.
« Non, Monsieur, et je m'en moque, quand vous seriez le vice-roi lui-même. El puis répondez-moi comme un galant homme à un autre : tuez-vous vos renards à coups de fusil, oui ou non? »
Quatre ans auparavant, Stalky et Beetle avaient soigneusement corrigé à coups de pied l'accent irlandais de M'Turkl Bien 'sur il était devenu fou ou avait attrapé un coup de soleil et il allait en recevoir, du vieux monsieur d'abord et du Principal ensuite! Tous les trois pouvaient s'attendre au moins à une correction publique. Pourtant — fallait-il en croire leurs youx et leurs oreilles ? — la colère du vieuxmonsieur semblait s'apaiser. C'était peut-être le calme avant la tempête, mais,...
« Jamais de la vie 1 » dit le colonel : il râlait encore.
« Alors flanquez votre garde à la porte. Il ne mérite pas de vivre dans le même comté qu'un renard craignant Dieu. Et une femelle encore 1 dans cette saison 1 »
« Vous êtes venu exprès pour me dire ça? »
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h Bien sur, mon vieux, » répondit M'Turk en frappant du pied. « Dites : n'en auriez-vous pas fait autant pour moi si vous aviez vu pareille chose se passer sur mes terres ? »
Il était loin, bien loin, le collège, le respect dû aux aînés I M'Turk foulait aux pieds les pourpres montagnes infécondes de la côte pluvieuse de l'ouest. Là, pendant ses vacances, il était vice-roi de quatre mille acres nus, fils unique d'une maison vieille de trois cents ans ; le patron d'un vieux bateau de pêche délabré et l'idole des fermiers paresseux de son père. C'était le propriétaire foncier parlante son égal, le maître du sol en appelait au maître du sol. Le vieux monsieur répondit à ce cri :
« Je vous fais mes excuses, » dit-il, a à vous et à notre vieux pays. Voulez-vous avoir la bonté de me raconter votre histoire ? »
« Nous étions dans votre ravin, » commença M'Turk, et il dit ce qu'il avait vu, tantôt comme un écolier, tantôt comme un propriétaire irrité, quand l'indignité de la chose venait de nouveau l'émouvoir.
« Vous voyez donc, » dit-il en finissant,
«qu'il devait en avoir l'habitude. Pour moi
nous autres on n'aime jamais accuser le garde
d'un voisin, mais, dans cette affaire, j'ai pris la liberté »
« Oui. Très bien, vous aviez un motif. C'est
infâme... c'est infâme I » Ils se promenaient l'un à côté de l'autre sur le gazon et le colonel parlait à M'Turk comme à un homme de son âge, « Voilà ce qu'on gagne à prendre un pêcheur — un pêcheur que j'ai tiré de ses pièges à homards. Il y a de quoi perdre un archange de réputation. Inutile de nier : c'est un fait. Votre père vous a donné une bonne éducation : parfaitement. Je serais heureux de faire sa connaissance — très heureux. Ces jeunes gens ? ils sont anglais? inutile de nier. Ils sont avec vous ? C'est extraordinaire, vraiment ! Avec l'éducation d'aujourd'hui je n'aurais jamais cru qu'on pût rencontrer trois
garçons assez bien élevés Mais la vérité sort
de la bouche des non non, ce n'est pas ça.
Inutile de nier : ce u'esl pas votre cas. Mon foie ne me permet pas le vin de sherry, mais que diriez-vous d'un verre de bière ? hein ? de la bière et un petit goûter? Il y a longtemps que j'ai eu Votre âge — je déteste les collégiens, mais l'exception confirme la règle : tuer un renard 1 et une femelle encore 1 »
Une femme de charge aux cheveux gris les servit sur la terrasse. Stalky et Beetle se contentèrent de manger, mais M'Turk, à son aise et les yeux brillants, continua à discourir librement. Le vieux colonel ne cessait de le traiter comme un frère.
« Mais certainement, mon cher, vous pouvez