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revenir. N'ai-je pas dit que l'exception prouvait la règle?Au fond du ravin d'en bas? Partoutoù vous voudrez, mon bon, pourvu que vous n'effrayiez pas mes faisans. Les deux choses ne sont pas incompatibles ; inutile de nier : elles ne le sont pas. Je ne permettrai plus jamais que le garde ait un fusil. Vous pourrez allez et venir à votre guise : je ne vous verrai pas et vous ne serez pas forcés de me voir. Vous avez reçu une bonne éducation. Allons, encore un verre de bière? C'était un pêcheur, je vous dis, et ce soir même il redeviendra pêcheur.
Ah mais! Si je pouvais le noyer ! Je vais vous
accompagner jusqu'à la grille. Mes gens ne sont pas précisément, — comment dirai-je? — faits aux garçons de votre âge, mais ils vous reconnaîtront. »
II les quitta avec force compliments à la loge du garde et les trois amis franchirent en silence la haute porte percée à travers la palissade en bois de chêne qui entourait le parc. Stalky lui-même, dont le rôle avait été secondaire, pour ne pas dire nul, regardait M'Turk comme on regarde un être surnaturel. Les deux verres de forte bière de ménage qu'il avait bus avaient inspiré à ce dernier des sentiments mélancoliques : les mains dans les poches il se mit à chanter :
Paddy, mon bien-aimê, sais-tu ce qu'on raconte? En tout autre temps Stalky et Beetle seraient
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tombés sur lui, car celte chanson était formellement interdite sous peine d'analhème ; c'était un crime de la chanter. Mais après ce que Turkcy avait fait, ses amis ne pouvaient que danser autour de lui en silence jusqu'à ce qu'il lui plût de reprendre terre.
Ils étaient encore à un demi-mille du collège quand la cloche du thé se mit à sonner. M'Tnrk tressaillit et s'éveilla de ses rêves. La gloire de son domaine des jours de .vacances le quitta. Il redevint un collégien et se remit à parler anglais.
« Ça a été merveilleux, Turkey t » dit généreusement Slalky, « je ne savais pas ce que tu valais. Tu nous as trouvé une hutte où nous ne pourrons pas être surpris. Quelle veine ! oh quelle veine I Ecoutez mon chant de victoire I »
Ils tournèrent follement sur leurs talons, modulant le long cri de joie qui ressemble assez au chant de triomphe de l'homme primitif. Puis ils descendirent la hauteur au galop par le sentier de l'usine à gaz, juste à temps pour rencontrer le directeur de leur maison qui venait de passer l'aprèsmidi à surveiller les abords de leur hutte abandonnée dans le « Maquis ».
M. Proul possédait malheureusement une imagination qui le portait à tout voir en noir et il regarda le plus aigrement du monde ces chérubins aux yeux candides. Il comprenait les élèves qui prenaient part aux jeux réguliers et qu'on avait toujours sous la main. Mais il avait entendu M'Turk
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se moquer ouvertement du cricket, ■ — même des matchs les plus imporlants, — ii n'ignorait pas que Beetle professait des opinions incendiaires sur l'honneur de la maison à laquelle il appartenait et il ne savait jamais si Stalky ne se moquait pas de lui avec son sourire éternel. Pour toutes ces raisons — il faut prendre la nature hum aine comme elle est — ces garçons avaient dû commettre un méfait quelque part. Prout espérait que cela n'était pas très sérieux, mais
« Ti-ra-la-la-i-tu ! écoutez mon chant de victoire! » Stalky, toujours sur les talons, se précipitait comme un derviche tourneur vers le réfectoire.
« Ti-ra-la-la-i-tu ! écoutez mon chant de victoire ! » Beetle tournoyait derrièrelui les bras étendus.
« Ti-ra-la-la-i-tu ! écoutez mon chant de victoire! » criait M'Turk d'une voix qui se brisait.
Or, laissèrent-ils, ou ne laissèrent-ils pas derrière eux une odeur distincte de bière en passant en coup de vent près de M. Prout ?
Il était malheureux pour ce pédagogue que sa conscience de chef d'une des maisons de l'école l'obligeât à consulter ses collègues. S'il était aller exposer ses doutes au petit Hartopp en fumant une pipe, il se fut sans doute évité des ennuis, car Hartopp avait quelque confiance en ses élèves et les connaissait un peu. Le destin conduisit Prout
chez Kïng, le directeur d'une des autres maisons. King n'était pas son ami, mais il détestait de tout son cœur Stalky et C iB .
