‹ Stanislas de Guaita et sa bibliothèque occulteChapitre 2 sur 19 · STANISLAS DE GU AIT A · texte numérisé non relu

STANISLAS DE GU AIT A

Le nom de Stanislas de Guaita évoque, pour ceux, qui le connurent, le souvenir d’un esprit grave et profond que ne troublèrent point les vaines agitations d’un siècle morose et qui finit de décrépitude.

Mais parler comme il convient de celui qui édifia cette colossale trilogie qu’on appelle « le Serpent de la Genèse », restée inachevée par suite de la mort prématurée de l’auteur, est chose difficile. Néanmoins, pour ceux qui ne vécurent pas dans son intimité, voici de brèves notes :

Stanislas de Guaita naquit en 1860, d’une vieille et noble famille, originaire d’Italie, mais établie depuis de longues années dans la Lorraine française. Et c’est dans les solitudes du château d’Alteville, maintenant de l'autre côté de la frontière, qu’il passa ses premières années, celles qui ont peut-être la plus décisive influence sur notre devenir. C’est là aussi qu’il passait ses vacances, pendant qu’il faisait ses études classiques au lycée de Nancy, où il se lia avec plusieurs de ses condisciples, surtout avec Maurice Barrés, dont l’amitié lui demeura fidèle jusqu’au delà de la mort. Plus tard, lorsque les contingences de la vie l’eurent amené à Paris, c’est toujours avec un sentiment intense desjours de jadis qu’il revenait chaque été vers les lieux où s’était écoulée son enfance, et c’est dans ce château, dominant les étangs blêmes et désolés des plaines lorraines, qu’il mourut le 10 décembre 1807, à peine âgé de trente-sept ans.

Mais ce qu’il importe le plus de connaître fut l’étrange évolution qui, le faisant passer de la science à l’art, le conduisit au seuil du savoir synthétique des Mages.

Son séjour au lycée de Nancy avait développé en lui une propension naturelle vers les sciences d’observation, principalement un goût prononcé pour la chimie, où il serait passé maître, s’il avait persévéré dans cette voie, comme il le devint ensuite en art, et, plus tard encore, en métaphysique et en kabbale.

Mais au sortir de l’étroit préau universitaire, où se morfondait son esprit altier, lorsqu’il arriva à Paris, où sa famille l’avait envoyé continuer ses études de droit, il subit l’éblouissement que cause l’initiation aux prodigieux poètes généralement bannis par l'Alma Mater. Il vibra jusqu’au paroxysme, s’exalta de toute la ferveur de sa jeunesse devant les splendeurs de leurs œuvres. Baudelaire surtout avait le don de le plonger dans un océan d’enthousiasme qui le faisait veiller des nuits entières. Mais l’admiration passive ne suffisait pas à son tempérament essentiellement actif. Le beau féconde. A cette communion profonde avec les plus grands poètes qui, de nos jours, surent unir dans l’harmonieux réseau des formes l’esprit et la vie, mystère sublime, son âme, touchée par le rayonnement de leur gloire, tressaillit et, à son tour, créa. Ce furent d’aburd « Les Oiseaux de Passage », poèmes parus chez Berger-Levrault à Nancy en 1881, encore très imprégnés du parfum des maîtres aimés, laissant peu de place à la personnalité naissante de Stanislas deGuaita. qui ne devait se manifester vraiment que dans le recueil suivant «La Muse noire », qui attira à son auteur maintes critiques favorables.

Qu’on écoute plutôt cette petite pièce :

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