SONNET
O I faut il se résoudre à faire quelque efiFort *^ Pour rompre ma prison sans languir davantage, Et croire en ce danger que pour trouver un port Il faut changer de route, ou bien faire naufrage.
Au moins à l'avenir j'auray ce reconfort
Que sans chercher ailleurs qu'en mon propre courage
Le remède qu'un autre attendroit de la mort,
Je me seray moy mesme afFranchy de servage.
Adieu donc, belle ingrate, adieu, fiere beauté, Puisque vostre rigueur me met en liberté Et me fait violer les loix de vostre empire.
Mais croyez qu'en brisant les fers où je suis pris. Vous m'y forcez vous mesme, & que je m'en retin Avec plus de regret que non pas de mespris.
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Qar l'aide de Venus un Amant vit un jour L'Idole qu'il aymoit dans son lit animée, Au contraire je Toy par le courroux d'Amour Ma Finis toute vive en rocher transformée.
Son cœur sembla tousjours un rocher en rigueur, Mais ceste dureté dans ses membres infuse En gaignant tout son corps s'escoula de son cœur, Son cœur contre elle mesme estant une Méduse.
Ou je croy que l'Amour de mes pleurs se servant, Et les rendant pareilz à ces eaux d'Eurimene Qui changent en cailloux ce qu'elles vont lavant, Se soit ainsy servy de mon mal pour sa peine.
Car autrement son cœur s'amolissant un jour Se fust laissé gaigner par ma persévérance, Si contre tous les traits que luy tiroit Amour Sa seule dureté n'eust esté sa constance.
Je sçay que l'action & l'apparence aussy Peuvent faire douter qu'elle soit une Idole, Mais comme on l'oit parier, les Rocs parlent ainsy, Le bruit & l'air frappé leur donnant la parole.
Je ne m'estonne point quand je la voy marcher A cause que je sçay que dans la mer profonde Tiphis vit autrefois mouvoir un grand rocher Qui choquoit les vaisseaux & couroit dessus l'onde.
Comme dans son visage au lieu de deux beaux yeux On voit des feux ardants où se bruslent nos âmes, Ainsy dans la Sicile on voit en divers lieux Au sommet des rochers luire de grandes fiâmes.
Comme sur les rochers on voit naistre des fleurs Ainsy de mille fleurs on voit sa face pleine, Et ses beaux yeux encor' se fondre tout en pleurs Comme on voit d'un rocher couler une fontaine.
Sa bouche a les deux bords de corail rougissant Et dessus son beau sein la neige est relevée, Ainsy sur les rochers le corail va croissant, Ainsy sur les rochers la neige est conservée.
Laissant donc les raisons que je pourrois chercher Pour prouver ce miracle advenu de nostre âge. Il suffit de sçavoir qu'elle fut un rocher Contre qui sa rigueur me fit faire naufrage.
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