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pièce telle que « Tabanera » le taureau espagnol estoqué dans les Arènes, Télan-orignal du Canada, l’homme préhistorique. Celui-ci surtout, auquel il travailla si longtemps avec ardeur. Un menhir, de gros blocs de pierre çà et là, un dolmen, un gai paysage peint sur les trois faces du mur qui encadre la scène meltént dans son vrai cadre l’homme préhistorique reconstitué (1). Cette reconstitution qui est fort originale fait honneur à M. Clément, surtout si on note que le menhir reproduit la pierre plantée de Congénies, que le dolmen est celui de la grande Paillière près d’Anduze, que les vêtements, bijoux et armes de l’homme sont pareils aux modèles que fournissent les fouilles. — Quant au taureau espagnol, à l’élan, ce sont de grands sujets qui ont beaucoup de succès auprès de la majorité des curieux qui, au nombre de 80 000, visitent annuellement le Muséum. Mais les vrais naturalistes, les élèves de nos écoles sous la direction de maîtres éclairés, s’attachent davantage aux collections locales et ils ont raison. Notre Musée doit devenir de plus en plus un Musée régional. Nous voulons y voir les animaux, les roches et les plantes du Gard. On peut rester indifférent devant les lions du premier étage. L’ours blanc, venu des régions polaires et superbe d’ailleurs, intéresse moins que la simple mâchoire de l’ours des cavernes recueillie dans une grotte voisine de Nimes. Le taureau espagnol, quoique très beau d’allures et encore effrayant, tient bien à tort selon nous une place qui revient au modeste taureau Camargue. — * Le taureau Camargue, le chevai ' Camargue , voilà des animaux intéressants et qu’on devrait trouver au Musée et cela pour deux raisons : ils sont de chez nous et leur espèce s’éteint {2j. Les naturalistes convaincus sontpleins de sympathie pour les espèces en voie de décroissance.
C’est que nous comptons avec un soin jaloux les richesses naturelles de notre département. Sa formation depuis les schistes cévenols jusqu’aux sables d’Aiguesmortes a duré plus d’un millier de siècles, chaque époque lui laissant ses formations et ses fossiles. On n’épuisera pas la faune de nos eaux douces, de nos étangs et de la mer, de la garigue et de la Vannage, des montagnes et du littoral. Sur notre sol varié poussent plus de 2500 espèces végétales, tandis que la moyen-
[1) G. Le préhistorique au Muséum d'histoire naturelle de Nimes,
fLa Nature, 1895).
(2) G. Mingaud. Note sur cinq espèces ou races de mammifères en voie d'eætinction dans quelques départements du Midi de la France. (Bull. 1894).
GAL ET MINGAUD. — STANISLAS CLEMENT l5
ne pour les autres départements ne dépasse guère 1400. Voilà un sujet légitime de fierté et voilà qui est rassurant. Les matériaux ne manqueront pas aux chercheurs et longtemps encore le Musée pourra être enrichi.-
Ce Musée doit de plus en plus satisfaire la curiosité et mieux encore l’exciter, il doit nous montrer tout ce que nous avons vu et nous pousser à de nouvelles observations. H faut que nous en sortions fesprit éveillé et les yeux ouverts. Voilà pourquoi il vaut mieux y trouver la houille de Bessèges que le lignite de Soissons, le micocoulier de Sauve que le baobab africain et le castor du Gardon (1) que le tatou de la Plata.
C’est dans cet esprit que M. Stanislas Clément avait en somme organisé le Muséum. C’est ce qui en fait non pas un simple tombeau de bêtes et de plantes mortes, mais une création vivante capable de grandir et de se développer, en communication avec l’extérieur, sollicitant le chercheur qui vient du dehors et l’y renvoyant pour de nouvelles découvertes, monument des travaux accomplis dans le passé, germe et ferment des travaux de l’avenir.
Depuis 1880, nos diverses municipalités l’ont bien compris. Elles ont fourni au Muséum, avec libéralité, locaux, subsides et encouragements. Des achats avantageux ont heureusement complété la série de quelques types qui manquaient aux collections. De jour en jour, de nombreux dons dûs à nos compatriotes sont venus augmenter dans de notables proportions nos richesses en zoologie, botanique, géologie et ethnographie.
Notre cité doit à son passé, à son beau renom, aux intérêts même d’une population agricole et industrielle, de favoriser les sciences aussi bien que les arts. Elle n’y manquera pas. — En particulier elle continuera à encourager ce Muséum dont elle a le droit d’être fière. Développer l’œuvre de Stanislas Clément, c'est un bon moyen non seulement d’honorer sa mémoire, mais encore de travailler au bien public.
(1) G. Mingaiid, La protection du castor du Rhône. (Bull. 1896),