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STANCES DU DEUXIESME CHANT

QUE l'Abscence est un grand tourment A l'ame d'un fidelle Amant Qu'un bel œil détient asservie Dessous l'Empire de ses loix !

Je l'estime pire cent fois Que la mort n'est mesme à la vie.

L'Amant qui s'en voit affligé Voit soudain son bon-heur changé En défiances immortelles Qui comme des oiseaux blessez Par un traict dans le cœur percez N'ont plus de force qu'en leurs aisles.

Ils s'eslevent encor' en haut, Et puis la force leur deffaut.

Ainsy mes foibles défiances Se sentent à terre coller Ne pouvant si long-temps voiler Sur l'aisle de mes espérances.

L'Oubly, c'est le soupçon premier, Et le mal-heur plus coustumier Par qui l'abscence nous martyre, Et ce soupçon le plus souvent Est tel que le mal arrivant Ne se trouve estre gueres pire.

Et ceste peur que nous avons Provient de ce que nous sçavons Combien une Fille est muable, Qui sans abscence en un moment Quitte ceux à qui par serment Sa foy la rendoit redevable.

Quel Dieu nous pourroit asseurcr, Quel homme nous voudroit jurer D'arrester long-temps la Constance Au cœur de ce Sexe inconstant, Encor' de l'aller arrestant Pendant le terme de l'abscence ?

On voit que la légèreté Encontre la fidélité Y met tant de divers obstacles, Que la Constance avec l'Amour N'y faict jamais gueres séjour Que pour y faire des miracUs

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