« Ah t ah ! » dit Kîng en se frottant les mains après avoir entendu l'histoire, « c'est curieux ! je vous prie de croire que les élèves de ma maison ne pensent pas à se livrer à de pareils déportements. »
« Mais en fait vous voyez que je n'ai pas de preuves certaines, a
« Des preuves avec l'inénarrable Beetle? Comme si on en avait besoin t Je pense que le sergent saura bien en trouver. Renardeau vaut le plus malin de mes collégiens. Soyez sûr que vos élèves ont été fumer et boire quelque part. C'est ce que font toujours les garçons de ce type-là. Ils croient se conduire en hommes. »
« Pourtant ils n'ont pas l'air d'être beaucoup suivis au collège et lis sont certainement un peu... brutaux envers leurs jeunes camarades, » dit Prout, qui avait vu de loin Beetle rendre avec intérêt à unfag en pleurs le filet à papillons qu'on lui avait emprunté.
« Certes I ils méprisent trop les plaisirs ordinaires. Quels petits animaux orgueilleuxl II y a quelque chose dans le ricanement hibernien de M'Turk qui m'agacerait un peu, moi. Et comme ils prennent garde de ne jamais montrer leur jeu ! leur insolence est voulue. J'ai pour principe, vous le savez, de ne jamais me mêler de la maison d'un
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collègue, mais ces gamins ont besoin d'une leçon, Prout. Ils ont besoin d'une bonne leçon, quand ce ne serait que pour rabattre leur suffisance. A votre place je m'occuperais pendant huit jours de leurs petites excursions. Des garçons de cette espèce, — et je peux me vanter, je crois, de connaître nos collégiens, — ne se mettent pas de la société des chasseurs de punaises pour le plaisir. Dites au sergent d'ouvrir l'œil et bien entendu je pourrai en faire autant dans mes promenades. »
« Ti-ra-la-la-î-tu! écoutez mon chant de victoire 1 » criait une voix au fond du corridor.
« C'est répugnant! » dit King; « où donc vontils chercher ces airs obscènes? Ils ont besoin d'une bonne leçon. »
Les troisamis ne pensèrent guèreà travailler pendant quelques jours. Ils avaient toute la propriété du colonel Dabneypour yjouer : des Peaux-Rouges ne l'auraient pas explorée plus adroitement et des voleurs n'auraient pas mieux appris à en connaître tous les détours. Ils pouvaient entrer par la grande porte sur la route du haut, — car ils avaient eu soin de se mettre dans les bonnes grâces du concierge et de sa femme, — se glisser dans le ravin et revenir par la falaise, ou bien ils pouvaient commencer parle ravin et grimper jusqu'à la route.
Ils prenaient soin de ne pas se trouver sur le chemin du propriétaire; ils avaient eu de lui ce qu'ils désiraient et ne voulaient pas abuser de sa
bienvenue ; — ils ne se montraient pas non plus lant qu'ils pouvaient marcher à couvert. Leur retraite préférée était le réduit au milieu des genêts, au bord de la falaise. Beelle l'appela la grotte enchantée, à cause de la paix profonde qu'on y trouvait. Une fois qu'ils y eurent caché leurs pipes et leur tabac dans un trou commodément situé à portée de leurs bras sur leflanc de la falaise, leur position se trouva sûre : ils étaient dans la légalité.
Remarquez, en effet, que le colonel Dabney ne les avait pas invités à entrer dans sa maison. Par conséquent ils n'avaient pas eu besoin de demander la permission d'aller faire des visites : le règlement du collège était strict à cet égard. Le colonel n'avait fait que leur permettre l'accès de sa propriété et puisqu'ils étaient légalement chasseurs de punaises ils avaient le droit d'aller jusqu'aux écritcaux du ravin et jusqu'à la grille sur la hauteur.
Les trois amis s'étonnaient de leur propre vertu:
« Et même si nous n'avions pas le droit de faire ce que nous faisons, » disait Stalky, couché sur le dos, les yeux perdus dans l'azur, « même si nous étions à des lieues des limites permises, personne ne pourrait nous surprendre à travers ce fourré, à moins de connaître le tunnel. Ça ne vaut-il pas mieux <)ue de se terrer juste derrière le collège et d'avoir «ne peur bleue chaque fois qu'on se met à fumer? N'est-ce pas que votre oncle Slalky ? »
« Non, » dit Bcetle, — il s'était couché au bord
de la falaise et crachait d'un air pensif, « c'est Turkey qu'il faut remercier. C'est Turkey le grand homme. Turkey, mon petit, tu fais de la peine à Pied-de-Vache. »
n Quel âne cet homme-là ! » dît M' Turk, plonge dans sa lecture.
