I. Stanislas Potocki
chez les femmes. Madame Séverin* s'y livre avec une véhémence extrême, ainsi qu'à tous ses devoirs relativement à son mari et à ses enfants. A cet égard, il n'y a pas de reproches à lui faire. Ce n'est que l'excès qui fait craindre et pressentir que cela ne durera pas.
L'ambassadeur paraît de très mauvaise humeur. Nous croyons déjà tenir le roi de Prusse par la main. Nous croyons déjà être au dessus de cet état d'abaissement qui nous rendait si fort dépendants de la Russie. Cela fait prendre un ton d'énergie, pour ne pas dire autre chose, à ceux qui prétendent être antirusses. On affecte de négUger l'ambassadeur, on lui tourne le dos. Ses assemblées sont désertes en comparaison de celles qui se donnent ailleurs. Nous sommes extrêmes, ce qui ne devrait pas être le défaut d'une nation sans physionomie. Je pense souvent combien vous seriez nécessaire dans ce moment à notre bon roi, qui paraît bien mal conseillé.
Du roi à Maurice Glayre.
Varsovie, le 8 novembre 1788.
L'animosité est devenue si grande contre la Russie à cette Diète que non seulement la pluralité l'a emporté contre le Département de la guerre dont le nom marquait la dépendance du Conseil, et par conséquent le
i. Séverin Potocki.
3ia STANISLAS PONIATOWSKI ET MAURICE 6LAYRE.
maintien de la forme établie en 1776, mais on s'est laissé aller jusqu'à dire hautement que la garantie de 1775 n'existe et n'oblige plus, et à former des projets pour une Dicte perpétuelle, le tout accompagné de harangues excessivement aigres contre la Russie.
Cela a enfin porté l'ambassadeur à donner la note ci-jointe * . Comme la disposition des esprits donnait lieu de croire que malgré cette note les esprits échauffés passeraient outre, et mettraient par conséquent la Pologne en état de guerre avec la Russie, j'ai jugé que c'était un de ces moments où il faut se mettre à la brèche en personne.
Vous qui me connaissez, qui savez combien le bonheur, le bien-être, l'indépendance de la nation me tiennent au cœur, vous jugerez mieux qu'un autre combien il a dû m'en coûter pour prendre la résolution de dire ce que vous pourrez lire dans ce discours. Mais il fallait courir au plus pressé^.
Ce qui augmente la peine de ma situation critique, c'est que cinq jours auparavant, j'avais amené les choses au point qu'en conservant seulement le nom de
1. Voir la note de Stackelberg à la fin de cette lettre du roi.
2. C'est dans la séance du 6 novembre que le roi prononça un discours destiné à montrer tout le danger qu'il y aurait à se séparer de la Russie. Cette harangue, quoique modérée, provoqua des clameurs si grandes contre la Russie, contre ses partisans et contre le roi lui-même, que celui-ci se vit obligé de lever la séance et de proroger la Diète jusqu'au 10. La Prusse gagnait de plus en plus du terrain dans l'assemblée.
LA LONGUE DIÈTE. 2x3
Département et une ombre de dépendance du Conseil de la part de Tarmée, Tambassadeur consentait que de Diète en Diète ordinaire, les nonces, quoique retirés dans leurs provinces respectives, conservassent leur caractère et pussent être réunis en Diète extraordinaire par une simple lettre circulaire, pour tous les cas dont la liberté jalouse ne voulait pas laisser la décision au Conseil. C'était là le contenu du projet du ci-devant Palatin de Russie, aujourd'hui général d'artillerie Potocki. Le maréchal Potocki, son frère Stanislas, le prince Adam*, le maréchal de la Diète MalachovNTski, et tout ce qui tient à eux avaient donné pour cela leur parole d'honneur le 2 novembre ; le 3, ils y ont manqué.
Le Département a été attaqué avec une aigreur et un emportement dont le but était de mortifier la Russie. Nous voilà ramenés à la triste situation de ne pas savoir nous-mêmes comment nous sortirons de tout ccia. . . •
Note de Stackelberg.
« L'ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de Sa Majesté l'Impératrice de toutes les Russies s'est imposé jusqu'ici le silence le plus absolu, et n'a fait aucune représentation à l'égard des déterminations des illustres États assemblés, qui, quoiqu'elles aient enfreint