‹ Stanley l'africainChapitre 2 sur 76 · PREFACE · texte numérisé non relu

PREFACE

S'il est de nos jours un explorateur dont le nom circule dans toutes les bouches et dont les exploits occupent la presse toute entière, politique ou scientifique, c'est bien celui de ce chercheur extraordinaire, Henry M. Stanley, au retour d'une des plus audacieuses entreprises qui aient été menées à bonne fin dans l'Afrique centrale.

Mais l'expédition au secours cVEmin-Pacha n'est pas la seule qui ait illustré le nom de Stanley. Si grands que soient les hommes de génie, ils ne débutent pas toujours par un coup de maître : des actes antérieurs en ont été le prélude, et les uns sont souvent les conséquences des autres.

H. Stanley est mystérieux dès sa jeunesse jusque dans ses origines et dans son nom, comme le Continent noir avec lequel il s'est pour ainsi dire identifié. Longtemps on ignora où il naquit, quelle fut son éducation première, par suite de quelles circonstances, cet Européen de naissance est devenu Américain d'adoption, et, on peut même ajouter aujourd'hui, Africain par vocation.

C'est un résumé de son histoire entière que nous offrons en ce modeste volume, à toute personne qui désire connaître dans leurs principales phases, d'abord la jeunesse et les premiers voyages de Stanley dans les deux mondes, ensuite les quatre grandes expéditions qu'il a conduites dans le Continent Africain, a savoir :

1° Son voyage de 1871-72, a la recherche de livingstone, qu'il retrouva sur les bords du Tanganika ;

2° Son expédition de 1874-77, a traversée continent mystérieux,

explorant les lacs Victoria et Tanganika, et descendant le fleuve Congo : découverte d'une importance capitale pour l'avenir politique de l'Afrique entière ;

3° Son expédition de iHIQ-Hi au Congo, conséquence de la précédente : il y fonde des stations internationales, et jette les hases de la colonisation dans l'immense région qui va devenir I'Etaï indépendant du Congo;

4° Enfin sa récente expédition de 1887-89, au secours d'Emin-Paciia qu'il retrouve et ramène inopinément \ la côte, tout en accomplissant une seconde traversée du Continent dans ses parties les moins connues.

Les documents dont nous nous sommes servi pour cet ouvrage sont naturellement les récits de l'explorateur lui-même, traduits de l'anglais en français, et publiés soit par la librairie Hachette, de Paris, soit par l'Institut géographique de Bruxelles. Nous en avons analysé brièvement quelques parties saillantes, tout en citant parfois textuellement les passages caractéristiques, là où le narrateur se peint lui-même en décrivant les émouvantes scènes dont il est le héros.

Grâce aux six croquis de cartes qui accompagnent notre texte, le lecteur studieux et intelligent pourra se rendre compte de la configuration des pays parcourus, des choses découvertes, et il ne s'exposera pas, comme le liseur frivole, à se figurer tout de travers les directions suivies par l'explorateur, plaçant au nord" ou à l'est ce qui se trouve au midi ou à l'ouest, et mettant côte à côte des régions souvent très éloignées les unes des autres. Que de fausses idées se font la plupart des lecteurs, s'ils n'ont pas soin de recourir aux cartes géographiques ou à leur atlas !

Dans cet ouvrage de vulgarisation, nous avons envisagé nonseulement les aventures personnelles de l'explorateur, l'audace de ses résolutions, le courage surhumain qu'il déploie pour vaincre les obstacles que lui opposent la nature du sol, le climat, la férocité des cannibales; mais aussi les résultats obtenus, à savoir: les découvertes géographiques, la connaissance des mœurs et usages des peuplades africaines.

Ces pauvres nègres, si primitifs dans leurs institutions, si dure-

ment assujettis aux superstitions païennes, parfois plus cruellement traitées encore par leurs oppresseurs musulmans, sont bien digues des sympathies de tous ceux qui, en Europe, s'intéressent à la régénération de l'Afrique par la suppression de la traite, l'abolition de l'esclavage et des coutumes barbares, l'introduction du commerce bonnête et surtout la christianisation.

Puissent les Sociétés antiesclavagistes organisées à l'appel du grand pape Léon XIII et à la voix de l'illustre cardinal Lavigerie ; — puisse aussi le Congrès international des Puissances, réuni à Bruxelles dans le même but, sur l'invitation du roi Léopoldll, Souverain de l'Etat indépendant du Congo ; — puissent leurs efforts combinés obtenir ces résultats espérés : résultats auxquels les grands explorateurs, tels que Livingstone et Stanley, de Brazza et Binger, Emin- Pacba et Nacbtigal, auront toujours le mérite d'avoir ouvert la voie.

25 Mars 1890

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