« On nous soupçonne, » dit Stalky. « Pied-de- Vache a un air bien mystérieux et Renardeau, quand il cherche quelque chose, ressemble toujours àun...,
« ... à un chasseur de chevelures, » dit Beetle. « Renardeau est un véritable Sîoux. »
« Pauvre Renardeau ! » dit Stalky. « Il compte bien nous attraper un de ces jours. Hier au soir, au gym, il m'a dit : Prenez garde, monsieur Corkran, j'ai l'œil sur vous. C'est dans votre intérêt que je vous dis ça. — Moi, je lui ai répondu : Eh bien, vous feriez mieux d'avoir l'oeil autre part, sans cela il vous arrivera malheur. C'est dans votre intérêt que je vous dis ça. — Renardeau était furieux. »
« Oui, mais Renardeau est dans son rôle, » dit Beetle, « c'est Pied-de-Vache le véritable espion. Ça ne m'étonnerait pas s'il croyait que nous étions | saouls l'autre jour. » I
« Je n'ai jamais trop bu qu'une fois, pendant les vacances, » dit Stalky songeur, « et j'ai été horriblement malade. Mais par mon saint patronl un maître comme cet animal de Pied-de-Vache suffirait ! à faire un ivrogne de n'importe qui. »
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« Si nous allions le regarder jouer au cricket et si nous hurlions : « Ça y est, MonsieurI » à'chaque coup, et si nous nous tenions sur un pied en grimaçant chaque fois que Pied-de- Vache demande : « Eh bien, mes enfants, ça y est-il, cette fois? » et si nous disions: « Qui, Monsieur » et « Non, Monsieur » f et » oh, Monsieur! » et a n'est-ce pas, Monsieur? » comme un tas de sales fags, vous pouvez être sûrs que Pied-de-Vache nous tiendrait en haute estime, * dit M' Turk en ricanant.
« Il est trop tard pour commencer ce système. »
« Tout va bien. Pied-de-Vache a de bonnes intentions, mais c'est un Âne. El il voit que nous, nous le considérons comme un âne. Et voilà pourquoi Pied-de-Vache ne nous aime pas. Hier soir après la prière, il m'a dit qu'il était in loco parentiSf s grommela Beetle.
« Vraiment il a dit ça ! » s'écria Stalky. « Cela prouve qu'il nous mijote un tour encore "plus sale qu'à l'ordinaire. La dernière fois qu'il m'a raconté ça, il m'a donné 3oo lignes pour avoir dansé la cachuca dans le dortoir n° 10. Loco parentis, attendez un peu! Mais qu'importe pourvu qu'on s'amuse ! Nous sommes dans notre droit. »
Ils étaient dans leur droit et c'était précisément ce qui étonnait Prout, King et le sergent. Les élèves qui ont quelque chose à se reprocher le montent assez par leur apparence. Ils se glissent le Wg de la cour en sortant et sourient craintivement
quand on les questionne. Ils rentrent, tout en désordre, juste à temps pour l'appel. Ils échangent des signes 4e tête, des clignements d'yeux, se regardent en riant et se dispersent à l'approche d'un maître. Stalky et ses [alliés avaient passé depuis longtemps l'âge de ces manifestations enfantines. Ils partaient en promenade l'air indifférent et rentraient en excellente condition après un léger goûter de fraises et de laitage pris à ia loge.
Le concierge avait été nommé garde en remplacement du pêcheur assassin de renards et sa femme faisait grand cas des trois amis. L'homme leur donna un écureuil qu'ils offrirent à la Société d'Histoire Naturelle, fermant ainsi la bouche au petit Harlopp qui demandait ce qu'ils faisaient dans l'intérêt de la science. Renardeau explora consciencieusement quelques chemins creux derrière une auberge peu fréquentée située à un croisement de roules et les trois garçons virent un jour avec curiosité Prout et King, — qui s'entendaient rarement — s'en aller ensemble vers le Nord-Est. Or la grotte enchantée se trouvait exactement au Sud-Ouest.
« Ils sont malins diantrement malins, » dit
Stalky. « Pourquoi nous cherchent-ils par là?»
« C'est ma faute, » répondit Beetie d'une voix douce. « J'ai demandé à Renardeau s'il avait jamais goûté la bière qu'on vend là-bas. Ça lui a suffi el lui a remis un peu de cœur au ventre. Il y a longtemps qu'il rôdait autour de notre vieille hutte avec