Stances [microforme]
Il t'attend au banquet des anges ; Approche, le couvert est mis ; Les enfants, les fleurs, les mésanges,
Tous les petits sont ses amis.
Les cierges brûlent, l'orgue chante,
A l'autel fume l’encensoir ;
La voix, qui se fuit plus touchante ) | ,
Te dit: — Ma fille, viens t'asseoir !
Ecoute cet appel si tendre ; Obéis à la douce voix ; C’est Dieu même qui vient te tendre
La main pour la première fois.
De sa croix où l'amour le cloue, | Lui l'Adorable, lui le Saint, | Il veut te baiser sur la joue ; | 11 veut te presser sur son sein. | |
11 désire être à toi... Que dis-je ?
Dans son amour de Tout-Puissant, Par un ineffable prodige,
Il t'offre son corps et son sang.
Son corps qui, d’un gibet immonde, Pour pardonner ouvre les bras !
| Son sang qui racheta le monde,
Et coule encor pour les ingrats !
Ce corps, 8 miracle qui touche!
Ce sang, séraphique liqueur, Ils vont descendre sur ta bouche,
Et pénétrer jusqu'en ton cœur.
Oui, dans ton petit cœur, mignonne, |. Par la Foi nos yeux entrouverts | Vont voir flamboyer la conronue
Du monarque de l'univers.
| Ceux qui t’aiment sont là qui tremblent :
| Devant le mystère troublant, | Ils croient voir des ailes qui semblent | Palpiter sous ton voile blane, |
Pour bien répondre à leur tendresse, O Soledad, ouvre au Seigneur !
Plonge-toi dans sa salute ivresse,
Abîme-toi dans ton bonheur!
der ME seu
Celui, dont la grandeur austère Se courbe aujourd’hui sous ton toit, Te donne le ciel et la terre,
Enfant, puisqu'il se donne à toi.
Le prêtre vient, la cloche sonne, Voici Dieu, mon ange ; à genoux !
Tends-lui ta lèvre qui frissonne ;
Aime-le bien, et pense à nous !
Prie, un peu pour chaque souffrance, Pour lincrédule au cœur flétri, Pour ta famille et pour la France,
La grande mère au sein meurtri !
Et puis, dans ta reconnaissance, Au doux Jésus qui t'aime tant Offre ta candide innocence,
Et le bon Dieu.sera content.
8 mai 1890,