‹ Stanislas ClémentChapitre 3 sur 8 · PRÉSIDENT HONORAIRE · texte numérisé non relu

PRÉSIDENT HONORAIRE

de la Société d'Etude des Sciences naturelles de Nimes

Son œuvre scientifique.

Le Muséum d’Histoire naturelle de Nimes.

La mort de Stanislas Clément a surpris ceux qui le rencontraient au Muséum ou sur la route. Ils le voyaient aller et venir, toujours souriant, l’œil vif encore, l’esprit alerte, les idées nettes, et, quoique sa démarche parût plus lente, ils ne se doutaient pas qu’il était atteint gravement et depuis longtemps. Mais ceux qui avaient le privilège de pénétrer dans son intimité et dont l’amitié plus anxieuse s’intéressait à lui de plus près, ceux-là le savaient frappé par un mal qui parfois suspend ses coups mais ne pardonne jamais. — Par quels soins éclairés un médecin ami, par quel miracle de tendresse intelligente la compagne de sa vie veillant sur lui comme une mère sur son enfant, ont-ils pu malgré des congestions presque régulières, prolonger pendant deux ans sa vie menacée ? Mais enfin la science et l’affection furent également impuissantes et, à la suite d’une nouvelle crise, après quelques jours de maladie, notre vénéré président honoraire, s’éteignit doucement le 7 février 1902.

La fatale nouvelle rapidement propagée, amena une manifestation de sympathie générale. C’est au milieu d’une affluence considérable d’amis que le 9 février, M. S. Clément fut conduit à sa dernière demeure. Détail touchant, une délégation du Grau-du-Roi, où M. Clément passait régulièrement ses congés, avait eu à cœur de venir lui rendre un suprême hommage. Au cimetière, deux discours ont été prononcés :

4 NIMES. — BÜLL. soc. ETUDE SO. NAT. 19Ô2

M. Faut Jaumeton (1), adjoint au maire, remplaçant le maire empêché, a excellemment esquissé la vie laborieuse et féconde du créateur de notre Muséum municipal, et le président de notre Société d'Etude des Sciences naturelles s’est fait l’interprète de notre profonde émotion. — Mais ces paroles rapides étaient insuffisantes pour marquer tout ce que notre Société et tout ce que notre ville doivent à M. Stanislas Clément. L’admiration et la reconnaissance nous faisaient un devoir de lui consacrer une notice plus détaillée.

Stanislas Clément naquit le 18 janvier 1828, à Charleville (Ardennes) de parents cultivateurs. Il fut, à l’âge vingt ans, nommé conducteur des Ponts-et-Chaussées à Rethel et conserva ces fonctions de 1848 à 1854. Il donna sa démission pour entrer dans les Compagnies de chemins de fer et séjourna ainsi à Rethel d’abord, puis â Nancy, à Sedan et à Longuyon (1855-1860). C’est à Nancy, le 23 décembre 1855, que naquit son fils Camille qui devait être plus tard la joie et l’espoir de son père, le compagnon de nos premières études, trop tôt disparu, toujours regretté. — En 1860, M. S. Clément, fut attaché â la Compagnie P.-L.-M. comme chef de bureau de la construction â Lyon. Trois ans après, 1863, il était envoyé en avancement à Nimes. Il y prit sa retraite en 1886, et ainsi pendant près de 40 ans il a habité notre ville qui peut, à juste titre, le considérer comme son enfant d’adoption.

Qui de nous ne l’y a connu ? Qui de nous, l’apercevant à distance, n’a fait un détour pour entendre sa franche parole et pour trouver dans sa conversation charme et profit ? Plus heureux encore ceux qui ont pu s’asseoir près de lui, devant son chàlet au Grau-du-Roi, au milieu du va-et-vient des pêcheurs, pour qui il avait toujours un bon sourire et qui avaient souvent pour lui une pièce rare. Là, devant le ciel et devant la mer, il parlait, répandant à profusion les trésors de son esprit. Son érudition, quoique vaste, ignorait le pédantisme et les airs profonds ; elle était simple, agréable, encourageante. — Aussi qui avait vu ce savant modeste ne l’oubliait plus, et qui le connaissait lui devenait ami. — Et pourtant il ne faisait rien pour forcer l’attention. S’il paraissait original, ce n’était que par son exquise siiuplicité. Son langage sans

(1) Discours prononcés aux obsèques de M. Stanislas Clément, par MM. Paul- Jaumeton, adjoint au maire de Nimes et Jules Gai, président de la Société. (Bull. 1902. p. ).

apprêt était plein de saveur. Ses idées étaient piquantes à force de clarté. Une finesse pleine de bonhomie, une loyau'.é pleine de candeur complétaient sa personnalité plus riche que complexe, brillante et limpide.

Pendant ses jeunes années, ses études préparatoires, ses travaux professionnels avaient développé en lui des aptitudes et des qualités diverses. La rigueur, Fordre, la méthode des études techniques ; l’élégance, la netteté des épures et des dessins ; le coup d’œil, la finesse d’observation, la précision dans les opérations sur le terrain ; l’art d’exprimer sa pensée dans des rapports sans négligence aussi bien que sans vaine recherche, exerçaient toutes ses facultés harmonieusement. Son esprit avait ainsi acquis cette souplesse, cette culture générale qui marquent les hommes vraiment distingués et qui lui garantissaient la réussite quelle que fût la voie qu’il lui plût de choisir.

Il hésitait peut-être à l’origine, ou pour mieux dire, il ne songeait pas à se fixer, acceptant tour à tour diverses occupations pour ses rares instants de loisirs. Il naturalise les animaux et se forme lui-même une collection des oiseaux de France qui annonce le futur ornithologiste, mais à l’occasion aussi, il se livre à la photographie, à la peinture, au moulage, avec un vrai tempérament d’artiste. Les circonstances, un hasard d’aiguillage, le dirigeront dans une voie ou dans une autre, qu’il est impossible de prévoir, mais que, lorsqu’il en aura le temps, il saura parcourir jusqu’au bout.

Cette occasion qui décide sa vocation se présente vers 1872 et elle intéresse trop l'iiistoire de notre Société, pour que nous n’y insistions pas. — Le 17 novembre 1871, quelques jeunes gens animés de la même ardeur, se réunissent pour étudier les sciences naturelles (1). — Peu après, notre Société inscrivait au nombre de ses adhérents deux noms qui lui étaient chers, deux noms qui lui sont devenus sacrés : Camille Clément comme membre actif, le 12 juillet 1872, et Stanislas Clément comme membre honoraire, le 8 novembre de la même année.

Camille Clément terminait au Lycée de brillantes études classiques. Lauréat au concours général pour la philosophie, il nous apportait sa jeunesse studieuse, un esprit alerte, cul-

(1) D’’ Delamare. Origine et évolution de la Société. Bull. 1892.

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